{"id":39701,"date":"2023-02-27T13:03:23","date_gmt":"2023-02-27T13:03:23","guid":{"rendered":"https:\/\/www.africa-press.net\/niger\/politique\/frederic-lejeal-lafrique-ne-souhaite-plus-un-tete-a-tete-avec-la-france-4"},"modified":"2023-02-27T13:27:20","modified_gmt":"2023-02-27T13:27:20","slug":"frederic-lejeal-lafrique-ne-souhaite-plus-un-tete-a-tete-avec-la-france-4","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.africa-press.net\/niger\/dossiers\/frederic-lejeal-lafrique-ne-souhaite-plus-un-tete-a-tete-avec-la-france-4","title":{"rendered":"Fr\u00e9d\u00e9ric Lejeal\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019Afrique ne souhaite plus un t\u00eate-\u00e0-t\u00eate avec la France\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"color: #ff6600\"><strong>Africa-Press &#8211; Niger. <\/strong><\/span>Pourquoi et comment la France a-t-elle perdu son influence en Afrique ? E\u0301le\u0301ments de re\u0301ponse avec Fre\u0301de\u0301ric Lejeal, re\u0301cent auteur d\u2019un essai sur le sujet.<\/p>\n<p>La synthe\u0300se que nous livre Fre\u0301de\u0301ric Lejeal* dans son dernier essai Le De\u0301clin franco-africain, l&rsquo;impossible rupture avec le pacte colonial** invite ve\u0301ritablement a\u0300 braquer le regard sur la re\u0301alite\u0301 des liens entre la France a\u0300 l&rsquo;Afrique. Pour ce faire, l&rsquo;auteur a choisi de plonger dans le passe\u0301 pour mieux tirer les fils d&rsquo;une histoire sur laquelle les nombreux te\u0301moignages recueillis sont autant de pistes de re\u0301flexion. Alors que le pre\u0301sident Emmanuel Macron, qui cherche les voies et moyens de refonder les relations franco-africaines, entame son second mandat, Fre\u0301de\u0301ric Lejeal s&rsquo;est confie\u0301 au Point Afrique sur le regard qu&rsquo;il pose sur ses constats.<\/p>\n<p><b>Quelles re\u0301flexions et constats vous ont mene\u0301s a\u0300 l&rsquo;e\u0301criture de ce livre et surtout pourquoi maintenant ?<\/b><\/p>\n<p>Fre\u0301de\u0301ric Lejeal : Cet ouvrage est, en premier lieu, le fruit de trente ans d&rsquo;observation de la relation franco-africaine depuis le second mandat de Franc\u0327ois Mitterrand. D&rsquo;abord en tant qu&rsquo;e\u0301tudiant, au de\u0301but des anne\u0301es 90, a\u0300 Paris, aux co\u0302te\u0301s de professeurs comme l&rsquo;historien Elikia M&rsquo;Bokolo. Ensuite comme journaliste au sein de plusieurs re\u0301dactions, puis a\u0300 la te\u0302te de La Lettre du Continent, publication confidentielle tourne\u0301e vers l&rsquo;axe franco-africain. Durant toutes ces anne\u0301es, j&rsquo;ai assiste\u0301 a\u0300 la lente de\u0301composition de la relation bilate\u0301rale du fait d&rsquo;un de\u0301litement progressif des institutions, des ministe\u0300res de\u0301die\u0301s, de l&rsquo;expertise technique ou, plus globalement, d&rsquo;une perte d&rsquo;appe\u0301tence des acteurs publics comme prive\u0301s.<\/p>\n<p>Je pourrais multiplier les exemples. L&rsquo;appareil de\u0301cisionnaire franc\u0327ais continue par ailleurs de se caracte\u0301riser par un de\u0301sinte\u0301re\u0302t pour l&rsquo;Afrique, qui reste syste\u0301matiquement appre\u0301hende\u0301e a\u0300 travers les prismes se\u0301curitaires et migratoires, alors qu&rsquo;on ne cesse d&rsquo;en faire la planche de salut de la croissance e\u0301conomique.<\/p>\n<p>Ce de\u0301clin s&rsquo;explique e\u0301galement par nombre de de\u0301cisions ou de discours qui, de la de\u0301valuation du franc CFA en 1994 a\u0300 l&rsquo;intervention de la France lors de la crise post-e\u0301lectorale ivoirienne en 2011 en passant par les propos de Nicolas Sarkozy a\u0300 Dakar, en 2007, ou le ro\u0302le de la France dans la chute de Mouammar Kadhafi, leader appre\u0301cie\u0301 du continent, ont braque\u0301 les opinions publiques et choque\u0301 la conscience collective africaine. En quelques anne\u0301es, nous sommes passe\u0301s d&rsquo;une entente cordiale a\u0300 de l&rsquo;incompre\u0301hension, puis de la de\u0301fiance a\u0300 un de\u0301samour.