Africa-Press – Niger. La situation au Niger est devenue une pomme de discorde entre les présidents ouest-africains, à tel point que le fossé se creuse entre le Nigérian Bola Tinubu et certains de ses homologues.
Le 10 décembre dernier, à Abuja, le sommet de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) a mis au jour les profondes divergences entre les chefs d’État. Un assouplissement progressif des sanctions imposées au Niger, « en fonction de la mise en œuvre de la feuille de route de la transition », a été décidé, mais pas à l’unanimité.
Dans un communiqué, publié le 14 décembre, la Cedeao est allée encore plus loin en reconnaissant que le gouvernement de Mohamed Bazoum « a été effectivement renversé par un coup d’État militaire. » Elle a également annoncé suspendre le pays de ses instances, au sein desquelles le Niger était encore représenté par les membres du gouvernement déchu ce 10 décembre.
Absences remarquées
Bien qu’annoncés, certains membres de l’organisation sous-régionale ont préféré boycotter cette réunion, afin de protester contre la position de leur homologue nigérian Bola Tinubu vis-à-vis de la junte au Niger, jugée trop conciliante.
Le président nigérian, qui a pourtant ardemment défendu l’option militaire afin de rétablir le président déchu Mohamed Bazoum dans ses fonctions, s’est finalement rallié au Togolais Faure Essozimna Gnassingbé, en acceptant d’ouvrir le dialogue avec les putschistes. Le Sierra-Léonais Julius Maada Bio s’est également porté volontaire pour participer à ces discussions.
Alassane Ouattara et Macky Sall, qui continuent de plaider pour une ligne dure à défaut d’une intervention militaire, ont préféré se faire représenter. Le président ivoirien, par Tiémoko Meyliet Koné, son vice-président, et son homologue sénégalais, par Ismaïla Madior Fall, ministre des Affaires étrangères. Ils estiment que la médiation tarde à donner des résultats, les putschistes n’ayant toujours pas libéré Mohamed Bazoum. Selon un proche de ce dernier, Bola Tinubu avait pourtant assuré qu’il pourrait obtenir cette libération avant le 9 décembre dernier.
Aligné sur les positions d’Alassane Ouattara et de Macky Sall, Patrice Talon a également choisi d’envoyer Shegun Bakary, son chef de la diplomatie. Il n’empêche que la fermeture des frontières entre le Niger et le Bénin, consécutive aux sanctions imposées par la Cedeao, n’a pas fait obstacle à l’inauguration d’un oléoduc de près de 2000 km le 1er novembre 2023. Cette structure doit permettre à Niamey d’écouler pour la première fois son pétrole sur le marché international, via le port de Sèmè, au Bénin.
La position de Washington
Autre pierre d’achoppement : la position américaine sur le Niger. Bien que le Pentagone, dirigé par Lloyd Austin, menace de retirer ses troupes s’il n’y a pas d’accord avec la junte sur un calendrier précis de la transition, le département d’État a reconnu le putsch en octobre dernier et maintenu ses relations diplomatiques avec Niamey. La nouvelle ambassadrice, Kathleen FitzGibbon, qui a pris ses fonctions le 2 décembre, a remis ses lettres de créances au général Abdourahamane Tiani, le chef de la junte.
La seule mesure de rétorsion de Washington a été le gel de la coopération financière. Selon un membre du Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNDS, l’ancien parti au pouvoir), les États-Unis estiment que « Mohamed Bazoum paie le prix de ses erreurs politiques et qu’il faut avancer vers une transition ».
Conviée au sommet de la Cedeao, la secrétaire d’État adjointe aux Affaires africaines, Molly Phee, n’a d’ailleurs pas formulé de propositions concrètes de sortie de crise. Bola Tinubu s’est donc logiquement aligné sur les positions des États-Unis, dont le poids économique et diplomatique est considérable au Nigeria. Sans compter que le dirigeant a été fragilisé dans son propre pays, la Cour suprême nigériane n’ayant confirmé que le 23 octobre dernier son élection à la présidentielle de février 2023.
Enfin, ce sommet avait mal commencé puisque le Bissau-Guinéen Umaro Sissoco Embaló a exprimé sa colère envers le président de la commission de la Cedeao, Omar Alieu Touray, lequel a étrillé son pays. Dans son rapport, la commission a en effet dénoncé « le conflit interne survenue à la Cour suprême […] ayant abouti à la démission de son président, Pedro Sambu, le 6 novembre [2023], à la suite de sa séquestration dans sa résidence et au saccage de son bureau par des éléments des forces de défense et de sécurité ». Elle a également « pris note avec regret de la dissolution de l’Assemblée nationale par le président de la République le 4 décembre [2023] ».
Source: JeuneAfrique
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