Le Mali réussira-t-il à déraciner la France de son territoire ?

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Le Mali réussira-t-il à déraciner la France de son territoire ?
Le Mali réussira-t-il à déraciner la France de son territoire ?

Africa-Press – Mali. La spirale de violences observée dans le centre du Mali depuis plusieurs années a pris une ampleur dramatique, et à tous ces massacres plus ou moins médiatisés, et dont certains font l’objet d’enquêtes judiciaires, s’ajoutent une multitude de crimes la plupart du temps passés sous silence et ignorés par les autorités : assassinats, enlèvements, violences sexuelles, actes de torture, etc.

C’est ainsi que les civils se trouvent pris en étau entre trois groupes armés qui représentent une menace parfois similaire pour leur sécurité :
• d’abord les éléments djihadistes appartenant aux organisations terroristes telles qu’Al-Qaïda et Daech,
• ensuite les milices communautaires,
• les Forces armées maliennes (FAMA),
• et enfin les forces militaires étrangères dans le Sahel, en premier lieu des soldats français.

Ce sont d’ailleurs toutes ces scènes et scénarios qui ont toujours incité la France à tenter de sauver sa présence dans la région, en particulier au Mali, plus profondément au Nord du pays, et de maintenir ses unités militaires en place, malgré la décision prise de réduire son effectif de moitié, et tout cela sous le rejet « total » de la population malienne.

Il importe de noter que depuis le premier coup d’Etat perpétré par des officiers supérieurs de l’armée nationale, en 2020, ainsi que le second putsch de 2021, suite auquel le colonel Assimi Goïta avait pris le pouvoir, les relations franco-maliennes avaient commencé à se détériorer, au point de devenir « pourries ».

Le colonel Assimi Goïta Pt de la République de transition
Ceci dit, la France s’est trouvée face à attaques successives, un rejet populaire et une menace publique visant ses avions. C’est donc sous cette « image » que la France a semblé voir saigner à coups successifs son influence au Mali, alors que d’autre part elle est contrebalancée par l’expansion de l’influence russe dans le pays.

Jour après jour, l’échec français à atteindre les objectifs de sa campagne au Sahel, dont la mission principale était, au début, de tarir les sources du terrorisme dans la région du Sahel et du grand Sahara, est devenu évident. Plus de sept ans après avoir mené l’opération Barkhane, ses forces continuent de tomber sous les attaques meurtrières dans toute la région, où pas mal de soldats français y ont laissé leurs vies.

Alors que le danger pour les Français ne vient pas seulement de ces groupes armés, mais dans leur perte de l’alliance politique et militaire sur la base de laquelle ils ont lancé cette campagne, le fossé existant entre elle et le gouvernement malien s’est accrue, surtout que ce dernier a menacé explicitement de cibler les avions militaires français s’ils pénètrent à nouveau dans son espace aérien.

Sans aucun doute, la France a également perdu ses partenaires européens les plus proches dans le processus, à savoir les gouvernements allemand et suédois, ainsi que l’Union européenne, qui sont désormais sceptiques quant à l’efficacité de leur participation continue et ont menacé de se retirer de la région.

En contrepartie de tous ces déboires, les Français dans le Sahel en général, et au Mali en particulier, font face à un défi plus grand, qui est la consolidation de l’influence politique de la Russie là-bas par la consolidation par le Kremlin de ses relations avec ces pays, et militairement par l’intervention des mercenaires du groupe de sécurité russe, Wagner, proche du Kremlin, ce qui pourrait faire tomber cette région dans les bras des Russes, et mettre fin à la présence historique française.

Sept ans déjà sont passés, après le lancement de l’opération Barkhane, que la France a menée à la tête d’une alliance de lutte contre le terrorisme dans la région du Sahel, et les forces françaises continuent d’être victimes des attaques meurtrières, confirmant de la sorte l’échec de ses forces à concrétiser des succès sur le terrain, tout au long de cette guerre.

La 53e victime dans les rangs des soldats français tués au combat

Le jeune Brigadier français tué le samedi 22 Janvier au Mali
A noter que la dernière de ces attaques a eu lieu le samedi 22 Janvier 2022, lorsque des hommes armés ont visé un camp des forces de l’opération Barkhane dans la ville de Gao, au nord du Mali, avec des obus de mortier, tuant l’un des éléments des forces françaises.