<\/p>\n<p>Il m&rsquo;est apparu, en second lieu, urgent d&rsquo;e\u0301crire ce livre au terme du mandat d&rsquo;Emmanuel Macron, pre\u0301sident des plus paradoxaux. Paradoxal car, tre\u0300s jeune, lorsqu&rsquo;il arrive au pouvoir, c&rsquo;est avec une velle\u0301ite\u0301 de re\u0301inscrire cette relation dans un nouvel espace-temps, avant de se confronter, comme tous ses pre\u0301de\u0301cesseurs, aux durs pe\u0301pins de la re\u0301alite\u0301, qui l&rsquo;ont oblige\u0301 a\u0300 conserver tous les stigmates de ce que je nomme le \u00ab pacte colonial \u00bb. La de\u0301ception des populations et des e\u0301lites africaines, qui entrevoyaient un changement de paradigme apre\u0300s d&rsquo;innombrables tentatives avorte\u0301es depuis Franc\u0327ois Mitterrand, n&rsquo;en a e\u0301te\u0301 que plus forte. Emmanuel Macron fut le plus jeune pre\u0301sident franc\u0327ais, mais le plus conservateur dans son approche avec \u00ab les pays du champ \u00bb. D&rsquo;ou\u0300 des re\u0301actions d&rsquo;hostilite\u0301 en chai\u0302ne dans la zone d&rsquo;influence francophone. Je ne me souviens pas d&rsquo;un tel ressentiment, y compris dans des pays comme le Tchad ou le Se\u0301ne\u0301gal, ou\u0300 celui-ci e\u0301tait imperceptible. J&rsquo;ai voulu en de\u0301crypter les raisons.<\/p>\n<p><b>Si l&rsquo;on observe sur le temps long la capacite\u0301 de la relation franco-africaine a\u0300 e\u0301voluer pour s&rsquo;adapter aux transformations historiques, ge\u0301opolitiques, e\u0301conomiques et dans le me\u0302me temps l&rsquo;abondante litte\u0301rature sur le the\u0300me du de\u0301clinisme, est-ce qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas lieu, finalement, de se me\u0301fier des effets d&rsquo;optique ?<\/b><\/p>\n<p>J&rsquo;estime, au contraire, que la relation franco-africaine n&rsquo;a pas du tout e\u0301volue\u0301 dans ses fondements et son mode ope\u0301ratoire, et c&rsquo;est pre\u0301cise\u0301ment ce qui pre\u0301cipite son de\u0301clin dans cette partie du monde. Certes, elle s&rsquo;est adapte\u0301e aux e\u0301volutions ge\u0301opolitiques du continent. Les proble\u0301matiques ne sont bien e\u0301videmment plus celles des anne\u0301es 1960, voire 1990. Mais elle n&rsquo;a saisi aucune des mutations profondes qu&rsquo;ont connues les socie\u0301te\u0301s africaines au cours des trois dernie\u0300res de\u0301cennies. Elle est reste\u0301e obnubile\u0301e par la stabilite\u0301 de son pre\u0301 carre\u0301 au prix d&rsquo;un soutien aveugle a\u0300 des pays cliente\u0301listes fide\u0300les et francophiles, mais aussi et surtout autocratiques et, partant de la\u0300, rejete\u0301s localement. On pense aux re\u0301gimes gabonais, togolais, ivoirien, tchadien ou encore camerounais. Lorsque Paris exfiltre Blaise Compaore\u0301 en octobre 2014, cela participe de la me\u0302me posture. Ces inge\u0301rences permanentes, ces prises de position privent les populations de la capacite\u0301 d&rsquo;e\u0301crire leur propre histoire. Pire, cette relation est demeure\u0301e verticale au moment ou\u0300 les socie\u0301te\u0301s civiles ont e\u0301merge\u0301 avec un mode d&rsquo;expression directe contournant les canaux usuels d&rsquo;opposition politique. Or, ces nouvelles formes d&rsquo;expression fabriquent du politique. On l&rsquo;a vu au Se\u0301ne\u0301gal avec la tentative de 3e mandat de Wade torpille\u0301e par le mouvement \u00ab Y en a marre \u00bb, au Tchad ou encore au Burkina Faso. Les ignorer, c&rsquo;est ignorer ce qui se joue sur ce continent.<\/p>\n<p>Lorsque je parle d&rsquo;impossible rupture du pacte colonial, c&rsquo;est pour mieux e\u0301voquer la se\u0301dentarite\u0301 de cette politique. Qu&rsquo;est-ce que ce pacte ? Qu&rsquo;est-ce qui le de\u0301finit ? Il s&rsquo;agit de l&rsquo;ensemble des dispositifs \u2013 militaires, politiques, e\u0301conomiques et culturels \u2013 installe\u0301s par la France au lendemain des inde\u0301pendances en vue de pre\u0301server ses inte\u0301re\u0302ts. Ils sont constitutifs d&rsquo;un ne\u0301ocolonialisme rampant. Militairement, il s&rsquo;agit par exemple du maintien de bases pre\u0301positionne\u0301es. A\u0300 ce jour, la France est la seule ancienne puissance coloniale europe\u0301enne a\u0300 quadriller encore toute l&rsquo;Afrique gra\u0302ce a\u0300 ces dispositifs, de Dakar a\u0300 Djibouti en passant par Abidjan ou Libreville. 