{"id":1534,"date":"2020-12-28T16:21:57","date_gmt":"2020-12-28T16:21:57","guid":{"rendered":"https:\/\/www.africa-press.com\/niger\/?p=1534"},"modified":"2020-12-28T16:25:31","modified_gmt":"2020-12-28T16:25:31","slug":"le-niger-a-lheure-des-choix","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.africa-press.net\/niger\/dossiers\/le-niger-a-lheure-des-choix","title":{"rendered":"Le Niger \u00e0 l&rsquo;heure des\u00a0choix"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"color: #ff6600\"><strong><a href=\"https:\/\/www.africa-press.com\">Africa-Press<\/a> &#8211; <a href=\"https:\/\/www.africa-press.com\/niger\">Niger<\/a>. <\/strong><\/span>Il y a pr\u00e8s de dix ans, Mahamadou Issoufou \u00e9tait investi en grande pompe. Le 7 avril 2011, les milliers d&rsquo;invit\u00e9s officiels et la foule de badauds qui \u00e9taient de la f\u00eate au Palais des sports de Niamey ont vu se tourner une page d&rsquo;histoire en direct. Et quelle histoire ! En moins de deux ans, le Niger avait connu un coup d&rsquo;\u00c9tat institutionnel, un coup d&rsquo;\u00c9tat militaire et une transition politique. Beaucoup d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements pour un pays class\u00e9 parmi les plus pauvres du monde. Tout avait commenc\u00e9 en 2009 avec la d\u00e9cision du pr\u00e9sident Mamadou Tandja de rester au pouvoir au-del\u00e0 de son second mandat. Pour justifier son coup de force, l&rsquo;ancien chef de l&rsquo;\u00c9tat, d\u00e9c\u00e9d\u00e9 en novembre dernier, invente une strat\u00e9gie qui fait encore trembler dans le pays, le \u00ab tazartch\u00e9 \u00bb. En clair, durant des mois, il fait vivre un v\u00e9ritable enfer aux populations \u00e0 coups de propagande et de r\u00e9pression. Il sera farouchement combattu par une large majorit\u00e9 de la classe politique et de la soci\u00e9t\u00e9 civile. Mahamadou Issoufou \u00e9tait en premi\u00e8re ligne dans cette bataille. Avec son parti, le PNDS-Tarayya, le Parti nig\u00e9rien pour la d\u00e9mocratie et le socialisme, il promet, pendant la campagne \u00e9lectorale, de s&rsquo;attaquer aux grands probl\u00e8mes du pays : djihadisme, pauvret\u00e9, ch\u00f4mage, criminalit\u00e9, corruption\u2026 Dix ans plus tard, le bilan est mitig\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab Il y a une volont\u00e9 de cr\u00e9er les conditions d&rsquo;une alternance politique, dit Seidik Abba, journaliste et sp\u00e9cialiste du djihadisme en Afrique de l&rsquo;Ouest. De changer de cap aussi, parce que de nombreux Nig\u00e9riens estiment que le bilan n&rsquo;est pas tr\u00e8s flatteur pour le pouvoir sortant. Le PNDS a dirig\u00e9 le pays pendant deux mandats, mais, d&rsquo;apr\u00e8s les Nig\u00e9riens, il est rest\u00e9 dernier \u00e0 l&rsquo;Indice de d\u00e9veloppement humain de l&rsquo;ONU \u00bb, compl\u00e8te cet expert nig\u00e9rien. \u00ab L&rsquo;erreur qu&rsquo;on commet est de consid\u00e9rer qu&rsquo;\u00e0 partir du moment o\u00f9 le pr\u00e9sident Issoufou ne se pr\u00e9sente pas, c&rsquo;est suffisant. C&rsquo;est certes un atout pour le pays, mais, aujourd&rsquo;hui, les enjeux sont multiples. \u00bb<\/p>\n<p>Il n&rsquo;est pas le seul \u00e0 dresser ce constat. \u00ab Du point de vue ext\u00e9rieur, on a peut-\u00eatre