Africa-Press – Mali. Une cour au Mali a condamné le diplomate français Yann Vizille à 20 ans de prison pour complot et implication dans un plan visant à déstabiliser le pays, dans une affaire qui a suscité des tensions diplomatiques entre Bamako et Paris.
Selon une source bien informée, le jugement a été rendu tard dans la soirée de jeudi, ajoutant que Vizille purgera sa peine au Mali.
Les autorités de Bamako avaient annoncé en août 2025 l’arrestation de Yann Vizille ainsi que de deux militaires maliens, l’accusant de travailler pour les services de renseignement français dans le but de rassembler des acteurs politiques, des personnalités de la société civile et des officiers militaires contre le gouvernement de transition dirigé par Assimi Goïta.
Bamako a accusé la France de participer à des activités visant à saper la stabilité de l’État et à influencer le paysage politique intérieur, alors que le pays fait face à des défis sécuritaires et politiques complexes.
En revanche, la France a fermement rejeté ces accusations, les qualifiant de « sans fondement ». Le ministère français des Affaires étrangères a déclaré à l’époque que l’arrestation de Vizille constituait une violation de la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques.
Bamako et le ministère de la Justice n’ont pas encore fait de commentaire officiel sur le jugement, et le ministère français des Affaires étrangères n’a pas répondu aux demandes de commentaires des médias après la décision judiciaire.
L’affaire Vizille est devenue l’un des principaux points de discorde entre Bamako et Paris au cours de l’année écoulée, poussant Paris à suspendre sa coopération avec Bamako sur certains dossiers sécuritaires et diplomatiques.
En septembre 2025, la France a suspendu sa coopération avec le Mali dans le domaine de la lutte contre le terrorisme et a demandé à des diplomates maliens de quitter son territoire en réponse à l’arrestation du diplomate français à Bamako.
Cette décision française est intervenue après que les autorités maliennes ont déclaré cinq employés de l’ambassade française « personnes non grata ».
Les relations entre Bamako et Paris se sont rapidement détériorées ces dernières années, notamment après les deux coups d’État militaires survenus en 2020 et 2021 qui ont porté le colonel Assimi Goïta au pouvoir.
La France était intervenue militairement en 2013 par l’opération « Serval » pour faire face aux groupes extrémistes qui avaient pris le contrôle de vastes zones au nord du pays, avant d’élargir ses opérations par la suite dans le cadre de la mission « Barkhane » dans la région du Sahel.
Malgré le succès initial de l’intervention militaire française, les critiques ont augmenté au Mali avec la persistance des menaces sécuritaires et la détérioration des conditions dans certaines parties du pays, ce qui a entraîné un recul de la popularité de la présence française et une montée des demandes pour y mettre fin.
En 2022, la France et ses partenaires européens et canadiens ont annoncé la fin des opérations « Barkhane » et « Takuba » et le retrait de leurs troupes du Mali, justifiant cette décision par la détérioration des relations avec le gouvernement de Bamako et l’absence des conditions politiques et juridiques nécessaires à la poursuite des opérations.
Bamako vit depuis plus d’une décennie une crise sécuritaire continue alimentée par des attaques de groupes extrémistes et séparatistes ainsi que par des troubles politiques, ce qui a conduit à une série de transformations politiques et militaires dans le pays.





