Africa-Press – Niger. À l’issue de l’entretien en tête-à-tête qu’ils ont eu à Cotonou le 13 mars en fin de matinée, les deux chefs d’État se sont pliés à l’exercice de la conférence de presse conjointe. Le président nigérien Mohamed Bazoum tout comme son hôte béninois Patrice Talon ont insisté sur la teneur très économique de leurs discussions.
Il n’en a pas moins été question de sécurité, et en particulier du dispositif déployé à la frontière entre leurs pays respectifs. Les deux chefs d’État estiment que l’accord de coopération militaire signé en juillet dernier à Niamey par le ministre béninois de la Défense, Fortunet Alain Nouatin, et son homologue nigérien, Alkassoum Indatou, porte ses fruits. À l’heure actuelle, l’accord prévoit un échange de renseignements ainsi qu’un partenariat sur un soutien logistique en cas de besoin de part et d’autre de la frontière.
Renforcement du dispositif
Selon nos informations, les présidents nigérien et béninois jugent que le dispositif répond, dans l’état, aux objectifs fixés. Ils ne s’interdisent cependant pas de réfléchir à un renforcement de celui-ci en cas de dégradation de la situation sécuritaire.
Patrice Talon a confié au général Fructueux Gbaguidi, chef d’état-major des Forces armées béninoises, la mise en œuvre de la stratégie de lutte antiterroriste. Ce dernier est notamment en première ligne dans les discussions avec le Rwanda dans le cadre de l’accord militaire – lequel prévoit, pour l’heure, la fourniture de matériels et la formation. En novembre dernier, il avait déjà reçu à Cotonou le général Salifou Modi, chef d’état-major des armées nigériennes et homme de confiance de Mohamed Bazoum, afin d’évoquer la mise en œuvre de l’accord. Le Niger est par ailleurs membre de l’Initiative d’Accra, en qualité d’État observateur.
Le pétrole d’Agadem
Sur le plan économique, la rencontre entre Mohamed Bazoum et Patrice Talon a permis d’avancer sur plusieurs dossiers. Il a notamment été question de la finalisation des travaux du pipeline reliant le site pétrolier nigérien d’Agadem, dans la région de Diffa (sud-est) au port de Sèmè, au Bénin. Long de près de 2 000 km, ce pipeline devait être livré fin 2022, mais la crise du Covid-19 a retardé les travaux. Aucune nouvelle date de livraison officielle n’a été communiquée.
En marge d’une visite conjointe du site d’Agadem, le 11 mars dernier, de Mahamane Sani Mahamadou Issoufou, dit Abba, le ministre nigérien du Pétrole et de l’Énergie, et de Samou Seidou Adambi, le ministre béninois des Eaux et des Mines, la partie nigérienne a assuré que les travaux étaient « réalisés à plus de 75 % ».
Selon une source proche de la présidence béninoise, Patrice Talon et Mohamed Bazoum ont d’ores et déjà évoqué la possibilité de lancer un autre projet de pipeline, compte tenu des prévisions tablant sur une augmentation des volumes de production sur les sites nigériens.
Sujets de crispation
Lors de leur entretien à huis clos au palais de la Marina, Mohamed Bazoum et Patrice Talon ont également abordé plusieurs sujets qui crispent les relations entre leurs deux pays. Le président nigérien s’est notamment inquiété du niveau des frais, et notamment de l’ampleur des taxes, que les autorités béninoises imposent aux produits destinés à la réexportation vers le Niger. Selon nos informations, le président béninois s’est engagé à étudier les pistes permettant de réduire – voire de supprimer – certaines de ces taxes, considérées comme prohibitives par les Nigériens. Des commissions sectorielles entre les responsables des deux pays doivent permettre, dans les semaines qui viennent, de parvenir à une solution de compromis.
Autre sujet qui fâche la partie nigérienne : la suppression, au Port autonome de Cotonou (PAC), des entrepôts et espaces de chargement spécifiquement dédiés aux marchandises destinées à prendre la route vers Niamey. Sur ce plan, Talon a assuré à Bazoum que les travaux d’agrandissement et de modernisation en cours répondront aux besoins des transporteurs nigériens.
Quant à l’épineux dossier de la boucle ferroviaire qui doit relier Cotonou à Abdijan en passant par Niamey et Ouagadougou, il n’a été abordé qu’à la marge. En juillet dernier, les deux pays ont signé un accord révoquant la concession attribuée au groupe français Bolloré, qui devait mener les travaux de réhabilitation du tronçon de 740 km de rail reliant Cotonou à Niamey via Parakou, dans le centre du Bénin. Le dossier ne sera de nouveau à l’ordre du jour que « lorsque les conditions seront réunies », euphémise une source proche de la présidence béninoise.
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