62 ans apre\u0300s les inde\u0301pendances, des soldats de cet ex-colonisateur se trouvent ainsi physiquement pre\u0301sents dans des pays souverains. C&rsquo;est aussi improbable qu&rsquo;e\u0301tonnant lorsque l&rsquo;on sait que ces bases n&rsquo;ont qu&rsquo;une fonction utilitariste, mais e\u0301galement une charge symbolique extre\u0302mement forte aupre\u0300s de la jeunesse. Ce sont e\u0301galement les accords de coope\u0301ration militaire passe\u0301s avec les pays, dont beaucoup servent a\u0300 appuyer des re\u0301gimes peu en prise avec la bonne gouvernance. E\u0301conomiquement, la France subsiste a\u0300 travers le franc CFA, dont la re\u0301forme annonce\u0301e en 2019 a accouche\u0301 d&rsquo;une re\u0301formette.<\/p>\n<p>Culturellement, enfin, Paris continue d&rsquo;utiliser un instrument comme la Francophonie pour satisfaire ses desseins politiques. La nomination de Louise Mushikiwabo a\u0300 la te\u0302te de l&rsquo;Organisation internationale de la Francophonie (OIF), en 2018, est exemplaire sur ce point. Toutes ces orientations me\u0302le\u0301es au passif de la France en Afrique font que ce pays est perc\u0327u, a\u0300 tort ou a\u0300 raison, comme un facteur d&rsquo;inge\u0301rence permanent, de soutien aux autocraties. Emmanuel Macron, sous de faux airs de modernite\u0301, a poursuivi cette voie. Je ne dis pas qu&rsquo;il faille rompre diplomatiquement avec des pays peu regardants sur les liberte\u0301s ou qu&rsquo;il faille faire de la politique en consultant quotidiennement le rapport d&rsquo;Amnesty International. Pour autant, nul ne force le chef de l&rsquo;E\u0301tat franc\u0327ais a\u0300 faire du ze\u0300le comme le fait de se pre\u0301cipiter aux obse\u0300ques d&rsquo;Idriss De\u0301by Itno, en avril 2021, pour, de fait, apporter sa caution morale a\u0300 la junte militaire qui s&rsquo;est empare\u0301e du pouvoir a\u0300 la suite de ce de\u0301ce\u0300s. Ce type d&rsquo;attitude est absolument catastrophique dans le message qu&rsquo;elle est suppose\u0301e adresser aux populations. Ce qui fait de\u0301faut a\u0300 la France, c&rsquo;est son manque de retenue et de mise a\u0300 distance salutaire avec certains re\u0301gimes.<\/p>\n<p><b>A\u0300 quel moment le the\u0300me de la se\u0301curite\u0301 s&rsquo;est-il impose\u0301 comme seule grille de lecture pour la politique africaine de la France ?<\/b><\/p>\n<p>Ce the\u0300me forme l&rsquo;ossature de cette relation a\u0300 tel point que la majorite\u0301 des responsables traitant de l&rsquo;Afrique a\u0300 Paris viennent du ministe\u0300re de l&rsquo;Arme\u0301e ou du renseignement. C&rsquo;est le cas actuellement du conseiller Afrique d&rsquo;Emmanuel Macron, Franck Paris, ou de Christophe Bigot, patron de l&rsquo;Afrique au Quai d&rsquo;Orsay, ou de son pre\u0301de\u0301cesseur Re\u0301mi Mare\u0301chaux, actuel ambassadeur de France en Ethiopie. Ce facteur tient a\u0300 l&rsquo;histoire de cette relation. Depuis les premie\u0300res explorations jusqu&rsquo;aux ope\u0301rations exte\u0301rieures (opex) telles Barkhane \u2013 la plus re\u0301cente \u2013 en passant par la conque\u0302te coloniale, la France n&rsquo;a finalement jamais cesse\u0301 de faire la guerre en Afrique, d&rsquo;ou\u0300 une pre\u0301ponde\u0301rance du facteur militaire. Ce dernier sert la grandeur de l&rsquo;Hexagone. Il alimente son rayonnement international. Gra\u0302ce a\u0300 l&rsquo;Afrique, la France est \u00ab la plus grande des puissances moyennes \u00bb, comme il est coutume de dire. Sans ce continent, elle se bornerait a\u0300 ses frontie\u0300res, sans aura mondiale. Ce facteur ne cesse d&rsquo;alimenter un sentiment de puissance. Il entend paralle\u0300lement pre\u0301server les anciens pays conquis d&rsquo;influences autres que tricolores. Durant la guerre froide, ce militarisme s&rsquo;est ainsi efforce\u0301 d&#8217;empe\u0302cher les deux grandes puissances \u2013 E\u0301tats-Unis et URSS \u2013 d&rsquo;exporter leur conflictualite\u0301 dans le pre\u0301 carre\u0301 francophone. De nombreuses opex ont e\u0301te\u0301 monte\u0301es pour sauver des chefs d&rsquo;E\u0301tats-amis proches du camp occidental comme celui de Gnassingbe\u0301 Eyadema en 1986 ou pour de\u0301fendre des pays de vise\u0301es socialisantes. C&rsquo;est le cas de l&rsquo;ope\u0301ration E\u0301pervier au Tchad contre la Libye.