Au Mali, l’imam Dicko défie ouvertement Goïta et son projet de Constitution

22
Au Mali, l’imam Dicko défie ouvertement Goïta et son projet de Constitution
Au Mali, l’imam Dicko défie ouvertement Goïta et son projet de Constitution

Par Flore Monteau

Africa-Press – Mali. L’influent leader religieux est farouchement opposé au projet de nouvelle loi fondamentale soumis à référendum le 18 juin dernier. Désormais, il ne retient plus ses coups contre les colonels au pouvoir.

Son discours est toujours plus offensif contre la junte d’Assimi Goïta. Le 16 juin, l’imam Mahmoud Dicko, tout de blanc vêtu, la tête couverte d’un chèche immaculé, réunissait ses partisans au Palais de la culture de Bamako pour les appeler à voter « non » au projet de nouvelle Constitution, soumis à référendum deux jours plus tard.

« Je ne collabore jamais avec des gens qui ont confisqué la révolution du peuple, et qui sont en train de bâillonner ce même peuple (…) Oui ou non, c’est une fuite en avant. [Le règne des militaires] est déjà terminé (…) Je préfère mourir que de vivre traître », a notamment déclaré l’influent imam de Badalabougou.

Rejet judiciaire

Comme de nombreux autres leaders religieux, l’ancien président du Haut conseil islamique du Mali (HCIM) est opposé au projet de nouvelle loi fondamentale qui consacre le principe de laïcité de l’État. Plus largement, il est désormais l’un des plus farouches détracteurs des autorités de transition.

« De quel état de droit [parle-t-on] dans un pays où la justice est mise au service des militaires pour emprisonner les gens ? » questionnait-il, le 16 juin. Un peu plus tôt dans la journée, cette même justice venait de rejeter les recours déposés au nom de la Coordination des mouvements, associations et sympathisants de l’imam Mahmoud Dicko (CMAS) afin d’empêcher la tenue du référendum constitutionnel.

La double requête, déposée début juin auprès de la Cour suprême et de la Cour constitutionnelle – par, entre autres, le magistrat Mohamed Cherif Koné, Issa Kaou N’Djim, président du parti Appel citoyen pour la réussite de la transition (ACRT) et Youssouf Diawara, coordinateur de la CMAS – visait trois décrets sur les commissions de rédaction de la Constitution et la convocation du collège électoral.

Retour en force

« Juridiquement, les autorités de la transition, y compris le président, n’ont ni la qualité ni la compétence pour lancer ce projet de Constitution », explique Youssouf Diawara. Mais, alors que les requêtes se basaient sur la Constitution, la justice s’est, elle, « basée sur la loi électorale » pour rendre son avis défavorable, poursuit-il.

L’imam Dicko, qui s’était fait plutôt discret depuis que son cortège a essuyé des tirs de gaz lacrymogènes des forces de l’ordre en janvier, revient sur le devant de la scène politique ces dernières semaines, appelant ses compatriotes à « faire front commun pour barrer la route au projet de Constitution ».

Front uni contre le référendum

Le 14 juin, il participait à la création du Front uni contre le référendum, une coalition composée de « partis politiques, de regroupements politiques, d’organisations de la société civile et de personnalités indépendantes engagés dans la défense des droits du peuple malien ».

Au sein de ce front, outre la CMAS : le Parena, le parti de Tiébilé Dramé, Daba Diawara, président du Rassemblement démocratique africain-Mali (RIM-Mali), Housseini Amion Guindo, président de la Convergence démocratique pour le Mali (Codem), Badara Alou Sacko, président du Forum de la société civile, Aboubacar Soumaré, président du Mouvement Mali debout, ou encore la Convention nationale pour une Afrique solidaire (CNAS).

Un scrutin « illégal et illégitime »

Dans un point presse organisé le 20 juin au siège de l’appel du 20 février, le Front uni contre le référendum a dénoncé la décision de la Cour constitutionnelle et « les nombreuses irrégularités qui ont entaché le référendum ». Il conteste également le chiffre de 38 % de participation annoncé par l’Autorité indépendante de gestion des élections (Aige), qu’il qualifie d’ »incompétente », et appelle la communauté internationale, les organisations de défense des droits de l’homme et « toutes les personnes éprises de justice et de liberté à condamner ce référendum illégal et illégitime ».

Pour Youssouf Diawara, le combat contre le projet de Constitution ne fait que commencer. « Quand les résultats seront officiels, le Front uni contre le référendum utilisera tous les moyens légaux à sa disposition pour les faire annuler », affirme-t-il, ajoutant que les membres doivent se réunir en fin de semaine « pour décider de la suite et si besoin, organiser des manifestations pour se faire entendre ». Entre Dicko et les colonels, le bras de fer ne fait probablement que commencer.

Pour plus d’informations et d’analyses sur la Mali, suivez Africa-Press

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here