Africa-Press – Niger. En 2015, les 54 États africains se sont engagés à porter les dépenses d’éducation à au moins 4 à 6 % du PIB et/ou à 15 à 20 % des dépenses publiques, dans le cadre des engagements internationaux liés aux ODD. La plupart d’entre eux n’arrivent toutefois pas à respecter cet engagement, alors que l’éducation devient l’une des principales préoccupations des populations.
L’Éducation apparaît désormais parmi les priorités des citoyens en Afrique, alors que les performances des gouvernements en la matière sont jugées mitigées, selon un rapport du Profil panafricain d’Afrobarometer publié le 22 janvier 2026. Le secteur se hisse au troisième rang des priorités des populations africaines, juste après l’Emploi et la Santé, d’après une enquête réalisée en 2024/2025.
Depuis plus d’une décennie, les États africains affirment vouloir faire de l’éducation une priorité budgétaire. Cet engagement est au cœur de la Déclaration d’Incheon sur l’Éducation 2030, adoptée en 2015 et fixant un repère clair: consacrer au moins 4 à 6 % du PIB et/ou 15 à 20 % des dépenses publiques au secteur éducatif, afin de garantir une éducation inclusive, équitable et de qualité pour tous.
Ces objectifs ont été réaffirmés au niveau continental à travers plusieurs cadres, notamment la Stratégie continentale de l’éducation pour l’Afrique (CESA 2026-2035), la Déclaration de Nairobi (« Kenyatta ») sur le financement national de l’éducation, approuvée par 17 chefs d’État et ministres africains, et plus récemment la Déclaration de Nouakchott, adoptée lors de la Conférence continentale de l’éducation de l’Union africaine de décembre 2024. Les États y ont renouvelé leur engagement à renforcer le financement public de l’éducation, à améliorer la qualité de l’enseignement et à réduire les inégalités d’accès, en particulier pour les filles et les populations vulnérables.
Des engagements continentaux réaffirmés, mais peu respectés
Selon les données de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), la majorité des pays africains consacrent moins de 4 % de leur PIB à l’éducation, et seule une minorité atteint le seuil de 20 % du budget national recommandé. En juin 2024, l’UNICEF a indiqué que « 9 des 49 pays africains – moins de 1 sur 5 – ont consacré 20 % ou plus de leurs dépenses publiques à l’éducation, tandis que 24 pays se sont engagés à consacrer au moins 15 %, et que 6 pays ont consacré moins de 10 % ».
En moyenne, la part des dépenses publiques dédiée à l’éducation sur le continent demeure inférieure aux objectifs fixés au niveau international. En Côte d’Ivoire, les données les plus récentes montrent que les dépenses publiques dans l’Éducation représentaient environ 3,43 % du PIB en 2023, légèrement en dessous du seuil recommandé. Au Bénin, les dépenses éducatives représentaient 3,23 % du PIB en 2023, en hausse par rapport aux années antérieures. Le cas du Nigeria illustre un défi majeur: malgré une population étudiante très importante, le financement de l’éducation demeure faible, représentant seulement 1,97 % du PIB en 2022.
L’insuffisance des dépenses publiques consacrées à l’éducation compromet les obligations légales des gouvernements africains de garantir un enseignement primaire gratuit et obligatoire de qualité, et de rendre l’enseignement secondaire disponible, accessible et gratuit pour chaque enfant. L’enseignement pré-primaire et la formation professionnelle restent limités, ce qui freine le développement des compétences nécessaires pour tirer parti de l’économie numérique et de la transition verte.

Notons que la Namibie est l’un des rares pays à accorder 23,4 % de son budget national 2025/2026 à l’éducation, illustrant qu’il est possible de respecter ces engagements.
Pourquoi les États peinent à tenir leurs promesses
Cette situation s’explique en partie par des arbitrages politiques et économiques. De nombreux pays africains continuent de sous-investir dans l’éducation publique, car ils doivent faire face à plusieurs urgences de divers ordres. Par exemple, plusieurs pays de la région sahélienne, d’Afrique centrale, orientale et du Nord sont confrontés à des conflits armés persistants qui les amènent à consacrer une part importante de leur budget à la défense et à la sécurité. C’est le cas du Burkina Faso (27,76 % du budget en 2025) ou encore de la République démocratique du Congo (30 % en 2026). D’autres doivent s’occuper d’urgences climatiques, ou d’une dette persistante.
Selon Human Rights Watch, « plusieurs gouvernements africains appliquent des mesures d’austérité régressives pour assurer le service de la dette et le remboursement de ses intérêts. Quinze d’entre eux consacrent davantage de ressources au service de la dette qu’à l’éducation, ce qui entraîne une réduction drastique des revenus des enseignants, des pénuries de matériel pédagogique et des classes surchargées ». Le rapport évoque aussi une mauvaise répartition interne des ressources. Dans certains pays, une part disproportionnée du budget éducatif est consacrée à l’enseignement supérieur (environ 20 % en moyenne), alors que le pré-scolaire ne reçoit que 2 %. Les niveaux de base, pourtant essentiels, restent ainsi sous-financés.
Une autre difficulté est la dépendance à l’aide extérieure: une partie du financement éducatif repose sur les bailleurs de fonds internationaux, ce qui rend les budgets nationaux vulnérables aux fluctuations de l’aide et aux crises mondiales.