<\/p>\n<p>Depuis la fin de la guerre froide, ces interventions reve\u0302tent un aspect faussement humanitariste, comme au Rwanda, mais pour un objectif identique : sauvegarder les inte\u0301re\u0302ts de la sphe\u0300re francophone. Cette ligne de conduite est constante et quasi obsessionnelle. On compte pas moins de 70 interventions militaires de la France en Afrique depuis les anne\u0301es 1960, ce qui est pour pathoge\u0300ne. La France tente aujourd&rsquo;hui de sauvegarder militairement ce qu&rsquo;elle ne peut plus faire diplomatiquement ou e\u0301conomiquement faute de moyens. Le facteur militaire sert de paravent a\u0300 une influence en de\u0301she\u0301rence. Pendant qu&rsquo;elle multiplie les interventions a\u0300 fonds perdu, ses concurrents font du business, lui taillent des croupie\u0300res ou organisent de vastes sommets e\u0301conomiques.<\/p>\n<p><b>Est-ce que les re\u0301centes tensions entre certains E\u0301tats africains et la France ne sont pas seulement conjoncturelles ? Pour le cas de l&rsquo;Afrique francophone, des pays comme le Mali, la Guine\u0301e ou la Co\u0302te d&rsquo;Ivoire ont plusieurs fois exprime\u0301 des velle\u0301ite\u0301s de sortie de la tutelle franc\u0327aise&#8230;<\/b><\/p>\n<p>Le ressentiment anti-franc\u0327ais a toujours existe\u0301, mais il prend une proportion ine\u0301dite. Il semble innerver toutes les couches des socie\u0301te\u0301s, du paysan au fonctionnaire en passant par les e\u0301tudiants et les e\u0301lites, qui se de\u0301tournent de plus en plus de Paris a\u0300 la faveur d&rsquo;affaires politico-me\u0301diatiques comme celle des \u00ab biens mal acquis \u00bb ou de de\u0301bats juge\u0301s stigmatisants. Les de\u0301bats sur l&rsquo;immigration par exemple semblent toujours exclusivement pointer et cibler les Africains. Paris aurait du\u0302 voir dans les sifflements essuye\u0301s par Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy aux obse\u0300ques d&rsquo;Omar Bongo, en 2009, les signes inquie\u0301tants de cette de\u0301gradation. Certes ces pays ne sont pas sortis du syste\u0300me, mais ils prennent se\u0301rieusement leurs distances, comme l&rsquo;illustre le Gabon. Ce pays phare de la Franc\u0327afrique ne regarde plus du tout vers Paris. Son pre\u0301sident est anglophile. Il posse\u0300de une re\u0301sidence a\u0300 Londres. Il a fait entrer le Gabon au sein du Commonwealth. Pour mon livre, je me suis entretenu avec plus de 80 responsables et influenceurs africains. J&rsquo;ai e\u0301te\u0301 stupe\u0301fait par leur vision unanime extre\u0302mement critique et se\u0301ve\u0300re sur cette relation alors me\u0302me qu&rsquo;ils ne sont pas sous influence.<\/p>\n<p><b>Quelle est la part de responsabilite\u0301 des E\u0301tats africains, notamment francophones, dans cet e\u0301tat de fait ?<\/b><\/p>\n<p>Elle est majeure. On sait que les pre\u0301sidents influents en France comme Senghor, Bongo ou Houphoue\u0308t ont longtemps de\u0301termine\u0301 la politique africaine en e\u0301tant me\u0302me a\u0300 l&rsquo;origine de de\u0301cisions comme le remerciement des ministres de la Coope\u0301ration Jean-Pierre Cot ou Jean-Marie Bockel ou le soutien de Paris a\u0300 la se\u0301cession biafraise. Dans cette relation cliente\u0301liste, les E\u0301tats francophones sont e\u0301minemment comptables de la perpe\u0301tuation d&rsquo;une relation enkyste\u0301e en ce qu&rsquo;ils ont toujours encourage\u0301 un statu quo favorable a\u0300 leurs inte\u0301re\u0302ts. Ils ont monnaye\u0301 leur soutien a\u0300 la France en e\u0301change de la garantie que Paris soutiendrait leur politique en Afrique et ne serait pas trop regardant sur leur situation inte\u0301rieure. Le re\u0301gime d&rsquo;Idriss Deby est exemplaire sur ce point. Ce pre\u0301sident a joue\u0301 sur son soutien inconditionnel a\u0300 la France dans la lutte antiterroriste moyennant de ne pas e\u0302tre critique\u0301 sur la situation catastrophique des droits de l&rsquo;homme dans son pays.