Dans son communiqué rendu aussitôt publique, l’état-major des Armées a annoncé le décès du Brigadier Alexandre Martin, 24 ans, du 54e régiment d’artillerie d’Hyères, et ce suite à « plusieurs tirs indirects » d’obus de mortiers qui ont visé la plateforme opérationnelle désert (PfOD) de Gao, faisant également 9 autres soldats « légèrement blessés » pendant l’attaque, mais « leur état n’inspire aucune inquiétude », a précisé ledit communiqué.

Ce qu’on peut tirer du communiqué publié par les autorités françaises, c’est « la détermination de la France à poursuivre la lutte contre le terrorisme dans la région aux côtés de ses partenaires », sachant, en revanche, qu’il s’agit de la deuxième attaque visant ses forces en une semaine, après qu’un engin explosif ait explosé, le mardi 18 du mois courant, lors du passage d’un véhicule lui appartenant, au Burkina Faso, blessant quatre militaires français.

En plus de cette grande menace, il y a un autre dilemme face à la présence française au Mali, qui est le fossé entre elle et les autorités au pouvoir dans le pays, si l’on se réfère au communiqué du porte-parole du gouvernement malien, le colonel Abdoulaye Maïga, lequel a condamné le passage d’un avion militaire français dans l’espace aérien de son pays, qui a pris son envol de la capitale ivoirienne, Abidjan, vers la ville de Gao, dans le nord du pays.

Le ministre et porte-parole du Gouvernement Abdoulaye Maïga
« Les autorités maliennes n’assumeront aucune responsabilité quant aux risques auxquels pourraient être exposés les auteurs de ces pratiques en cas de nouvelle violation de l’espace aérien financier », a-t-il déclaré.

Il faut rappeler également les multiples messages lancés par le Gouvernement malien contre la présence française dans le pays. Des messages accompagnés d’une colère populaire marquée par les manifestations massives organisées contre Paris, et dénonçant surtout les sanctions imposées par ses alliés de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), contre Bamako.

Alors que l’hémorragie des alliés de la France au Mali ne s’est pas arrêtée, l’accusation notifiée dans une déclaration confiée dernièrement à France 24 par le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, est venue confirmer que son pays avait officiellement demandé à la France de reconsidérer le traité de défense liant les deux pays.

Diop a accusé aussi la France d’utiliser la CEDEAO comme un outil pour régler d’autres comptes, et a indiqué la possibilité de revoir les accords de défense liant Paris et Bamako.
Les mercenaires russes de Wagner déjà au Mali
L’information fût même confirmée par le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, lors d’une conférence de presse, dans laquelle il a déclaré : « Le groupe Wagner est au Mali », alors que le gouvernement militaire de Bamako continue de le nier.

L’Union européenne, quant à elle, est préoccupée par l’affrontement avec les forces russes de Wagner au Mali, et le transfert des forces qu’elle forme dans le pays aux mains du Kremlin, et donc tous ses efforts à cet égard sont perdus, comme cela s’est produit précédemment dans le République centrafricaine.

La réunion des ministres de la Défense de l’Union, puis la réunion de ses ministres des Affaires étrangères, ont abordé la question de la poursuite de l’engagement des forces européennes dans l’accomplissement de leurs missions au Mali.

Néanmoins, et d’un point de vue stratégique, la chute du Mali dans le cercle d’influence russe favorise son expansion le long de la bande allant de la Corne de l’Afrique vers l’Afrique centrale en passant par la côte, dans une zone riche en ressources naturelles et humaines, et ouverte sur deux fronts maritimes, des lignes commerciales internationales les plus importantes, surplombant le détroit de Bab al-Mandab et de là vers la mer Rouge, en plus d’un accès sur l’océan Atlantique.

Il importe de noter que le risque de voir ce conflit déborder des frontières maliennes devrait en outre inquiéter l’ensemble de la communauté internationale. Le Burkina Faso, la Mauritanie et le Niger subissent déjà les conséquences de la guerre qui a débuté au nord du Mali en 2012.
Anouar CHENNOUFI

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