l&rsquo;impression \u2013 par rapport \u00e0 tout ce qui s&rsquo;est pass\u00e9 ailleurs dans la sous-r\u00e9gion \u2013 qu&rsquo;on a enfin le droit \u00e0 une vraie \u00e9lection avec plusieurs candidats, plusieurs programmes, mais ce n&rsquo;est qu&rsquo;une apparence \u00bb, juge, amer, au bout du t\u00e9l\u00e9phone depuis Niamey, Moussa Tchangari, pr\u00e9sident de l&rsquo;ONG Alternative Espace Citoyens. \u00ab Il faut interroger le bilan d&rsquo;Issoufou \u00bb, interpelle une autre source contact\u00e9e par Le Point Afrique. \u00ab Effectivement, le contexte de la sous-r\u00e9gion est tr\u00e8s agit\u00e9 et le Niger para\u00eet comme un bon \u00e9l\u00e8ve, mais, quand vous regardez dans le d\u00e9tail, il y a des suspicions, au niveau de la Ceni et m\u00eame autour de l&rsquo;\u00e9limination du principal opposant Hama Amadou \u00bb, fait remarquer un observateur de la politique interne.<\/p>\n<p>Tout le monde conna\u00eet le Niger, cette ancienne colonie fran\u00e7aise enclav\u00e9e dans le sud du Sahara parmi les plus pauvres du monde. Avec 7,6 enfants par femme, le Niger d\u00e9tient le record mondial de f\u00e9condit\u00e9. Le pays revient de loin, marqu\u00e9 par de nombreux coups d&rsquo;\u00c9tat, et n&rsquo;a jamais vu deux pr\u00e9sidents \u00e9lus se succ\u00e9der depuis l&rsquo;ind\u00e9pendance en 1960. Ainsi, il t\u00e2tonne toujours sur le plan d\u00e9mocratique, malgr\u00e9 l&rsquo;espoir soulev\u00e9 il y a une d\u00e9cennie par l&rsquo;arriv\u00e9e au pouvoir d&rsquo;un opposant historique, Mahamadou Issoufou, aujourd&rsquo;hui \u00e2g\u00e9 de 68 ans. Sa d\u00e9cision de se retirer apr\u00e8s deux mandats est une premi\u00e8re pour le pays, et presque une exception en Afrique. Les exemples les plus r\u00e9cents sont la C\u00f4te d&rsquo;Ivoire et la Guin\u00e9e, deux pays de la Communaut\u00e9 \u00e9conomique des \u00c9tats d&rsquo;Afrique de l&rsquo;Ouest (Cedeao), dont le Niger fait partie. Dans les deux pays, les deux pr\u00e9sidents Alpha Cond\u00e9 et Alassane Ouattara ont contourn\u00e9 la r\u00e8gle des deux mandats maximum gr\u00e2ce \u00e0 des changements dans la Constitution.<\/p>\n<p>Un ancien diplomate confie que, si le Niger n&rsquo;a pas suivi cette trajectoire, le pays est bel et bien sur une pente dangereuse. Il serait pr\u00e9cipit\u00e9 de le citer en exemple de d\u00e9mocratie sur le seul fait que son pr\u00e9sident respecte la Constitution. Puisque, rappelle-t-il, \u00ab le pr\u00e9sident Issoufou a \u00e9t\u00e9 r\u00e9\u00e9lu en 2016 avec 90 % des voix alors que son principal opposant et ancien alli\u00e9 Hama Amadou a fait campagne depuis sa prison et qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui sa candidature a \u00e9t\u00e9 invalid\u00e9e : est-ce que c&rsquo;est \u00e7a, la d\u00e9mocratie ? \u00bb En effet, la candidature de ce dernier a \u00e9t\u00e9 \u00e9cart\u00e9e par la Cour constitutionnelle en raison de sa condamnation en 2017 dans une affaire de trafic de b\u00e9b\u00e9s, qu&rsquo;il qualifie de jugement politique.