<\/p>\n<p><b>Votre ouvrage e\u0301voque tre\u0300s peu les luttes et les rivalite\u0301s encore en cours entre les dirigeants africains. N&rsquo;est-ce pas de\u0301douaner un peu trop rapidement les responsabilite\u0301s africaines dans l&rsquo;absence de prise en compte de la voix de l&rsquo;Afrique sur les grandes questions internationales comme actuellement concernant la guerre en Ukraine ?<\/b><\/p>\n<p>L&rsquo;ouvrage se borne a\u0300 la relation bilate\u0301rale. Il ne traite pas de ge\u0301opolitique ou de politique africaine, qu&rsquo;elle soit nationale ou internationale. Ce qui est inte\u0301ressant dans le dossier ukrainien, c&rsquo;est qu&rsquo;il de\u0301note lui aussi le de\u0301clin franc\u0327ais. Auparavant, les pays africains e\u0301taient solidaires de Paris et suivaient en bloc ses orientations ou ses votes aux Nations unies par exemple. Dans les anne\u0301es 1960, ils ont soutenu ses essais nucle\u0301aires au Sahara au grand dam de pays comme le Nigeria, qui a aussito\u0302t rompu ses relations diplomatiques. On retrouve ce suivisme avec l&rsquo;Irak, en 2003. La guerre en Ukraine re\u0301ve\u0300le, inversement, un e\u0301miettement de cette solidarite\u0301 circonstancielle. Les pays francophones, dont certains tre\u0300s proches a\u0300 l&rsquo;instar du Se\u0301ne\u0301gal, ne sont plus enclins a\u0300 s&rsquo;aligner sur les positions franc\u0327aises, y compris sur des sujets aussi graves que l&rsquo;invasion d&rsquo;un pays souverain par la Russie. Cela prouve a\u0300 quel point l&rsquo;Afrique ne souhaite plus d&rsquo;un te\u0302te-a\u0300-te\u0302te avec la France, mais au contraire me\u0301nager l&rsquo;ensemble de ses partenaires.<\/p>\n<p><b>Vos interlocuteurs pointent le ro\u0302le de\u0301terminant des opinions africaines sur place. Quelle est votre analyse ? Comment expliquez-vous le hiatus avec les diasporas africaines, qui sont a\u0300 la fois diverses, souvent mobilise\u0301es et a\u0300 l&rsquo;avant-garde de nombreux mouvements sur le terrain, mais finalement encore perc\u0327ues par les politiques que sur l&rsquo;aspect symbolique&#8230;<\/b><\/p>\n<p>Faute d&rsquo;une compre\u0301hension suffisante de l&rsquo;Afrique, et e\u0301tant sous le feu des critiques des nouvelles ge\u0301ne\u0301rations, Emmanuel Macron s&rsquo;est appuye\u0301 sur les diasporas, qui constituent un important chapitre de mon livre. Il utilise ce re\u0301seau dans sa dimension intellectuelle urbaine, voire parisienne \u2013 ce qui transparai\u0302t au sein du Conseil pre\u0301sidentiel pour l&rsquo;Afrique (CPA) \u2013 comme d&rsquo;une interface pour tenter de gommer une image foncie\u0300rement ne\u0301gative et paternaliste tout en ba\u0302tissant une sorte de pont entre ce que je nomme les \u00ab Afro-Franc\u0327ais \u00bb et les Africains. Ce fut une erreur fondamentale d&rsquo;appre\u0301ciation. D&rsquo;abord parce que lesdites diasporas ne transmettent absolument pas les pre\u0301occupations premie\u0300res de l&rsquo;Afrique. En connaissent-elles les re\u0301alite\u0301s profondes ? J&rsquo;en doute. Leurs repre\u0301sentants se cantonnent a\u0300 des de\u0301bats intellectuels, le me\u0301moriel, le symbolique, la restitution d&rsquo;\u0153uvres d&rsquo;art, etc. Changer des noms de rue ou retourner des \u0153uvres sont des actions importantes, mais en aucun cas la priorite\u0301 des Africains, qui veulent avant tout e\u0301chapper a\u0300 un quotidien rugueux. Ils souhaitent l&rsquo;ame\u0301lioration de leurs conditions et de leurs cadres de vie, des visas pour venir travailler en France et une attitude plus respectueuse de celle-ci.