{"id":4998,"date":"2022-11-20T06:21:54","date_gmt":"2022-11-20T06:21:54","guid":{"rendered":"https:\/\/www.africa-press.net\/sao-tome-e-principe\/politique\/kako-nubukpo-lafrique-peut-devenir-la-puissance-agricole-de-demain"},"modified":"2022-11-20T07:18:18","modified_gmt":"2022-11-20T07:18:18","slug":"kako-nubukpo-lafrique-peut-devenir-la-puissance-agricole-de-demain","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.africa-press.net\/sao-tome-e-principe\/economie\/kako-nubukpo-lafrique-peut-devenir-la-puissance-agricole-de-demain","title":{"rendered":"Kako Nubukpo : \u00ab L&rsquo;Afrique peut devenir la puissance agricole de demain \u00bb"},"content":{"rendered":"<p><b>Viviane Forson<\/b><\/p>\n<p><span style=\"color: #ff6600\"><strong>Africa-Press &#8211; S\u00e3o Tom\u00e9 e Pr\u00edncipe. <\/strong><\/span>ENTRETIEN. L\u2019e\u0301conomiste et ancien ministre togolais publie un livre plaidoyer dans lequel il propose un nouveau mode\u0300le e\u0301conomique base\u0301 sur le ne\u0301oprotectionnisme.<\/p>\n<p>Dans un contexte de fortes incertitudes en Afrique et dans le monde, l&rsquo;e\u0301conomiste togolais, e\u0301galement commissaire a\u0300 l&rsquo;Agriculture, aux Ressources en eau et a\u0300 l&rsquo;Environnement de l&rsquo;Union e\u0301conomique et mone\u0301taire ouest-africaine (Uemoa), qui rassemble huit pays de l&rsquo;Afrique de l&rsquo;Ouest, pose un diagnostic sans concession sur la plupart des strate\u0301gies e\u0301conomiques mene\u0301es en Afrique ces quarante dernie\u0300res anne\u0301es. Un travail de longue haleine qui ame\u0300ne ce spe\u0301cialiste des questions mone\u0301taires a\u0300 sortir re\u0301gulie\u0300rement de son ro\u0302le de technocrate, quitte a\u0300 parfois bousculer l&rsquo;establishment politique africain. Ce matin d&rsquo;octobre, lorsque nous le rencontrons a\u0300 Paris, Kako Nubukpo s&rsquo;affiche serein. Il faut souligner que plusieurs des re\u0301flexions de l&rsquo;intellectuel, que ce soit sur le franc CFA ou sur le ro\u0302le des institutions financie\u0300res internationales qui provoquaient des de\u0301bats passionne\u0301s et quelques controverses, connaissent une re\u0301sonance particulie\u0300re en Afrique, avec la tenue d&rsquo;e\u0301ve\u0301nements, de tourne\u0301es et de de\u0301bats. Il revient avec Une solution pour l&rsquo;Afrique : du ne\u0301oprotectionnisme aux biens communs (e\u0301d. Odile Jacob), un essai coup de poing dans lequel il bat en bre\u0300che bien des ide\u0301es rec\u0327ues sur le de\u0301veloppement du continent africain et avance plusieurs pistes de re\u0301flexion sur les biens communs, le protectionnisme e\u0301cologique, la se\u0301curite\u0301 alimentaire. Il s&rsquo;est confie\u0301 au Point Afrique.<\/p>\n<p>Du 10 au 16 octobre, la Banque mondiale et le Fonds mone\u0301taire international ont tenu leurs assemble\u0301es annuelles sur fond de crise e\u0301conomique mondiale mais l&rsquo;Afrique semble e\u0302tre encore plus vulne\u0301rable face aux chocs.<\/p>\n<p>Kako Nubukpo : Actuellement, le monde paye trois chocs successifs : le premier est lie\u0301 a\u0300 la pande\u0301mie de Covid-19 et la de\u0301structuration des chai\u0302nes logistiques mondiales. C&rsquo;est un choc d&rsquo;offre, qui se caracte\u0301rise par la hausse des prix. Ensuite, nous avons eu un deuxie\u0300me choc, cette fois-ci de la demande, conse\u0301quence directe de la rapidite\u0301 de la reprise postpande\u0301mique. La guerre russe en Ukraine constitue le troisie\u0300me choc et de nouveau il s&rsquo;agit d&rsquo;un choc d&rsquo;offre, du fait de la flambe\u0301e des prix des matie\u0300res premie\u0300res, dont l&rsquo;e\u0301nergie.