Barrick, Resolute, GAC, Iamgold, Orano… Tout comprendre sur la situation des miniers au Sahel

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Barrick, Resolute, GAC, Iamgold, Orano… Tout comprendre sur la situation des miniers au Sahel
Barrick, Resolute, GAC, Iamgold, Orano… Tout comprendre sur la situation des miniers au Sahel

Diawo Barry

Africa-Press – Niger. Depuis le début de l’année, les entreprises minières opérant au Sahel subissent les foudres des autorités du Mali, du Burkina Faso et du Niger. Entre pressions financières et menaces de retrait de permis, ces multinationales doivent s’adapter aux exigences des juntes.

Nouveaux codes miniers, bras de fer, emprisonnement… en Afrique de l’Ouest, les miniers vivent au rythme des humeurs des juntes. Dernier exemple en date: le placement en détention au Mali de Terry Holohan, directeur général de la société minière australienne Resolute Mining Ltd., la junior australienne qui exploite la mine de Syama au sud-ouest du pays.

Cette arrestation qui a eu lieu le 8 novembre à Bamako intervient dans un contexte de renégociation des contrats miniers. Les militaires au pouvoir, depuis 2020, tentent de faire passer les accords miniers sous le coup du nouveau code adopté en 2023. Alors que des groupes comme Allied Gold, Robex et B2Gold ont accepté le nouveau code sans demande d’adaptation, les négociations semblent pour le moins serrées avec Barrick Gold.

Menaces de retraits de permis

La major canadienne possède la plus grande mine du Mali, Loulo-Gounkoto. Certains employés de la société ont séjourné plusieurs jours en prison, en octobre dernier. La junte au pouvoir réclamait à Barrick, selon Reuters, 500 millions de dollars de taxes et dividendes impayés (environ 468 millions d’euros). Plusieurs sources interrogées par Jeune Afrique retiennent les sommes considérables demandées aux miniers du fait d’argent conservé sur des comptes bancaires hors du Mali – les infractions étant calculées avec rétroactivité et en ajoutant des pénalités de 100 %. « L’État ne fait qu’appliquer le règlement de l’Uemoa sur le sujet », rétorque un partisan de l’action du gouvernement contacté par JA. Une tactique pour faire plier le minier qui s’est avérée payante.

Ibrahim Traoré, qui dirige la transition burkinabè depuis janvier 2022, a déclaré que son pays avait toutes les capacités pour exploiter son or. Le secteur représente 12 % du PIB du pays.

Contrairement à son voisin Malien qui a brandi les sanctions financières, le Burkina Faso a quant à lui menacé de retirer les permis comme au Niger.

Ibrahim Traoré, qui dirige la transition burkinabè depuis janvier 2022, a déclaré que son pays avait toutes les capacités pour exploiter son or. Le secteur représente 12 % du PIB du pays. Sans préciser ses cibles, Ibrahim Traoré a indiqué vouloir retirer les permis miniers des multinationales. Dans un pays qui produit annuellement 58 tonnes d’or, les mots du président ont créé un vent de panique chez les miniers.

Le canadien Iamgold, a perdu 15 % de sa valeur à la Bourse de Toronto après cette annonce. Avec 80 % de sa production aurifère qui provient de la mine d’Essakane, le groupe reste très dépendant du Burkina Faso. Même sort pour Fortuna Silver Mines et Orezone Gold qui ont vu leur valorisation plonger de 10 %. L’Australien West African Resources, déjà détenteur de la mine de Sanbrado, qui développe le projet aurifère de Kiaka, a perdu des millions de dollars à la bourse australienne.

« C’est toujours le statu quo. Nous n’avons reçu aucune indication après cette sortie présidentielle », a expliqué un responsable minier joint par Jeune Afrique. Poursuivant, il précise que les relations avec les autorités se poursuivent, ainsi que le paiement des impôts dus. Au Burkina Faso, le secteur minier représente 2 349 milliards de F CFA de recettes d’exportations et près de 20 % des recettes fiscales de l’État. Face à l’insécurité grandissante dans le pays, quatre mines ont fermé leurs portes depuis l’arrivée des militaires au pouvoir. Des actes qui entraînent une perte de 30 milliards de F CFA de recettes fiscales.


Pressions en Guinée

Le 11 octobre dernier, Emirates Global Aluminium (EGA) annonçait l’arrêt des opérations d’exportation de la bauxite de sa filiale locale Guinea Alumina Corporation (GAC). Une décision prise sur ordre de la douane nationale. GAC qui dispose des aires de stockage sur ses différents sites, y compris au port de Kamsar, continuait jusque-là ses activités de production.

