
Dans les stands de la foire annuelle des maraîchers d’Agadez, organisée pour sa 15è édition à la Place du petit marché de Niamey, les étals débordent de couleurs et de senteurs. Cris des vendeurs, discussions animées entre clients et producteurs, paniers chargés à ras bord, le site ne désemplit pas. Dans cette effervescence, trois produits retiennent particulièrement l’attention des visiteurs : la feuille de corète, la tomate séchée et l’ail. Des denrées modestes en apparence, mais essentielles dans l’alimentation quotidienne, qui témoignent de l’ingéniosité paysanne et de la capacité de résilience de l’agriculture locale.
Présente dans presque toutes les cuisines nigériennes, la feuille de corète appelée malohia en Hausa et fokou en Zarma, s’impose comme l’un des produits phares de la foire des maraîchers d’Agadez. Récoltée et séchée soigneusement, elle est appréciée pour sa richesse nutritionnelle et sa texture particulière qui donne de la consistance aux sauces traditionnelles. « C’est un aliment qui nourrit bien et qui se conserve longtemps, nous vendons la tasse à 1 000 FCFA seulement », confie Abouka Rissa, un marchand. Pour lui, comme pour beaucoup d’autres exposants, la vente de la corète représente, à la fois, une source de revenus indispensable et une valorisation du savoir-faire transmis de génération en génération.
Un peu plus loin, la tomate séchée s’expose dans de grandes tasses soigneusement nouées. Transformée grâce au séchage solaire, elle devient une véritable réserve alimentaire pour les ménages, notamment en période de soudure ou lorsque la tomate fraîche se fait rare et coûteuse. Cette pratique, de plus en plus répandue, constitue aussi une réponse concrète au gaspillage post-récolte. « Quand la tomate est abondante, on la sèche pour ne rien perdre, nous vendons la mesure à 1 500 FCFA », explique Abdoulaye Tawzi, tout en soulignant l’intérêt économique de cette transformation artisanale qui leur permet de conserver leur production sur une plus longue période.
L’ail, enfin, complète le trio. Indispensable dans la préparation des plats, il est recherché autant pour ses qualités gustatives que pour ses vertus médicinales reconnues par la médecine traditionnelle. À la foire, il se vend en petites bottes ou en tas, preuve d’une demande constante. « La tasse de l’ail est seulement à 4 000 FCFA la grande mesure,
2 000 FCFA le demi. Pour le kilo, c’est entre 1 300 FCFA et
1 350 FCFA. Vraiment, on arrive à gagner ; nous ne faisons que remercier le bon Dieu et les autorités qui nous ont donné ce lieu », a-t-il indiqué.
Au-delà de la simple vente, la foire des maraîchers d’Adagaz se veut un espace de promotion du consommer local et de rencontre directe entre producteurs et consommateurs. Elle permet de réduire les intermédiaires, d’améliorer les revenus des maraîchers et de sensibiliser le public sur l’importance des produits locaux dans un contexte marqué par les défis climatiques, la cherté de la vie et l’insécurité alimentaire, mais aussi et surtout par la consommation des produits importés.
À Agadez, la feuille de corète, la tomate séchée et l’ail ne sont pas de simples ingrédients. Ils incarnent une agriculture de proximité, faite de savoir-faire local, d’adaptation et de dignité, qui continue, malgré les difficultés, de nourrir au quotidien les familles nigériennes.
Adamou I. Nazirou (ONEP)