Africa-Press – Niger. Si cuisiner est une passion pour certaines femmes, pour d’autres, c’est un moyen de survie, une façon de s’assurer une autonomie financière. Dans la ville de Niamey, beaucoup de femmes ont fait de la vente de nourriture leur principale source de revenus. Sur les grandes artères, dans les marchés et même dans les établissements scolaires, elles sont présentes, proposant des aliments traditionnels à base de produits locaux ainsi que des plats nouveaux, adaptés aux conditions de vie urbaine et aux faibles revenus des populations.
Banalisée parfois, la vente de nourriture de rue s’avère pourtant, pour les femmes qui en ont fait leur principale activité, une source de revenus sûre et importante. Chaque matin, à la lueur du soleil, des femmes vendeuses de nourriture de rue quittent leur domicile pour se rendre sur leur lieu de vente. C’est le cas de Fati Abdoul Aziz, femme au foyer et mère de plusieurs enfants, qui a fait de cette activité sa principale activité. Chaque jour, raconte-t-elle, elle quitte son domicile à 7 heures pour venir vendre de la nourriture devant l’ANERSOL. « Cela fait exactement six (6) ans que je suis dans la vente de nourriture. Je quitte le quartier Deizeybon à 7 h pour venir ici. Et grâce à cette activité, Alhamdoulilah, j’ai pu réaliser beaucoup de choses. Mais la plus grande et la plus importante chose pour la mère que je suis, c’est d’avoir pu payer la scolarité de mes enfants », a-t-elle déclaré avec fierté. Dame Fati Abdoul Aziz fait en moyenne un chiffre d’affaires de 100 000 F CFA par jour grâce à la vente de nourriture. Elle propose plusieurs mets dont les prix vont de 500 F CFA à 2 000 F CFA et plus. Tout dépend, précise-t-elle, de l’accompagnement choisi pour le plat (viande, boyaux, poisson, poulet ou pintade).
Outre le paiement de la scolarité de ses enfants, Mme Fati contribue également à certaines charges qui incombent à son mari, et ce malgré les difficultés auxquelles elle est parfois confrontée dans l’exercice de son activité.
Au niveau du rond-point Justice, une autre Fati, vendeuse de « Dambou », s’active sous un soleil de plomb pour gagner sa vie. Les traits du visage tirés par la fatigue et sans doute par le poids de l’âge, Mme Fati Hassane sert avec aisance et un sourire bienveillant sa clientèle. Grâce aux revenus issus de la vente, elle a pu s’offrir ce qui lui était auparavant inaccessible. En effet, confie-t-elle, à travers la vente de nourriture, elle a pu se construire un toit, en bâtir un autre mis en location, financer le mariage de son fils et organiser dignement celui de sa fille. « 200 F CFA, 250 F CFA, 500 F CFA… c’est ce qui a permis de telles réalisations », a-t-elle dit avec un rire contagieux.
La gastronomie traditionnelle, un crédo, une valeur sûre
Chaque jour, Dame Fati prépare 27 kilogrammes de fonio qu’elle vend accompagné de moringa, de haricots ou de choux. Comme recette journalière, elle affirme pouvoir gagner jusqu’à 75 000 F CFA. « Parfois, il m’arrive de gagner moins. Vous savez, le marché, c’est comme un jeu de tombola. Mais, malgré tout, Alhamdoulilah, je m’en sors bien. Je n’ai jamais tendu la main et je continue de prier pour que cela reste ainsi », a-t-elle précisé. Mme Fati Hassane est dans la vente de nourriture depuis qu’elle a abandonné l’école, soit depuis 29 ans. Ce commerce lui permet de s’épanouir économiquement et d’aider son entourage. Elle est aidée dans cette activité par sa fille, qui le fait avec fierté. Revenant sur l’apport économique de son commerce, elle déclare « ce qui me plaît dans mon commerce, c’est que je ne tends jamais la main à qui que ce soit. Je suis très épanouie car je m’en sors bien. Je ne vais pas dire que ça va toujours, car il y a des jours où on ne vend même pas la moitié de ce qui a été préparé, mais on arrive toujours à s’en sortir », s’est-elle réjouie.
À la place Bakary Djibo, située au petit marché, devant une table sur laquelle se trouvent plusieurs casseroles remplies de nourriture, se tient Mme Aichatou, vêtue d’un hijab blanc taché d’huile.
Tout en servant un client, Mme Aichatou confie qu’elle vend de la nourriture depuis 2005. « J’ai commencé cette activité après le décès de mon mari, qui m’a laissée avec trois filles. Ne voyant pas de grandes issues pour nous en sortir, je me suis lancée dans cette activité avec la modique somme de 3 000 F CFA. Avec cette somme, j’ai pu acheter un kilo de riz, un demi-paquet de spaghetti, 75 F CFA d’huile et 250 F CFA de viande qu’on me coupait en morceaux de 25 F CFA l’unité », a-t-elle confié, le regard lointain, la gorge nouée par l’émotion. Ce commerce, selon Mme Aichatou, est sa plus grande réussite, car il lui a permis, depuis le décès de son mari, de subvenir dignement à ses besoins et à ceux de ses enfants. « Ce commerce est ce qui m’a permis d’élever mes enfants dans la dignité, comme l’aurait fait leur père. Il m’a permis d’honorer ma fille lors de son mariage et, In shaa Allah, il en sera de même pour les deux autres », a-t-elle affirmé.
À la question de savoir combien elle gagne par jour, Mme Aichatou a préféré garder le silence sur le montant. Toutefois, elle a laissé entendre que cela dépasse souvent ses espérances quotidiennes, tout en insistant sur le mot « Alhamdoulilah ».
Pour exercer son commerce, Mme Aichatou quitte chaque jour le quartier Talladjé pour venir vendre de la nourriture au petit marché. Elle prépare des plats comme la pâte de maïs, la pâte de mil et des pâtes alimentaires accompagnées de sauce rouge ou noire. Les prix des plats varient entre 250 F CFA et 1 000 F CFA, voire plus, et les morceaux de viande frite sont vendus à 100 F CFA l’unité.
La vente de nourriture peut paraître marginale, mais elle prend une dimension particulière en milieu urbain. C’est, en effet, une énorme activité économique et aussi une source non négligeable d’emplois en milieu urbain. A Niamey, le constat est réel, nombreuses sont les femmes qui vivent de l’activité. Veuves, divorcées, non-scolarisés ou déscolarisés, chacune, à travers cette activité, tente vaille que vaille de s’assurer une certaine autonomie financière. Aussi, en plus d’offrir aux populations, notamment les fonctionnaires et commerçants, des aliments prêts à être consommés et à des coûts acceptables, elles participent également à l’essor économique du pays à travers le paiement des différents taxes et impôts. Somme toute, la vente de nourriture dans la rue joue un rôle important car il procure des revenus aux ménages et assure la couverture des besoins. Cependant, les vendeurs sont confrontés parfois à d’énormes difficultés (comme l’insalubrité de l’environnement…), d’où la nécessité de faire intervenir l’Etat pour une bonne gestion et un bon rendement du secteur.
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