Un système sous pression face à l’explosion démographique
La croissance démographique rapide accentue le problème: avec une population jeune en forte hausse, les besoins éducatifs augmentent plus vite que les budgets disponibles. Un rapport conjoint de l’UNESCO, de l’UNICEF et de l’Union africaine souligne que même si les inscriptions scolaires ont augmenté depuis 2015 en Afrique, plus de 100 millions d’enfants n’y sont toujours pas scolarisés.
La qualité de l’enseignement stagne, avec un manque d’enseignants qualifiés et des infrastructures limitées, qui entrainent logiquement des résultats scolaires faibles: 4 enfants sur 5 âgés de 10 ans ne savent ainsi pas lire un texte simple. Parallèlement, la population active augmente plus vite que dans les autres régions du monde, grâce aux progrès réalisés dans la réduction de la mortalité infantile.

L’UNESCO affirme que « l’éducation de la petite enfance reste sous-développée dans de nombreuses régions et les taux de transition de l’école primaire à l’école secondaire varient considérablement. Si les taux d’achèvement du primaire et du secondaire augmentent, ils progressent à un rythme très lent – moins de 1 % par an en Afrique du Nord et en Afrique subsaharienne. Dans le même temps, le travail des enfants, les mariages précoces et l’insécurité contribuent à des taux élevés d’abandon scolaire, en particulier chez les filles, ce qui ne fait qu’aggraver la crise ».
Réinventer le financement pour sauver l’ODD 4
Aujourd’hui, les populations du continent sont de plus en plus sollicitées sur le marché international du travail, avec une population active qui pourrait atteindre 600 millions de personnes d’ici 2030, selon l’UNESCO. Il devient ainsi impératif de transformer l’éducation afin de stimuler une croissance plus rapide et équitable en Afrique. Plusieurs pays africains font des efforts visibles pour améliorer l’accès à une éducation de qualité et encourager la formation tout au long de la vie. Malgré cela, environ un jeune sur quatre n’est ni à l’école, ni en formation, ni employé, et les progrès restent lents.
Pour atteindre l’éducation universelle d’ici 2030, les systèmes éducatifs africains devraient accueillir 170 millions d’enfants supplémentaires, construire 9 millions de nouvelles salles de classe et recruter 11 millions d’enseignants. Accroître la part de l’éducation dans les budgets nationaux et mieux répartir les ressources entre les différents niveaux scolaires demeure crucial pour un continent qui s’apprête à abriter la plus forte population jeune au monde.
À cela s’ajoute la nécessité d’un nouveau modèle de financement mixte, combinant ressources publiques, partenariats avec le secteur privé, mécanismes innovants (fonds éducatifs nationaux, obligations sociales) et appui des partenaires techniques et financiers. Cette diversification permettrait de réduire la dépendance à l’aide extérieure et d’alléger la charge sur les finances publiques, tout en sécurisant les investissements de long terme.
Selon la 30e édition du rapport semestriel de la Banque mondiale sur l’Afrique subsaharienne, l’activité économique régionale a progressé de 3 % en 2024, après 2,4 % en 2023, portée par la consommation et l’investissement privé. L’inflation a diminué, passant de 7,1 % en 2023 à 4,8 % en 2024, grâce à des politiques monétaires et budgétaires plus strictes, à la stabilisation des devises et à la réduction des perturbations dans les chaînes d’approvisionnement.
Cette reprise reste néanmoins insuffisante pour réduire la pauvreté. La croissance du PIB par habitant est restée faible (0,5 % en 2024, contre 2,4 % entre 2000 et 2014), et le service de la dette absorbe 34 % des recettes publiques, limitant les investissements productifs. Les conflits, le changement climatique et le poids de la dette continuent de freiner le développement et l’accès à des emplois de qualité pour les jeunes.
L’éducation, levier central de la transformation économique africaine
Relancer la croissance repose sur deux leviers majeurs: stabiliser les économies et transformer l’éducation pour doter une population active en forte augmentation de connaissances solides et de compétences adaptées aux besoins des marchés du travail. Une planification basée sur des données fiables, des dépenses intelligentes et le soutien à l’entrepreneuriat sont essentiels pour élargir l’accès à l’éducation, améliorer la qualité de l’apprentissage et créer des emplois qualifiés.
Dans ce cadre, il est crucial de combler les lacunes dans l’enseignement pré-primaire et la formation professionnelle, de soutenir les start-up et les petites entreprises, et d’attirer des entreprises établies afin que les jeunes diplômés trouvent des opportunités d’emploi attractives et adaptées à leurs compétences. Ces mesures aideront l’Afrique à réaliser pleinement son potentiel économique et à afficher une croissance durable et inclusive.
Les innovations technologiques, notamment l’intelligence artificielle, peuvent aussi aider à révolutionner l’éducation sur le continent. L’IA notamment permet de créer des parcours éducatifs adaptés au niveau de chaque élève, en s’appuyant sur ses progrès et difficultés. « L’intelligence artificielle a le potentiel de relever certains des plus grands défis de l’éducation aujourd’hui, d’innover dans les pratiques d’enseignement et d’apprentissage, et d’accélérer les progrès vers l’ODD 4. Cependant, les développements technologiques rapides entraînent inévitablement de multiples risques et défis, qui ont jusqu’à présent dépassé les débats politiques et les cadres réglementaires », précise l’UNESCO.
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