<\/p>\n<p>Le hiatus dont vous parlez vient du fait que Paris, voulant s&rsquo;adresser a\u0300 l&rsquo;Afrique par diasporas interpose\u0301es, n&rsquo;a pas su identifier les bons interlocuteurs. Le CPA, par exemple, dont personne ne sait tre\u0300s bien a\u0300 quoi il officie, est constitue\u0301 de membres coopte\u0301s. Leur nomination re\u0301pond a\u0300 une logique de re\u0301seaux. Que les deux pre\u0301sidents du CPA soient franco-be\u0301ninois ne rele\u0300ve pas non plus du hasard. Do Rego a e\u0301te\u0301 propose\u0301 par son pre\u0301de\u0301cesseur Aniambossou, un ami de promotion du pre\u0301sident Macron. En revanche, que des diasporas e\u0301conomiques ou de travailleurs immigre\u0301s, pourvoyeuses de milliards d&rsquo;euros chaque anne\u0301e vers le continent, ne soient pas repre\u0301sente\u0301es est une aberration. Pourquoi ne pas avoir place\u0301 au sein de ce conseil de vrais influenceurs africains, des acteurs de terrain influents, des leaders d&rsquo;organisations de la socie\u0301te\u0301 civile, des patrons d&rsquo;ONG ayant pignon sur rue ? Sans doute pour ne pas trop arc-bouter les chefs d&rsquo;E\u0301tat en place.<\/p>\n<p><b>Sur le plan e\u0301conomique, vous avez pre\u0301sente\u0301 le cas de la vente des actifs maritimes et ferroviaires africains du groupe Bollore\u0301 comme une illustration de ce de\u0301clin franco-africain, mais n&rsquo;est-ce pas un recul en trompe-l&rsquo;\u0153il ?<\/b><\/p>\n<p>Le de\u0301sengagement de Bollore\u0301 intervient a\u0300 un moment ou\u0300 les positions franc\u0327aises connaissent un grave repli. Pourquoi ce retrait ? Pour pre\u0301parer son groupe a\u0300 une gestion par ses fils Cyril et Yannick, qui sont peu en prise avec l&rsquo;Afrique, mais aussi et surtout parce qu\u2019il a essuye\u0301 de nombreux de\u0301boires judiciaires ces dernie\u0300res anne\u0301es et que son projet de boucle ferroviaire ouest-africaine a e\u0301choue\u0301. Des pre\u0301sidents comme le Be\u0301ninois Patrice Talon s\u2019y sont me\u0302me oppose\u0301s. Alors que l\u2019homme d\u2019affaires a fait la pluie et le beau temps pendant des anne\u0301es dans la gestion portuaire et ferroviaire, notamment gra\u0302ce a\u0300 son relationnel avec les chefs d\u2019E\u0301tat, il a progressivement vu le vent tourner. Ses me\u0301thodes sont largement critique\u0301es et ses positions dominantes conspue\u0301es par ses concurrents comme sur le second terminal a\u0300 conteneur du port d\u2019Abidjan, un contrat qui lui a valu une plainte devant l\u2019UEMOA pour abus de position dominante. L\u2019aveu d\u2019un recours a\u0300 de la corruption pour l\u2019obtention de la gestion des ports de Lome\u0301 et de Conakry a pre\u0301cipite\u0301 son retrait. Il vient, au demeurant, souligner des pratiques dont les Africains ne veulent plus. Certes, Bollore\u0301 reste sur le continent via Vivendi, mais sa dimension e\u0301conomique n\u2019aura plus rien de comparable. Bollore\u0301 Transport &amp; Logistics, qui ge\u0300re les ports et les concessions ferroviaires, emploie pre\u0300s de 30 000 personnes.<\/p>\n<p><b>Vous e\u0301voquez e\u0301galement dans votre livre l&rsquo;importance grandissante de l&rsquo;Afrique anglophone dans la strate\u0301gie franc\u0327aise, mais on a re\u0301cemment vu, en Afrique du Sud notamment, des manifestations contre la politique franc\u0327aise, comment l&rsquo;analysez-vous ?<\/b><\/p>\n<p>Pour contrebalancer sa perte d&rsquo;influence dans les pays du champ, mais aussi ne plus se retrouver dans un face-a\u0300-face de plus en plus pesant avec ses ex-colonies, ou\u0300 se sont multiplie\u0301es les crises (Mali, Co\u0302te d&rsquo;Ivoire, Burkina&#8230;), Paris a toujours cherche\u0301 a\u0300 e\u0301largir son rayon d&rsquo;action en Afrique non francophone, nonobstant des relations anciennes avec le Nigeria et l&rsquo;Angola sous l&rsquo;influence du groupe TotalEnergies. Cette ouverture s&rsquo;est faite notamment a\u0300 travers les sommets France-Afrique, qui ont accueilli de plus en plus de repre\u0301sentations lusophones et anglophones a\u0300 partir de la pre\u0301sidence Giscard d&rsquo;Estaing, mais aussi a\u0300 travers la politique d&rsquo;ouverture d&rsquo;un ministre comme Jean-Pierre Cot, dont le premier voyage, en septembre 1981, a e\u0301te\u0301 consacre\u0301 au Ghana. Jacques Chirac s&rsquo;est ouvert politiquement au Nigeria. Il a e\u0301te\u0301 suivi par Franc\u0327ois Hollande. Emmanuel Macron a suivi cette voie principalement au Ghana ou en E\u0301thiopie. Deviser avec l&rsquo;Afrique non francophone est essentiel pour Paris. Cela ouvre sur de nouveaux de\u0301bouche\u0301s e\u0301conomiques et des leviers diplomatiques non ne\u0301gligeables avec des puissances re\u0301gionales pour le re\u0300glement de crises dans sa zone d&rsquo;influence.