<\/p>\n<p>Et pour y faire face, les institutions de Bretton Woods orientent, comme elles le font depuis plus de quarante ans, les pays africains vers les me\u0302mes solutions, a\u0300 savoir l&rsquo;adaptation des politiques mone\u0301taires, l&rsquo;assainissement des finances publiques, l&rsquo;augmentation des taux d&rsquo;inte\u0301re\u0302t par les banques centrales, rien de nouveau sous le soleil. Sauf que l&rsquo;Afrique ne peut pas se de\u0301velopper en suivant ces dogmes.<\/p>\n<p><b>Pour freiner la croissance des prix, les banques centrales n&rsquo;ont pas d&rsquo;autre choix que d&rsquo;augmenter les taux d&rsquo;inte\u0301re\u0302t. Ne pensez-vous pas qu&rsquo;il y a urgence a\u0300 agir ?<\/b><\/p>\n<p>Il faut comprendre que le premier et le troisie\u0300me choc sont difficiles a\u0300 appre\u0301hender pour une banque centrale parce que l&rsquo;inflation n&rsquo;est pas d&rsquo;origine mone\u0301taire. En ge\u0301ne\u0301ral, lorsqu&rsquo;une banque centrale augmente ses taux d&rsquo;inte\u0301re\u0302t, elle espe\u0300re casser l&rsquo;inflation. Mais dans le contexte actuel, c&rsquo;est tre\u0300s complique\u0301 pour les banques centrales africaines, parce que me\u0302me en augmentant les taux, l&rsquo;inflation ne faiblit pas.<\/p>\n<p>En re\u0301alite\u0301, nous sommes en train de payer notre de\u0301pendance au reste du monde et notre arrimage a\u0300 l&rsquo;euro pour les pays de la zone du franc CFA. Je l&rsquo;ai toujours dit et cela se ve\u0301rifie a\u0300 chaque choc exoge\u0300ne, l&rsquo;arrimage du franc CFA a\u0300 l&rsquo;euro n&rsquo;a pas de sens parce que nous subissons toutes les fluctuations de l&rsquo;euro alors que la conjoncture de nos deux zones est tre\u0300s diffe\u0301rente. Dans ce contexte, les E\u0301tats africains n&rsquo;ont pas d&rsquo;autre choix que de s&rsquo;adapter. Lorsque le dollar est tre\u0300s haut, nos importations nous cou\u0302tent plus cher et quand il est tre\u0300s bas, nous sommes incite\u0301s a\u0300 importer beaucoup plus. Et tout cela, nous le subissons.<\/p>\n<p>Pourtant, depuis la crise pande\u0301mique de Covid-19 jusqu&rsquo;a\u0300 pre\u0301sent, les pays de la zone franc CFA semblent avoir mieux re\u0301siste\u0301 aux chocs exoge\u0300nes par rapport a\u0300 d&rsquo;autres E\u0301tats, comme le Ghana ou le Nigeria, dont les monnaies s&rsquo;effondrent&#8230;<\/p>\n<p>Les pro-CFA applaudissent des deux mains, car ils pensent que c&rsquo;est gra\u0302ce a\u0300 l&rsquo;arrimage a\u0300 l&rsquo;euro que nous parvenons a\u0300 tenir les taux d&rsquo;inflation. Je crois pluto\u0302t que c&rsquo;est a\u0300 cause du franc CFA que, depuis 60 ans, nous n&rsquo;avons pas construit les usines qui devaient nous permettre d&rsquo;e\u0302tre un peu plus autosuffisants par rapport au reste du monde. Si l&rsquo;Afrique ne finance jamais son e\u0301conomie, elle s&rsquo;expose a\u0300 tous les chocs.<\/p>\n<p><b>Comment expliquez-vous qu&rsquo;avec tous leurs moyens, les institutions financie\u0300res internationales n&rsquo;aient pas re\u0301ussi a\u0300 mieux accompagner le de\u0301veloppement de l&rsquo;Afrique et qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui le continent se retrouve toujours plus endette\u0301, avec des besoins immenses de financements ?<\/b><\/p>\n<p>Des promesses n&rsquo;ont pas e\u0301te\u0301 tenues, et cela ne date pas d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. Plus re\u0301cemment, il y a eu les fameux droits de tirage spe\u0301ciaux, les DTS. Il e\u0301tait question au printemps 2020 que le continent perc\u0327oive 5 % de la totalite\u0301 des DTS, c&rsquo;est peu, alors que nous repre\u0301sentons 17 % de la population. Nous sommes fin 2022 et nous n&rsquo;avons toujours rien rec\u0327u.