Africa-Press – Mali. Après l’annonce de leur sortie de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest, (CEDEAO), le Burkina, le Mali et le Niger ont réuni leurs ministres à Ouagadougou, pour établir les modalités de leur départ. Comment la crise que traverse la CEDEAO menace-t-elle l’équilibre dans la région ?
Avec
Oumar Berté Avocat et Chercheur associé au Centre Rouennais d’Etudes Juridiques (CUREJ)
Alors que la CEDEAO est confrontée à de nombreuses crises politiques, notamment, elle doit faire face au retrait du Burkina Faso, du Niger et du Mali. Le rôle essentiellement économique de l’organisation a mué. Finalement, quelles seront les conséquences du désengagement des trois pays ?
Contentieux juridiques
Créée en 1975 pour favoriser la coopération économique et le développement régional, la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) fait aujourd’hui face à une série de crises profondes. Les coups d’États récemment survenus au Burkina Faso, au Mali et au Niger contrarient les ambitions démocratiques de l’organisation, poussant les trois pays à annoncer leur sortie immédiate afin de créer leur propre organisme de coopération. Oumar Berté, avocat et chercheur associé au Centre Rouennais d’Études Juridiques (CUREJ), met en avant les difficultés que provoque ce départ soudain. “Un problème juridique se pose. Le Niger, le Mali et Burkina Faso ont signalé leur intention de partir sans délai. Or, comme toute organisation internationale, la CEDEAO dispose d’un protocole qui encadre ce genre de procédure. Depuis 1993, il est prévu que la commission soit notifiée un an avant l’effectivité du retrait. À la fin de cette période, si les États candidats au départ changent d’avis, ils restent membres. Sinon, le départ est acté. Entre-temps, ils restent soumis au droit de la CEDEAO, exposés à ses sanctions, et redevables de leurs contributions financières. Pourtant, le Mali, le Niger et le Burkina Faso ont indiqué dans leurs communiqués conjoints qu’ils n’entendaient pas se conformer à ces dispositions, accusant l’organisation d’avoir elle-même violé ses textes lorsqu’elle leur a infligé des sanctions estimées injustes.”
D’incertains retours à la démocratie
Ces retraits de la CEDEAO soulèvent aussi d’importantes questions politiques. Après les coups d’États au Niger, Mali et Burkina, la communauté internationale et particulièrement les États voisins d’Afrique de l’Ouest attendent des nouvelles autorités qu’elles organisent au plus vite un retour à la démocratie. Un horizon qui semble pour le moins incertain dans le contexte actuel, regrette Oumar Berté, auteur de La CEDEAO face aux changements anticonstitutionnels de pouvoir en Afrique de l’Ouest, paru chez L’Harmattan en 2022. “La CEDEAO avait normalement la main sur ces questions de transition politique et ses décisions étaient endossées par l’Union africaine, l’ONU et les autres grandes puissances. Par exemple, l’organisme avait convenu d’un délai avec les nouvelles autorités maliennes pour des élections et une passation du pouvoir à la fin de ce mois-ci. À l’automne, des tentatives similaires avaient échoué au Niger, et le Burkina Faso est aujourd’hui dans un blocage identique. Personne ne sait donc quand ces transitions aboutiront. Avec le départ des trois pays, la CEDEAO perd la main et nous nous retrouvons dans une situation où il est pour l’instant impossible de prévoir des rétablissements démocratiques.”
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