<\/p>\n<p>La France a beaucoup mise\u0301 par exemple, et continue de le faire, sur la diplomatie angolaise pour re\u0301gler des dossiers en RDC ou au Congo-Brazzaville. Toutefois, elle ne trouve pas dans ces pays la proximite\u0301, les re\u0301seaux et les canaux privile\u0301gie\u0301s auxquels elle est habitue\u0301e. Ces pays ont souvent acce\u0301de\u0301 a\u0300 l&rsquo;inde\u0301pendance au prix d&rsquo;une guerre sanglante. Ils sont extre\u0302mement sourcilleux sur les questions d&rsquo;inde\u0301pendance, de souverainete\u0301, de respect du protocole. Mais la France y conserve une image de puissance ne\u0301ocoloniale a\u0300 travers le maintien de bases militaires pre\u0301positionne\u0301es ou du franc CFA. Certains positionnements par le passe\u0301 ont e\u0301galement joue\u0301 en sa de\u0301faveur. Le soutien a\u0300 la se\u0301cession biafraise a brouille\u0301 les rapports avec le Nigeria. Le dossier de l&rsquo;Angolagate avec Luanda. La France a e\u0301galement tarde\u0301 a\u0300 observer une politique antiapartheid rigoureuse pour mieux pre\u0301server la situation de ses groupes en Afrique du Sud. Tous ces facteurs mettent Paris en porte-a\u0300-faux a\u0300 l&rsquo;e\u0301gard des opinions de ces pays. Surtout, la France n&rsquo;y est pas attendue. Elle est un partenaire parmi des dizaines d&rsquo;autres sur des marche\u0301s domine\u0301s par la Chine, ou\u0300 se\u0301vit une concurrence effre\u0301ne\u0301e. Elle a d&rsquo;autant moins d&rsquo;avantage acquis qu&rsquo;elle ne fait rien, du point de vue institutionnel et de son personnel de\u0301tache\u0301, pour renforcer sa pre\u0301sence.<\/p>\n<p><b>Dans plusieurs ex-colonies, les entreprises franc\u0327aises se trouvent face a\u0300 une rude concurrence, notamment chinoise, russe, turque, etc. Seraient-ce en fait ces pays qui imposeraient la rupture, en cherchant a\u0300 sortir de leur relation exclusive avec la France ? Ou bien faut-il y de\u0301celer la\u0300 aussi un e\u0301le\u0301ment de la survivance de la relation franco-africaine qui a toujours mis en sce\u0300ne l&rsquo;argumentaire de la rivalite\u0301 et de la concurrence e\u0301trange\u0300re pour mieux se reconstituer ?<\/b><\/p>\n<p>Ces pays sont monte\u0301s en puissance a\u0300 partir de la fin de la guerre froide et l&rsquo;ouverture d&rsquo;un marche\u0301 mondialise\u0301 pre\u0301cise\u0301ment parce que la France ne re\u0301pondait plus aux attentes et aux re\u0301alite\u0301s des marche\u0301s africains. En outre, Paris s&rsquo;est de\u0301tourne\u0301 de l&rsquo;Afrique a\u0300 cette pe\u0301riode, pre\u0301fe\u0301rant se concentrer sur la construction europe\u0301enne. A\u0300 la me\u0302me pe\u0301riode, des pays comme la Chine, l&rsquo;Inde ou la Turquie se sont positionne\u0301s pour satisfaire leur croissance tout en re\u0301pondant pleinement a\u0300 la demande et aux besoins du continent. La France a commence\u0301 a\u0300 e\u0302tre lamine\u0301e et ne s&rsquo;en est rendu compte que tardivement. Comme je l&rsquo;e\u0301cris dans mon livre, elle a perdu une de\u0301cennie, de 1990 a\u0300 2000, en termes de positionnement strate\u0301gique. Ses parts de marche\u0301 ont litte\u0301ralement fondu pour s&rsquo;e\u0301tablir en dec\u0327a\u0300 des 5 %. Elle garde une visibilite\u0301 en Co\u0302te d&rsquo;Ivoire et au Se\u0301ne\u0301gal, mais son volume d&rsquo;e\u0301changes se stabilise autour d&rsquo;un milliard d&rsquo;euros. De grands groupes se sont retire\u0301s. CFAO a e\u0301te\u0301 vendue a\u0300 Toyota. Des socie\u0301te\u0301s comme Dagris, fleuron du coton africain, ont e\u0301te\u0301 ce\u0301de\u0301es. Des groupes comme Necotrans ont fait faillite. Les banques tricolores sont toutes parties a\u0300 l&rsquo;exception de la Socie\u0301te\u0301 ge\u0301ne\u0301rale. Paris n&rsquo;est plus compe\u0301titif et ne dispose pas d&rsquo;un appareil institutionnel qui facilite l&#8217;emprise de ses entreprises, encore moins en ce qui concerne les PME-PMI. En 2018, l&rsquo;Allemagne, qui a adopte\u0301 une strate\u0301gie tre\u0300s efficace, est passe\u0301e au rang de premier exportateur europe\u0301en en Afrique.