<\/p>\n<p>Ces institutions ont aussi une part de responsabilite\u0301 dans la succession de crises alimentaires que nous connaissons, avec une forte volatilite\u0301 des prix alimentaires a\u0300 chaque choc exoge\u0300ne. Cela est du\u0302 au fait que, au de\u0301but de l&rsquo;ajustement structurel en 1980, la Banque mondiale a demande\u0301 aux E\u0301tats africains de mettre fin aux politiques d&rsquo;autosuffisance alimentaire pour aller vers ce qu&rsquo;elle a appele\u0301 la se\u0301curite\u0301 alimentaire. Le discours a consiste\u0301 a\u0300 dire aux pays qu&rsquo;ils n&rsquo;avaient pas besoin de produire ce qu&rsquo;ils consommaient, car s&rsquo;ils exportaient suffisamment de matie\u0300res premie\u0300res ils auraient des devises pour importer leurs biens alimentaires. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;en 2008, au moment de la grave crise alimentaire mondiale, que la Banque mondiale a fait son mea culpa. Elle a change\u0301 son discours, et pro\u0302ne de\u0301sormais la souverainete\u0301 agricole et alimentaire.<\/p>\n<p>Il y a donc un proble\u0300me de since\u0301rite\u0301 entre les annonces et leur mise en pratique. Les promesses faites a\u0300 l&rsquo;Afrique par les institutions internationales doivent e\u0302tre tenues. Les populations sont vigilantes et attendent que leurs dirigeants leur rendent des comptes. C&rsquo;est cela qui a change\u0301 aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n<p><b>Y a-t-il, tout de me\u0302me, une ou des initiatives qui vous semblent aller dans le bon sens pour non seulement re\u0301pondre a\u0300 la crise alimentaire actuelle mais e\u0301galement replacer l&rsquo;agriculture africaine dans l&rsquo;agriculture mondiale ?<\/b><\/p>\n<p>En tant que commissaire a\u0300 l&rsquo;agriculture, je suis tre\u0300s attentif aux diffe\u0301rentes propositions qui sont faites, comme l&rsquo;initiative Food on Agriculture Resilience Mission (Farm), lance\u0301e par le pre\u0301sident Emmanuel Macron en fe\u0301vrier dernier a\u0300 Bruxelles, fonde\u0301e sur trois piliers : commerce, solidarite\u0301 et production. Le volet production en particulier veut mettre l&rsquo;accent sur la promotion des prote\u0301ines ve\u0301ge\u0301tales, comme les le\u0301gumineuses, le nie\u0301be\u0301, l&rsquo;acacia, etc. L&rsquo;Afrique devrait produire ce qu&rsquo;elle consomme, j&rsquo;en suis convaincu.<\/p>\n<p>Sur ces questions, mon positionnement est clairement a\u0300 gauche, dans la droite ligne\u0301e de l&rsquo;e\u0301conomiste e\u0301gyptien, Samir Amin, qui pro\u0302nait la de\u0301connexion. Cependant, cela ne signifie pas que nous devrions vivre en autarcie. Ceci dit, c&rsquo;est un impe\u0301ratif pour l&rsquo;Afrique de se construire et de pouvoir donner a\u0300 manger a\u0300 ses enfants.<\/p>\n<p><b>Cette crise alimentaire n&rsquo;est-elle pas aussi et surtout une crise structurelle ? Que proposez-vous comme solution concre\u0300te qui puisse cre\u0301er un cercle vertueux alimentaire ?<\/b><\/p>\n<p>La crise alimentaire est dans tous les de\u0301bats actuels avec la guerre en Ukraine, mais le proble\u0300me ce n&rsquo;est pas la guerre, c&rsquo;est d&rsquo;abord la protection parce que cela n&rsquo;a pas de sens pour l&rsquo;Afrique d&rsquo;importer du poulet de Normandie, du lait des Pays-Bas, alors que nous avons des filie\u0300res agricoles a\u0300 de\u0301velopper.<\/p>\n<p>Le monde paysan africain a toujours e\u0301te\u0301 laisse\u0301-pour-compte, nous avons tout mise\u0301 sur l&rsquo;urbain et, au lieu de promouvoir la production locale, nous avons pre\u0301fe\u0301re\u0301 promouvoir les importations alimentaires, moins cher et qui permettait d&rsquo;e\u0301viter les e\u0301meutes de la faim dans les villes. Or, 70 % de la population africaine vit de l&rsquo;agriculture. Les villes e\u0301touffent et les campagnes explosent. Il y a besoin d&rsquo;imaginer des solutions pour l&rsquo;Afrique. Nous avons un devoir de ge\u0301ne\u0301ration qui est celui de trouver ou en tout cas d&rsquo;initier des chemins de prospe\u0301rite\u0301 partage\u0301e et de durabilite\u0301 e\u0301cologique pour que notre continent puisse e\u0302tre vivable.