<\/p>\n<p>Moussa Tchangari est plus s\u00e9v\u00e8re et parle d&rsquo;une \u00ab d\u00e9mocrature \u00bb. Le militant des droits humains plante un d\u00e9cor sans concession sur la situation sociopolitique du Niger, caract\u00e9ris\u00e9e ces derni\u00e8res ann\u00e9es par de nombreuses arrestations de syndicalistes, de journalistes et membres de la soci\u00e9t\u00e9 civile. Lui-m\u00eame a \u00e9t\u00e9 emprisonn\u00e9 plus t\u00f4t cette ann\u00e9e en mars 2020 apr\u00e8s avoir particip\u00e9 \u00e0 une manifestation \u00e0 Niamey. Reporters sans fronti\u00e8res avait d\u00e9plor\u00e9, en juillet, \u00ab un grave recul \u00bb de la libert\u00e9 de la presse au Niger, apr\u00e8s deux arrestations de journalistes en raison de leurs publications sur l&rsquo;\u00e9pineuse affaire des surfacturations d&rsquo;achats d&rsquo;\u00e9quipements militaires.<\/p>\n<p>\u00ab L&rsquo;une des constantes au Niger, c&rsquo;est que la classe politique n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 renouvel\u00e9e depuis la conf\u00e9rence nationale de 1990, explique Seidik Abba, citant : Issoufou, Hama, Mahamane Ousmane, Seini Oumarou, tout ce personnel politique a \u00e9merg\u00e9 de la conf\u00e9rence nationale de cette \u00e9poque. \u00bb Ce dimanche, pourtant, l&rsquo;offre \u00e9tait pl\u00e9thorique : trente candidats se disputent les suffrages des quelque 7,4 millions d&rsquo;\u00e9lecteurs, sur environ 23 millions d&rsquo;habitants, avec en lice deux ex-pr\u00e9sidents et sept anciens ministres, pour une moyenne d&rsquo;\u00e2ge de plus de 60 ans dans un pays o\u00f9 la population est tr\u00e8s jeune. Le grand favori est Mohamed Bazoum, ancien ministre de l&rsquo;Int\u00e9rieur et des Affaires \u00e9trang\u00e8res, consid\u00e9r\u00e9 comme le bras droit du pr\u00e9sident Issoufou. Il vise une victoire d\u00e8s le premier tour, ce qui n&rsquo;est jamais arriv\u00e9 dans l&rsquo;histoire du pays. \u00ab Le pr\u00e9sident Issoufou n&rsquo;a pas int\u00e9r\u00eat \u00e0 ne pas organiser d&rsquo;\u00e9lections transparentes, souligne Seidik Abba, qui met en exergue la volont\u00e9 du chef de l&rsquo;\u00c9tat sortant de soigner sa sortie. En plus d&rsquo;avoir renonc\u00e9 \u00e0 se pr\u00e9senter, il faut aussi qu&rsquo;on dise qu&rsquo;il a fait des \u00e9lections transparentes \u00bb, appuie cet observateur d&rsquo;origine nig\u00e9rienne.<\/p>\n<p>\u00ab Apr\u00e8s nous, c&rsquo;est nous \u00bb, dit un des slogans de campagne de Mohamed Bazoum. Fort de l&rsquo;\u00e9crasante victoire de son parti aux \u00e9lections locales du 13 d\u00e9cembre, cet homme de 60 ans, qui b\u00e9n\u00e9ficie de la machine \u00e9lectorale de son parti et de l&rsquo;\u00c9tat, se place \u00ab dans les traces d&rsquo;Issoufou \u00bb et a promis de mettre l&rsquo;accent sur l&rsquo;\u00e9ducation, notamment pour les jeunes filles, ainsi que sur la s\u00e9curit\u00e9. \u00ab Le PNDS a l&rsquo;avantage d&rsquo;avoir dirig\u00e9 le pays pendant deux mandats, d&rsquo;avoir install\u00e9 ses structures, d&rsquo;avoir une dimension nationale et d&rsquo;avoir aussi le tr\u00e9sor de guerre, car, comme dans la plupart de nos pays, qui dit \u00e9lections dit aussi importantes d\u00e9penses financi\u00e8res, pointe Seidik Abba. Mais ce n&rsquo;est pas suffisant pour gagner. \u00bb \u00ab Aucun parti et m\u00eame aucune coalition n&rsquo;ont r\u00e9ussi \u00e0 gagner la pr\u00e9sidentielle au premier tour. Il y a toujours eu un second tour. \u00bb<\/p>\n<p>Une