Mais le 10 novembre, la Compagnie des bauxites de Guinée (CBG) l’a informé qu’elle suspendait le transport interne de son minerai. GAC emprunte un chemin de fer de l’État guinéen géré par l’ANAIM (Agence nationale d’aménagement des infrastructures minières) et sous concession de la CBG. Sur la base d’un accord multi-usagers, la société fait trois allers-retours par jour entre sa mine et le port. Une collaboration interrompue sans explication. Cela « constitue une violation de nombreuses obligations légales de la part du gouvernement, de l’ANAIM et de la CBG », s’offusque Guinea Alumina dans un message envoyé à ses employés que Jeune Afrique a pu consulter.

Si aucune explication officielle n’est encore donnée pour justifier ses différentes pressions, GAC semble faire les frais de son retard dans la construction de sa raffinerie d’alumine, une obligation contractuelle dont les autorités exigent l’application.

Bouter Orano hors du Niger

Loin des bisbilles dans l’or, le Niger s’efforce de mettre sur la touche les exploitants étrangers dans l’uranium. Le pouvoir du général Abdourahamane Tiani a retiré plusieurs permis d’exploitations, dont celui d’Orano. Dommage collatéral du divorce entre Niamey et Paris, l’entreprise s’est vue retirer le permis d’exploitation de la mine d’Imouraren, en novembre 2023. Dans ce feuilleton qui a rythmé ces derniers mois, la junte a accentué la pression sur l’entreprise détenue à 90 % par l’État français.

Présente depuis 1967, Orano est la seule entreprise qui exploite activement l’uranium nigérien avec 1 130 tonnes extraites en 2023, à travers sa Société des mines de l’Aïr (Somaïr). L’entreprise qui conserve toujours le permis d’exploitation de cette mine a suspendu ses activités au Niger le 31 octobre dernier. L’entreprise explique ne pas pouvoir « continuer à travailler » face à une situation « fortement dégradée » dans le pays.

Le pouvoir du général Abdourahamane Tiani a retiré plusieurs permis d’exploitations, dont celui d’Orano. Dommage collatéral du divorce entre Niamey et Paris, l’entreprise s’est vue retirer le permis d’exploitation de la mine d’Imouraren, en novembre 2023.

Orano n’est pas la seule entreprise dans le viseur des autorités. La junte a retiré au groupe canadien GoviEx (Govi High-Power Exploration) le permis d’exploitation d’un important gisement d’uranium à Madaouéla, près d’Arlit (Nord), le 4 juillet. Le Canadien, qui extrait également de l’uranium en Zambie, a dans un communiqué déploré une « décision de [lui] retirer » ses droits qui « ne suit pas la procédure dictée par le code minier en vigueur ».

Au Niger, deux entreprises gardent toutefois le cap. Le chinois CNNC et canadien Global Atomic.


Poursuivre les investissements

CNNC a relancé son projet d’exploitation d’uranium dans le pays. La Société des mines d’Azelik (Somina) qu’elle détient avait interrompu ses activités en 2014, suite à une baisse des cours du minerai. Dix ans après cette décision et alors que l’uranium est au cœur de l’actualité, l’entreprise revient sur le devant de la scène en raison des tensions internationales et de la volatilité des marchés énergétiques.

Global Atomic, a quant à lui obtenu son permis en 2022. En pleine recherche de financement, le Canadien explique être soutenu par la junte. Ce dernier espère finaliser d’ici la fin de l’année le financement (estimé à quelque 500 millions de dollars en tout) de la construction de sa mine d’uranium Dasa, située à 140 km au nord d’Agadez et à 130 km au sud d’Arlit, au Niger. La société espère obtenir un soutien de 295 millions de dollars auprès d’une banque de développement américaine (DFC). Elle a commencé les travaux de construction de sa mine.

En attendant, cette vague de retraits de permis au Niger aiguise les intérêts de pays comme la Turquie, la Russie et l’Iran. Téhéran, dont les besoins en uranium sont associés à sa quête de la bombe nucléaire, aurait négocié l’achat de 300 tonnes du minerai. Mais l’information, confirmée par plusieurs sources officielles occidentales et nigériennes, a été démentie par les Iraniens.

Selon Reuters, le Russe Rosatom aurait, de son côté, eu des vues sur la mine d’Imouraren, l’une des plus grandes au monde. Une rumeur rapidement démentie par les parties concernées. Enfin, s’agissant de la Turquie, c’est l’État qui est passé à l’offensive en dépêchant à Niamey Alparslan Bayraktar, le ministre des Énergies et des Ressources naturelles. Il y a signé une déclaration d’intention dans le domaine énergétique. Officiellement, cette dernière vise à « soutenir et encourager les entreprises turques dans le développement des gisements de pétrole et de gaz naturel au Niger ». En réponse à cette « visite d’amitié », le ministre nigérien s’est rendu le 21 octobre en Turquie pour ratifier un « mémorandum sur la coopération dans le domaine minier ».

Source: JeuneAfrique

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