Industrialisation au Niger : Gérer les risques sanitaires et environnementaux pour un développement durable

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Industrialisation au Niger : Gérer les risques sanitaires et environnementaux pour un développement durable
Industrialisation au Niger : Gérer les risques sanitaires et environnementaux pour un développement durable

Le développement industriel joue un rôle incontournable dans l’essor économique d’un pays. Il stimule non seulement la création d’emplois, mais aussi augmente la production de biens et services. Le Niger, pays riche en ressources, connaît un développement industriel croissant, contribuant ainsi au développement socio-économique du pays. Cependant, cette croissance, bien que bénéfique pour le pays, n’est pas sans conséquences sur la santé humaine et animale, l’environnement et le climat.

Selon l’organisation internationale du travail (OIT), près de 3 millions de travailleurs meurent chaque année à cause d’accidents et de maladies liés au travail. Cette organisation indique également que les maladies circulatoires, les néoplasmes malins et les maladies respiratoires figurent parmi les trois principales causes de décès liés au travail. En 2019, au Niger, selon le Ministère de l’Emploi, le nombre moyen annuel de cas d’accidents et de maladies professionnels est de 200, avec 10 cas d’accidents de travail mortels par an. On note que la CNSS investit en moyenne 600 millions par an pour faire face aux charges inhérentes à ces risques.

En effet, a expliqué Dr. Boubacar Tchombiano, pédagogue en science de la santé, l’impact de l’industrialisation sur la santé des individus est la combinaison de plusieurs facteurs qui interagissent et dégradent notre état de santé. « La production des déchets toxiques est aussi fréquente dans les industries, d’où l’apparition de maladies au sein de la population, notamment respiratoires, digestives, cardiaques, etc », a-t-il dit. D’après lui, certaines intoxications surviennent après la consommation de produits agroalimentaires irrigués avec les eaux usées ou cultivés sur un sol contaminé par des produits chimiques (pesticides, désinfectants, engrais, solvants, …) ou des métaux lourds (plomb, mercure, arsenic, …) issus des usines.

Entre autres manifestations, il a cité la survenue de la diarrhée, des nausées, des vomissements, des vertiges, des crampes abdominales et souvent des troubles neurologiques à type de convulsions et délires. « Ces symptômes apparaissent à long terme suite à la consommation prolongée de ces produits et ou légumes exposés aux produits chimiques toxiques contenus dans les eaux usées souillées, provenant des égouts ; évacuations de certaines usines qui ne respectent pas les normes sanitaires et environnementales de protection de la nature », a-t-il expliqué. La complication la plus grave, a dit Dr. Boubacar Tchombiano, est le choc anaphylactique suivi d’un arrêt cardiaque en l’absence d’une intervention rapide.

Aussi, le contact avec ces substances bio-physico chimiques peut entraîner des réactions allergiques faisant apparaître des démangeaisons, voire des ulcérations de la peau et des téguments. Sur un autre plan, il a aussi noté la pollution de l’air par émissions industrielles des particules gazeuses ou solides qui se trouvent en suspension dans l’air dont le mécanisme de contamination se fait par inhalation. « La conséquence de cette forme d’intoxication se traduit par une pneumopathie chronique asthmatiforme, une neuropathie, une atteinte de l’acuité visuelle, sensorielle et même auditive », a-t-il soutenu avant d’ajouter avec gravité que la complication la plus redoutable de la pollution de l’air est le cancer.

A côté de cette pollution, Dr. Boubacar Tchombiano a également cité les nuisances issues des ondes électromagnétiques ou radiations émises par certaines installations industrielles, dont les mesures préventives en matière de radio protection sont insuffisantes voire inexistantes. Les conséquences sanitaires liées à une longue exposition à ces ondes ou radiations se manifestent sous forme de troubles dermatologiques, neurologiques, cardio vasculaire, entre autres, avec un pouvoir cancérigène très élevé selon le degré de fréquence.

Des mesures préventives pour protéger les populations des risques industriels

Tout essor industriel appelle une législation préalable visant à protéger l’environnement et la santé par des mesures de prévention des risques et maladies professionnelles auxquelles pourrait être exposés les travailleurs et leurs familles.

De manière spécifique, avec l’industrialisation, on constate l’émergence de risques et maladies professionnelles caractérisées par des incapacités temporaires ou chroniques chez certains travailleurs industriels à type de déformation physique, de trouble rhumatologique, immunologique et même neurologique.

Dr. Boubacar Tchombiano a ainsi insisté sur la prise urgente de mesures préventives, car les effets agressifs de l’industrialisation restent une menace grave sur notre écosystème et notre santé. « L’industrialisation d’un pays sous-entend son développement économique, social et culturel et nous pouvons aisément dire qu’il s’agit d’un moment qui annonce l’émergence ou l’apparition de plusieurs phénomènes de santé dont les conséquences sont souvent dramatiques si l’on ne prend pas garde. D’où la nécessité de mettre en place un système de santé innovant et performant », a-t-il dit.

Pour Dr. Boubacar Tchombiano, la prévention de toutes ces conséquences va de la sensibilisation pour un changement de comportement au respect strict de la législation sur la santé, sécurité au travail, gage d’un développement harmonieux et sain pour une population qui aspire tirer profit d’une industrialisation qui vise le rehaussement de l’espérance de vie. « En conclusion, nous pouvons affirmer que les conséquences de l’industrialisation sur la santé restent un défi socio sanitaire majeur. A ce titre, l’application des bonnes pratiques d’hygiène de vie s’impose à tous », a-t-il estimé. Outre sur la santé, l’industrialisation a de lourdes conséquences sur l’environnement et sur le climat.