<\/p>\n<p><b>A\u0300 l&rsquo;heure ou\u0300 le pre\u0301sident Macron entame son deuxie\u0300me mandat, quelles seraient les pistes de re\u0301flexion qui permettraient aux alternatives africaines sur tous les sujets militaires, e\u0301conomiques, socie\u0301te\u0301s civiles, d&rsquo;enfin exister, pleinement ?<\/b><\/p>\n<p>Elles se jouent tant au niveau de la se\u0301mantique que de la perception de l&rsquo;Afrique. Il faut rompre avec une posture paternaliste tant dans les conduites que dans le message de\u0301livre\u0301. Les Africains n&rsquo;en peuvent plus de l&rsquo;arrogance franc\u0327aise et de cette attitude donneuse de lec\u0327ons. Pour ce livre, j&rsquo;ai relu l&rsquo;ensemble des discours des pre\u0301sidents franc\u0327ais en terre africaine depuis de Gaulle. Leur similitude est stupe\u0301fiante. A\u0300 tel point qu&rsquo;ils semblent avoir e\u0301te\u0301 e\u0301crits par la me\u0302me plume. Apre\u0300s les traditionnels remerciements pour l&rsquo;accueil \u00ab a\u0300 l&rsquo;africaine \u00bb, chaque pre\u0301sident e\u0301voque ensuite \u00ab l&rsquo;amitie\u0301 se\u0301culaire \u00bb entre la France et l&rsquo;Afrique. Une amitie\u0301 qui permet, selon eux, \u00ab de tenir un langage de ve\u0301rite\u0301 \u00bb. A\u0300 partir de la\u0300, les discours se mettent a\u0300 de\u0301rouler une kyrielle de reproches et de re\u0301criminations allant de la ne\u0301cessite\u0301 d&rsquo;aller vers la de\u0301mocratie a\u0300 la gestion populationnelle en passant par l&rsquo;assainissement de l&rsquo;environnement des affaires, etc. Le vrai sujet de re\u0301flexion et d&rsquo;inclination est, selon moi, le regard que l&rsquo;E\u0301tat franc\u0327ais et les Franc\u0327ais portent sur ce continent, mais aussi, de manie\u0300re plus ge\u0301ne\u0301rale, sur l&rsquo;homme noir, qui reste indissociable d&rsquo;une sorte de rele\u0301gation historique. Cela passe par un long travail de fond pour modifier les perceptions, et ce de\u0300s le plus jeune a\u0302ge.<\/p>\n<p><b>Et plus urgent, comment inverser la de\u0301gradation de l&rsquo;image de la France en Afrique ?<\/b><\/p>\n<p>Paris doit impe\u0301rativement retirer les facteurs qui contribuent a\u0300 cre\u0301er du ressentiment : son militarisme, la morgue de ses discours, la condescendance, le sentiment diffus de continuer a\u0300 vouloir modeler les Africains a\u0300 son image en leur disant comment ils doivent agir ou interagir ; combien d&rsquo;enfants ils doivent faire ; vers quel syste\u0300me politique ils doivent tendre, etc. La France doit se mettre en retrait et adopter une posture de soft-power plus discret, plus police\u0301 et tourne\u0301 vers la relation e\u0301conomique. Elle doit admettre ce que les Africains sont et non ce qu&rsquo;elle voudrait qu&rsquo;ils soient. Elle doit impe\u0301rativement assainir ses positionnements politiques et ses soutiens a\u0300 des allie\u0301s en tous points critiquables en prenant exemple sur les pays scandinaves ou le Royaume-Uni, qui de\u0301terminent une liste limite\u0301e de pays avec lesquels entretenir une coope\u0301ration sur la base de crite\u0300res stricts de bonne gouvernance. Elle doit e\u0301galement orienter sa politique a\u0300 travers une approche plus multilate\u0301rale et europe\u0301enne.<\/p>\n<p>* Ancien re\u0301dacteur en chef de La Lettre du Continent.<\/p>\n<p><strong>Pour plus d&rsquo;informations et d&rsquo;analyses sur la <a href=\"https:\/\/www.africa-press.net\/niger\">Niger<\/a>, suivez <a href=\"https:\/\/www.africa-press.net\/\">Africa-Press<\/a><\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Africa-Press &#8211; Niger. Pourquoi et comment la France a-t-elle perdu son influence en Afrique ? 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