partie de l&rsquo;opposition a choisi d&rsquo;attaquer l&rsquo;ancien ministre de l&rsquo;Int\u00e9rieur sur son appartenance \u00e0 la minorit\u00e9 arabe. La justice a \u00e9t\u00e9 saisie, mais sans succ\u00e8s. Au-del\u00e0 de la personnalit\u00e9 de cet ancien syndicaliste qui a labour\u00e9 tout au long de son long parcours politique les arcanes du pouvoir tant en interne qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;international, Seidik Abba pense qu&rsquo;il y a une lassitude g\u00e9n\u00e9rale des populations. \u00ab Au Niger, comme dans d&rsquo;autres pays africains, beaucoup de gens font de la politique parce que c&rsquo;est leur m\u00e9tier. Ils vivent de \u00e7a, ils sont dans tous les pouvoirs \u00bb, poursuit-il.<\/p>\n<p>La donne pourrait changer \u00e0 l&rsquo;avenir avec l&rsquo;arriv\u00e9e de nouveaux partis politiques sur la sc\u00e8ne nationale qui font le pari de s&rsquo;ancrer diff\u00e9remment. Parmi eux, on peut citer le Rassemblement national africain, Ranaa, lanc\u00e9 en 2019 avec l&rsquo;id\u00e9e de faire de la politique autrement dans le pays. Parce que, comme le rappelle Moussa Tchangari, dans ces \u00e9lections, les d\u00e9bats ont tr\u00e8s peu port\u00e9 sur le fond, notamment sur les programmes des candidats. Il regrette que les populations se soient d\u00e9tourn\u00e9es des questions socio-\u00e9conomiques qui occupent leur quotidien pour se concentrer sur les personnalit\u00e9s en course. \u00ab Les Nig\u00e9riens sont d\u00e9\u00e7us vis-\u00e0-vis de la politique, parce qu&rsquo;ils voient que la politique ne sert pas vraiment \u00e0 changer la vie des citoyens. Et depuis dix ans, \u00e7a n&rsquo;a pas vraiment chang\u00e9. Beaucoup pensent donc que le personnel politique ne travaille pas pour le d\u00e9veloppement du pays. Et \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de \u00e7a, ils sont t\u00e9moins des investissements qu&rsquo;il y a dans d&rsquo;autres pays. \u00bb Le Niger \u00e9tait class\u00e9 227e sur 228 sur l&rsquo;Indice de d\u00e9veloppement humain de l&rsquo;ONU en 2018. \u00ab On peut esp\u00e9rer le changement avec des partis comme Ranaa, qui ont l&rsquo;ambition de faire en sorte que les militants cotisent, participent \u00e0 la vie du parti, avec une opinion politique, avec une ind\u00e9pendance \u00bb, pense Seidik Abba. Moussa Tchangari pense, au contraire, qu&rsquo;il est trop t\u00f4t pour qu&rsquo;un tel parti \u00e9merge sur la sc\u00e8ne nationale. \u00ab Les mentalit\u00e9s ne sont pas encore pr\u00eates, car les populations sont d\u00e9sabus\u00e9es et pr\u00e9f\u00e8rent se tourner vers la religion \u00bb, juge-t-il.<\/p>\n<p>Hamidou Mamadou Abdou est le fondateur du Ranaa. Ing\u00e9nieur conseil, ce Nig\u00e9rien a pass\u00e9 pr\u00e8s de trente ans au Canada, o\u00f9 il a dirig\u00e9 Cima Global, l&rsquo;une des plus importantes multinationales sp\u00e9cialis\u00e9es dans l&rsquo;ing\u00e9nierie. \u00ab Devant la mis\u00e8re de nos populations et leur absence d&rsquo;esp\u00e9rance, j&rsquo;ai d\u00e9cid\u00e9 de sauter le pas, et convaincu d&rsquo;autres membres de la diaspora nig\u00e9rienne de rassembler leur force pour enfin d\u00e9velopper v\u00e9ritablement le pays \u00bb, croit fermement cet homme qui