Gestion des déchets industriels et leurs impacts sur les écosystèmes

D’après Mme Boubacar Chimba Rabiatou, titulaire d’un Master 2 en Evaluation d’impact environnemental et social, par ailleurs chargée de projet à l’Initiative pour l’arbre, les industries avec leurs activités produisent énormément de déchets et génèrent des polluants qui affectent considérablement l’environnement et le climat.

Cette dernière a fait savoir que les déchets industriels se présentent sous plusieurs formes, à savoir : formes solides et dangereuses (boues toxiques, résidus métalliques, etc) ; formes liquides, polluants (huiles usées, eaux contaminées, solvants, etc) et formes gazeuses (émission de gaz toxiques, les fumées industrielles, etc). La gestion de ces déchets suit un processus comprenant l’identification du déchet, sa caractérisation pour déterminer le niveau de dangerosité, son stockage sécurisé (exemple dans des zones de confinement pour les produits dangereux), le traitement avec possibilité souvent de valorisation (recyclage et récupération d’énergie, traitement physico-chimique des effluents) et enfin l’élimination finale pour les résidus non valorisables.

« Lorsque ces déchets sont mal gérés, ils peuvent avoir des conséquences graves sur l’environnement comme la pollution des sols qui peut entrainer la perte de la fertilité des sols et l’accumulation de métaux lourds qui peut contaminer les plantations et perturber les micro-organismes. La pollution des eaux de surface et des nappes phréatiques peut provoquer la mortalité des êtres vivants aquatiques, l’eutrophisation et la dégradation des habitats naturels. Il y a la pollution de l’air à travers les émissions industrielles sous forme de gaz toxiques ou de particules fines qui affectent la santé humaine (par inhalation), la faune, la flore et aggravent le réchauffement climatique », a-t-elle expliqué. La spécialiste en étude d’impact environnemental a ajouté que ces perturbations conduisent à la dégradation des écosystèmes, à la fragmentation des habitats naturels, à la disparition progressive des espèces sensibles et à la bioaccumulation des contaminants tout au long de la chaine alimentaire.

Méthodes d’évaluation des risques industriels

Pour prévenir l’impact des déchets industriel, Mme Boubacar Rabiatou a affirmé que plusieurs méthodes d’évaluations des risques industriels sont utilisées. On note, entre autres, l’analyse des dangers (HAZID) qui permet l’identification systématique de tous les dangers potentiels liés aux installations. A cela s’ajoutent l’analyse approfondie des risques (HAZOP) qui permet une étude détaillée des défaillances possibles dans un procédé industriel et l’Evaluation d’Impact Environnemental et Social (EIES) qui, quant à elle, analyse les effets d’un projet sur l’environnement, propose des mesures d’atténuation et met en place un système de suivi à long terme. Le suivi inclut l’analyse régulière de la qualité de l’air, des eaux, des sols et de la biodiversité.

Mesures de réduction des risques industriels

Autrement, pour réduire les risques industriels, Mme Boubacar Rabiatou a souligné qu’il est essentiel d’appliquer des mesures préventives telles que la formation du personnel et le respect strict des normes d’émission. Des mesures correctives telles que la gestion rigoureuse des déchets dangereux, le traitement des effluents, l’élaboration de plans d’urgence, ainsi que la mise en place de systèmes de contrôle et d’alerte dans les installations. « Enfin, il y a les mesures compensatoires, telles que le reboisement, qui jouent un rôle important : elles permettent de restaurer les sols dégradés, d’améliorer la qualité de l’air et de recréer des habitats naturels. A ce titre, les activités de plantation que nous réalisons chaque fin de semaine, dimanche utile, à l’initiative pour l’arbre s’inscrivent pleinement dans cette dynamique. Elles contribuent directement à la régénération de la couverture végétale et à la reconstruction des écosystèmes affectés par l’industrialisation », a-t-elle dit.

Sur le plan réglementation, elle a indiqué que plusieurs textes encadrent la prévention des risques industriels. On peut citer le code de l’environnement, le décret portant Evaluation Environnementale et Sociale et les textes relatifs à la gestion des déchets dangereux, le Code minier et le Code pétrolier sur le plan national qui définissent les obligations des entreprises. « Au niveau international, les normes ISO 14001, la convention de Bâle sur les déchets dangereux et les normes de performance de la Banque Mondiale renforcent les exigences en matière de protection environnementale. Il y a aussi les directives de l’OMS sur la qualité de l’air », a-t-elle ajouté.

Enfin, pour vérifier que les entreprises respectent leurs obligations environnementales, les autorités doivent s’assurer qu’aucun projet ne démarre sans une Etude d’Impact Environnemental et Social validée et un certificat de conformité de l’entreprise. « Les services techniques réalisent des inspections régulières sur le terrain afin de vérifier les installations, évaluent la mise en œuvre du Plan de Gestion Environnemental et Social (PGES) et s’assurent du respect des normes. Les entreprises à leur tour sont tenues de soumettre des rapports périodiques qui incluent les résultats du suivi environnemental et les preuves de traitement des déchets. En cas de non-respect des normes, il y a des sanctions qui s’appliquent, allant de l’amende, le retrait de l’autorisation à la suspension des activités », a-t-elle conclu.

Rahila Tagou (ONEP)

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