Africa-Press – Mali. Le décret publié le 24 décembre 2025 au Journal Officiel formalise une évolution attendue depuis des années par la profession infirmière. Pris en application de la loi du 27 juin 2025, il précise les domaines d’activité et de compétence des infirmiers diplômés d’Etat et définit, pour la première fois, les modalités de la consultation infirmière. Dans un système historiquement structuré autour de la figure du médecin prescripteur, ce texte acte un déplacement du centre de gravité du soin. La thématique de la consultation infirmière constituera le fil conducteur du prochain Salon Infirmier, dont Alain Desbouchages, le Président de l’Ordre National des Infirmiers, est l’un des coordinateurs du Comité scientifique. Ce rendez-vous, qui rassemble l’ensemble de la profession, se tiendra les 25 et 26 mars 2026 à Paris Expo Porte de Versailles.
« On ne rentre plus dans le système de santé comme avant »
Jusqu’ici, l’exercice infirmier reposait largement sur une nomenclature d’actes vieille de près de 20 ans, réalisée sur prescription préalable. Le décret rompt avec cette logique exclusivement exécutoire. Il affirme que les infirmiers peuvent désormais initier des soins dans leur domaine d’activité, qu’ils soient de nature préventive, éducative, curative, relationnelle ou destinés à la surveillance clinique. Autrement dit, ils peuvent prendre directement en charge un patient dans le cadre de leur rôle propre, sans attendre systématiquement une ordonnance. Le point avec Alain Desbouchages.
Sciences et Avenir: La loi votée en 2025 et le décret du 26 décembre 2025 marquent-ils un tournant pour la profession infirmière?
Alain Desbouchages: Oui, clairement. La loi de 2025 représente une chance pour la profession. Le décret du 26 décembre confirme l’esprit du texte: il reconnaît pleinement le rôle autonome des infirmiers. On sort d’un modèle centré uniquement sur l’exécution d’actes prescrits. Le système de santé traverse un contexte difficile, avec des problèmes d’accès aux soins. Mais nous restons optimistes: des choses importantes sont enclenchées. L’objectif est clair, améliorer l’accès aux soins par la coordination.
Que signifie concrètement ce changement de paradigme?
On ne rentre plus dans le système de santé comme avant. Le médecin n’y est plus la porte d’entrée unique car le patient sollicite, à son gré, d’autres professionnels de santé. Il y a désormais une véritable notion d’orientation et de réorientation. L’accès direct devient un levier. Cela participe aussi à la réorganisation des urgences. Il n’y a pas de désert infirmier. Les infirmiers sont présents sur les territoires. Il fallait reconnaître les compétences et sécuriser des actes qui sont déjà réalisés sur le terrain. C’est une rénovation du modèle.
La consultation infirmière est l’une des nouveautés majeures. Comment la définissez-vous?
La consultation infirmière formalise notre rôle autonome. Elle concerne les infirmiers libéraux comme l’exercice en institution. Elle s’adresse notamment aux patients atteints de maladies chroniques, au suivi des plaies, au diabète, à la vaccination, notamment la grippe. Elle permet aussi d’élargir la couverture vaccinale avec la délivrance de vaccins au cabinet. C’est un outil structurant qui donne un cadre clair à notre expertise.
« La coordination hôpital-ville doit être renforcée »
Deux arrêtés sont attendus. Que doivent-ils préciser?
Deux arrêtés d’application sont prévus avant juin 2026. Le premier portera sur les actes et soins. Il précisera le rôle autonome, le rôle préventif et le rôle de santé publique. Le second concernera la prescription. Il viendra encadrer la possibilité de prescrire certains produits et examens.
Justement, que recouvrent ces nouvelles compétences en matière de prescription?
Aujourd’hui, beaucoup d’actes sont conditionnés par une ordonnance: prises de sang, dépistages, analyses, radiologie. Ces barrières seront ajustées dans un cadre réglementaire. Nous parlons aussi de la prise en charge de la douleur, avec des antalgiques de palier 1, de la réalisation de bilans biologiques comme l’hémoglobine glyquée (un des marqueurs du diabète) ou encore de l’adaptation des doses pour les patients diabétiques.
La coordination semble centrale dans cette réforme.
Oui, c’est un point clé. La coordination hôpital-ville doit être renforcée. Il faut de la fluidité, de la traçabilité, un échange clair entre professionnels. Quand un infirmier identifie un signe clinique, il doit pouvoir organiser, coordonner et tracer. Cela suppose un grade de confiance renforcé entre les professionnels.
Comment ces évolutions ont-elles été construites?
Il y a eu un travail de concertation avec le ministère, l’Ordre, les organisations professionnelles, notamment le CNPI (Conseil National Professionnel Infirmier). Les nouvelles compétences ont fait l’objet de discussions. Il reste un enjeu d’accompagnement, notamment à l’hôpital, et de formation continue. L’accès direct et la montée en compétences doivent être organisés et sécurisés.
Peut-on parler d’une nouvelle étape pour la profession?
Oui. Cette loi et son décret d’application ouvrent une nouvelle étape. Le rôle autonome, la consultation infirmière, la prescription encadrée, l’élargissement vaccinal: tout cela contribue à reconnaître notre place dans le système de santé. Il s’agit désormais de mettre les choses en marche et de faire vivre cette réforme dans la pratique quotidienne de santé.
Pour plus d’informations et d’analyses sur la Mali, suivez Africa-Press