veut bousculer le paysage politique nig\u00e9rien. Au c\u0153ur de son projet, l&rsquo;\u00e9conomie, bien s\u00fbr, mais aussi l&rsquo;\u00e9ducation et la s\u00e9curit\u00e9. Bien conscient d&rsquo;\u00eatre un novice sur la sc\u00e8ne politique nig\u00e9rienne, cet homme croit en son destin personnel, mais aussi en celui de son pays. Ancien proche du pr\u00e9sident sortant, il l&rsquo;a conseill\u00e9 un temps, avant de prendre un peu de distance et de tracer enfin son propre chemin. Avec une pointe d&rsquo;amertume, il a scrupuleusement not\u00e9 les erreurs commises par l&rsquo;actuel gouvernement, notamment sur le plan du d\u00e9veloppement des infrastructures, l&rsquo;absence d&rsquo;un secteur priv\u00e9 fort n&rsquo;est pas pour encourager les partenaires du pays \u00e0 y investir. Selon la Banque mondiale, \u00ab en 2019, environ 42 % des Nig\u00e9riens vivaient avec moins de deux dollars par jour \u00bb. Une situation aggrav\u00e9e par le coronavirus, qui \u00ab entra\u00eenera une augmentation de la pauvret\u00e9 \u00bb. Le Niger affichait en 2019 une croissance \u00e9conomique \u00ab robuste de 6,3 % \u00bb, mais elle devrait baisser \u00e0 + 4,1 % en 2020 en raison de la pand\u00e9mie. Mais surtout pr\u00e8s d&rsquo;un cinqui\u00e8me de la population a besoin d&rsquo;aide humanitaire.<\/p>\n<p>Il faut dire que le contexte s\u00e9curitaire s&rsquo;est beaucoup d\u00e9grad\u00e9 \u00e0 partir de 2011. \u00ab Le nombre de victimes civiles en 2019 a \u00e9t\u00e9 le plus \u00e9lev\u00e9 jamais enregistr\u00e9 depuis le d\u00e9but de la crise s\u00e9curitaire en 2015, avec plus de 250 morts et plus de 250 enl\u00e8vements \u00bb, selon l&rsquo;ONU. Et pourtant, l&rsquo;arm\u00e9e veut encore doubler ses effectifs. Le pays accueille des bases fran\u00e7aise et am\u00e9ricaine pour lutter contre les djihadistes. \u00ab L&rsquo;an dernier, environ 15 % du budget national a \u00e9t\u00e9 consacr\u00e9 aux d\u00e9penses de s\u00e9curit\u00e9, ce qui est \u00e9norme pour un pays comme le Niger \u00bb, appuie Seidik Abba.<\/p>\n<p>M\u00eame si le pays a gagn\u00e9 une quarantaine de places \u00e0 l&rsquo;indice Doing Business de la Banque mondiale, il ne pointe qu&rsquo;au 132e rang sur 190 pays. Il est 120e sur 198 \u00e0 l&rsquo;indice de l&rsquo;ONG Transparency international. Le scandale des surfacturations \u00e0 l&rsquo;arm\u00e9e portant sur des dizaines de millions d&rsquo;euros, d\u00e9couvertes apr\u00e8s un audit demand\u00e9 par le pr\u00e9sident Issoufou, rappelle que le pays est gangren\u00e9 par la corruption. \u00ab Les cons\u00e9quences de ces march\u00e9s truqu\u00e9s sont graves pour les militaires qui n&rsquo;ont plus les \u00e9quipements n\u00e9cessaires pour se battre sur tous les fronts, estime l&rsquo;ancien diplomate fran\u00e7ais. L&rsquo;arm\u00e9e nig\u00e9rienne avait plut\u00f4t bonne presse dans les ann\u00e9es Tandja. L\u00e0, elle perd sur tous les plans. Il y a des d\u00e9tournements massifs \u00e0 tous les niveaux. Les scandales sortent tous les jours dans la presse. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Le pouvoir n&rsquo;a pas eu beaucoup de chance du fait du contexte s\u00e9curitaire, veut croire Seidik Abba. Aujourd&rsquo;hui, sur les cinq r\u00e9gions que compte le pays, il y en a quand m\u00eame trois qui sont totalement ou partiellement sous \u00e9tat d&rsquo;urgence : la r\u00e9gion de Diffa au sud-est, la r\u00e9gion de Tillaberi et la r\u00e9gion de Tahoua. Ces r\u00e9gions sont sous \u00e9tat d&rsquo;urgence du fait de l&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9 avec le Mali, avec le Nigeria, et cela a n\u00e9cessit\u00e9 la mobilisation de ressources importantes sur le budget du pays. \u00bb L&rsquo;expert reste amer quant \u00e0 la d\u00e9t\u00e9rioration du secteur \u00e9ducatif. Quelque 260 \u00e9coles sont ferm\u00e9es dans les zones d&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9. Et le niveau des \u00e9l\u00e8ves s&rsquo;est consid\u00e9rablement affaiss\u00e9 depuis le milieu des ann\u00e9es 1990 et les politiques d&rsquo;ajustement structurel. En comparaison avec les autres pays de la sous-r\u00e9gion, les comptes ne sont pas bons, les \u00e9l\u00e8ves nig\u00e9riens figurent l\u00e0 encore au bas du classement.<\/p>\n<p>Il faut souligner que la fin du deuxi\u00e8me mandat a \u00e9t\u00e9 difficile sur le plan des ressources, et l&rsquo;agenda de la s\u00e9curit\u00e9 s&rsquo;est impos\u00e9, m\u00eame si tout n&rsquo;est pas mauvais. Sur le plan de la diplomatie, par exemple, le Niger est entr\u00e9 au Conseil de s\u00e9curit\u00e9 comme membre non permanent, il a accueilli le Sommet de l&rsquo;Union africaine, ce qui n&rsquo;\u00e9tait jamais arriv\u00e9, on peut \u00e9galement mettre \u00e0 l&rsquo;actif du pr\u00e9sident Issoufou : le dossier de la Zlec, la zone de libre-\u00e9change \u00e9conomique africaine. \u00ab Le pr\u00e9sident n&rsquo;a pas eu les coud\u00e9es franches pour d\u00e9velopper d&rsquo;autres projets, dont notamment celui sur l&rsquo;autosuffisance alimentaire, les 3 N, c&rsquo;est-\u00e0-dire les Nig\u00e9riens nourrissent les Nig\u00e9riens. Les infrastructures n&rsquo;ont pas pu \u00eatre tr\u00e8s bien construites non plus. \u00c0 c\u00f4t\u00e9 de ces d\u00e9penses s\u00e9curitaires, il y a aussi le fait que l&rsquo;uranium, qui est l&rsquo;une des principales ressources avec le p\u00e9trole, a perdu de sa valeur sur le march\u00e9 international \u00bb, nous apprend Seidik Abba depuis Niamey.<\/p>\n<p>Que fait la France ? Peu, apparemment, encore. \u00ab Le Niger est encore debout gr\u00e2ce au soutien inconditionnel de ses alli\u00e9s que sont la France et les \u00c9tats-Unis. Mais pour combien de temps ? \u00bb Entour\u00e9 par deux pays qu&rsquo;on citait en exemple avant de s&rsquo;effondrer, le Burkina Faso en 2014 et le Mali en 2012, le Niger \u00e0 98 % musulman est un \u00c9tat la\u00efc qui n&rsquo;est pas rest\u00e9 herm\u00e9tique aux th\u00e8ses de l&rsquo;islam wahhabite. \u00ab Il y a une collusion telle entre les forces religieuses et la classe politique, ils s&rsquo;utilisent et s&rsquo;instrumentalisent les uns les autres, avance cet ancien diplomate devenu consultant. Il y a une adh\u00e9sion de plus en plus forte \u00e0 l&rsquo;islam politique. D&rsquo;ailleurs, on dit dans certains milieux qu&rsquo;Issoufou est \u00e0 la t\u00eate d&rsquo;une R\u00e9publique islamique, mais qu&rsquo;il ne le sait pas. Les infrastructures sont absentes, ce qui nourrit l&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9. Quand les islamistes viennent, ils endossent les responsabilit\u00e9s de l&rsquo;\u00c9tat \u00bb, explique, pour sa part, Seidik Abba, qui s&rsquo;est empar\u00e9 de la question des repentis de Boko Haram, dans sa derni\u00e8re enqu\u00eate de terrain Voyage au c\u0153ur de Boko Haram (L&rsquo;Harmattan).