Russie-France : le Mali au cœur d’une guerre froide à l’ONU

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Russie-France : le Mali au cœur d’une guerre froide à l’ONU
Russie-France : le Mali au cœur d’une guerre froide à l’ONU

Africa-Press – Mali. Alors que le Conseil de sécurité des Nations unies doit décider de l’avenir de la Minusma le 13 juin, la bataille fait rage entre Paris et Moscou, qui menace d’utiliser son droit de veto. Plongée dans les coulisses, à New York.

Le bras de fer entre les pays occidentaux et la Russie se poursuit au siège des Nations unies, à New York. Les services diplomatiques de la Russie, menés par l’ambassadeur Vassili Nebenzia, et ceux de la France, dirigés par Nicolas de Rivière, sont focalisés sur la date du 13 juin. C’est en effet ce lundi que le Conseil de sécurité doit décider s’il renouvelle ou non, et dans quelles conditions, le mandat de la Minusma.

Selon nos sources, les représentants de Paris s’activent déjà depuis plusieurs semaines afin de convaincre les autres membres du Conseil d’accorder un nouveau mandat à la mission de l’ONU au Mali, voire, si possible, de renforcer ses prérogatives en matière de droits humains. La France souhaite proposer une résolution en ce sens. Elle a déjà engrangé les soutiens des États-Unis, du Royaume-Uni, de l’Irlande et de la Norvège. En revanche, ceux de la Chine, de la Tunisie, de l’Inde, du Kenya ou du Gabon ne sont pas acquis.

L’ombre de Wagner

Le ministère français des Affaires étrangères, dirigé depuis peu par Catherine Colonna, estime qu’il lui est encore possible d’obtenir de la part de ces pays un vote favorable ou une abstention, laquelle laisserait la porte ouverte à un renouvellement du mandat de la mission onusienne. Mais la Russie, autre membre permanent du Conseil de sécurité, joue aussi de son influence et pourrait changer la donne.

Selon nos informations, Moscou milite ainsi pour réduire le champ d’action de la Minusma et a d’ores et déjà fait savoir qu’elle s’opposerait à toute tentative de renforcement de son action dans le domaine des droits humains. Depuis plusieurs mois, les mercenaires russes de Wagner – avec lesquels Moscou nie tout lien – font l’objet d’accusations d’exactions au Mali, où ils ont commencé à se déployer à la fin de l’année 2021. Les enquêtes de la Mission sur ces allégations ont systématiquement été gênées ou bloquées par la junte au pouvoir, alliée de Wagner.

Deux options s’offrent à la Russie pour contrecarrer le renouvellement d’une Minusma trop « droit-de-l’hommiste » à son goût : utiliser son droit de veto pour bloquer le processus ou déposer une résolution concurrente et proposer un mandat plus restreint, ce qui impliquerait de rallier d’autres soutiens parmi les membres non permanents du Conseil de sécurité. En juin 2021, Moscou avait déjà usé de son influence pour bloquer durant plusieurs mois les nominations des experts du Conseil au Mali, mais aussi en Centrafrique.

Le Gabon très courtisé

Dans cette entreprise, le Kremlin estime pouvoir compter sur le président de la transition malienne, Assimi Goïta, et sur son ministre des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop. Représenté à New York par l’ambassadeur Issa Konfourou et objet de toutes les tentatives d’influence, le Mali doit s’exprimer le 13 juin devant le Conseil de sécurité, avant le vote concernant la Minusma. La position de Bamako, plus ou moins proche de celle de la Russie, pourrait orienter le choix de certains pays encore indécis.

Toujours selon nos sources, Anna Evtigneeva, l’adjointe de l’ambassadeur Vassili Nebenzia, est à la manœuvre pour renforcer le « bloc russe » si l’option d’une résolution concurrente venait à être choisie. Le Gabon, représenté à New York par Michel Xavier Biang, est particulièrement courtisé. Ces derniers mois, Libreville – dont le soutien à la France a longtemps été quasi automatique – s’est rapproché à plusieurs reprises des positions de Moscou au sujet de la guerre en Ukraine.

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