<\/p>\n<p>Dans la grande majorit\u00e9, au Niger, on pratique l&rsquo;islam mal\u00e9kite, le plus r\u00e9pandu en Afrique de l&rsquo;Ouest, r\u00e9put\u00e9 plus tol\u00e9rant que le wahhabisme. Selon des observateurs, il existe cependant de fortes pressions pour en faire une R\u00e9publique islamique alors que la religion d\u00e9borde de plus en plus sur l&rsquo;espace public avec des rues occup\u00e9es par les fid\u00e8les ou l&rsquo;arr\u00eat des cours \u00e0 l&rsquo;heure de la pri\u00e8re. Le sujet a plan\u00e9 sur la campagne de la pr\u00e9sidentielle et des l\u00e9gislatives de dimanche, sans \u00eatre vraiment \u00e9voqu\u00e9 par les politiques. \u00ab Au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, dans les sph\u00e8res plut\u00f4t ais\u00e9es, c&rsquo;\u00e9tait chic d&rsquo;arborer le voile et de dire qu&rsquo;on adh\u00e9rait \u00e0 l&rsquo;islam fondamentaliste et qu&rsquo;on revenait aux vraies valeurs. Puis \u00e7a s&rsquo;est propag\u00e9 dans l&rsquo;ensemble de la soci\u00e9t\u00e9, et, face \u00e0 l&rsquo;\u00e9chec du syst\u00e8me d\u00e9mocratique, qui est per\u00e7u comme \u00e9tant le syst\u00e8me des Blancs, le r\u00e9armement moral se fait via l&rsquo;islam, c&rsquo;est-\u00e0-dire que l&rsquo;islam v\u00e9hicule des valeurs qui sont per\u00e7ues comme nobles en opposition \u00e0 la corruption, aux m\u0153urs d\u00e9brid\u00e9es qu&rsquo;on accole au mod\u00e8le occidental qui est la d\u00e9mocratie \u00bb, constate ce consultant fran\u00e7ais. Selon lui, la France, principale alli\u00e9e de Niamey, devrait changer d&rsquo;approche concernant son soutien au pouvoir en place. \u00ab Nous devrions \u00eatre beaucoup plus prudents dans nos d\u00e9clarations, comme le sont, par exemple, les Am\u00e9ricains. La France appara\u00eet toujours plus comme un soutien inconditionnel du r\u00e9gime en place et oublie qu&rsquo;il y a des forces vives, une soci\u00e9t\u00e9 civile nig\u00e9rienne. Ce qui nourrit un sentiment antifran\u00e7ais au Niger. \u00bb Le plus grand probl\u00e8me, disent nos interlocuteurs, est peut-\u00eatre moins dans la r\u00e9ussite du double scrutin pr\u00e9sidentiel et l\u00e9gislatif que dans le fait de parvenir \u00e0 \u00e9radiquer les maux du pays en s&rsquo;attaquant cette fois aux causes r\u00e9elles. Or, si la corruption et les liens de certains avec les narcotrafiquants demeurent \u00e0 l&rsquo;ordre du jour, le Niger a encore un long chemin devant lui. \u00c9lections ou pas.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Africa-Press &#8211; Niger. Il y a pr\u00e8s de dix ans, Mahamadou Issoufou \u00e9tait investi en grande pompe. Le 7 avril 2011, les milliers d&rsquo;invit\u00e9s officiels et la foule de badauds qui \u00e9taient de la f\u00eate au Palais des sports de Niamey ont vu se tourner une page d&rsquo;histoire en direct. Et quelle histoire ! 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