<\/p>\n<p>Sur la production alimentaire il y a trois choses qu&rsquo;il faudrait absolument faire : la premie\u0300re, c&rsquo;est augmenter la productivite\u0301. C&rsquo;est un fait, la productivite\u0301 agricole est stagnante en Afrique. Si on prend le coton, par exemple, sur un demi-sie\u0300cle, le continent africain n&rsquo;a pas de\u0301passe\u0301 1 tonne a\u0300 l&rsquo;hectare alors que c&rsquo;e\u0301tait de\u0301ja\u0300 le rendement que nous avions au moment des inde\u0301pendances. Certains pays sont me\u0302me passe\u0301s en dessous, a\u0300 800 kilos a\u0300 l&rsquo;hectare alors que nos concurrents chinois et bre\u0301siliens sont a\u0300 3 tonnes l&rsquo;hectare.<\/p>\n<p>L&rsquo;enjeu de la productivite\u0301 est crucial, cela va de pair avec un approfondissement de la recherche sur les bonnes varie\u0301te\u0301s, la formation des producteurs, du travail autour du respect des itine\u0301raires techniques, les dates de semis, les dates d&rsquo;e\u0301pandage, la mai\u0302trise de l&rsquo;eau, que nous n&rsquo;avons pas de\u0301veloppe\u0301e. Pour l&rsquo;irrigation, nous sommes toujours de\u0301pendants des ale\u0301as climatiques.<\/p>\n<p>Aujourd&rsquo;hui, le rapport entre les pays du Nord et ceux du Sud autour de la productivite\u0301 agricole est de 1 a\u0300 400. C&rsquo;est-a\u0300-dire que quand le producteur de riz de l&rsquo;Arkansas aux E\u0301tats-Unis et celui de la Casamance au Se\u0301ne\u0301gal travaillent tous deux pendant une heure, l&rsquo;Ame\u0301ricain produit 400 fois plus. Lorsqu&rsquo;ils arrivent sur le me\u0302me marche\u0301, le Se\u0301ne\u0301galais disparai\u0302t parce qu&rsquo;il ne peut pas supporter certains prix et c&rsquo;est la raison pour laquelle il faut prote\u0301ger l&rsquo;agriculture africaine. En plus de ces e\u0301carts impressionnants de productivite\u0301, il faut tenir compte des fortes subventions que les E\u0301tats du Nord allouent a\u0300 leurs producteurs. Le paysan ame\u0301ricain est 820 fois plus subventionne\u0301, parce qu&rsquo;il rec\u0327oit en moyenne 47 000 dollars par an contre 46 dollars pour le producteur tanzanien.<\/p>\n<p>Il faudrait e\u0301galement de\u0301velopper les services a\u0300 l&rsquo;agriculture, c&rsquo;est-a\u0300-dire promouvoir les arrangements institutionnels, tels que l&rsquo;acce\u0300s au cre\u0301dit, a\u0300 l&rsquo;assurance, au stockage post-re\u0301coltes, etc. L&rsquo;agriculture n&rsquo;est pas du tout finance\u0301e dans nos pays. Nos banques de de\u0301veloppement ont ferme\u0301 les unes apre\u0300s les autres pour cause de mauvaise gouvernance et, donc, nous avons un secteur orphelin pourtant riche de 70 % de la population.<\/p>\n<p>Ensuite, il y a la question de l&rsquo;inte\u0301gration de notre agriculture dans l&rsquo;agriculture mondiale. Je suis contre le libre-e\u0301change parce que c&rsquo;est la liberte\u0301 du loup dans la bergerie. Je prends l&rsquo;exemple des accords UE-ACP, ils font partie de ce que j&rsquo;appelle des relations de pre\u0301dation externes parce que les e\u0301carts de productivite\u0301 entre nos deux agricultures sont telles qu&rsquo;on ne peut justifier la cre\u0301ation d&rsquo;une zone de libre-e\u0301change entre l&rsquo;Europe et l&rsquo;Afrique. Et cela enfreint les principes des accords originels de Lome\u0301. Preuve en est que, 20 ans apre\u0300s, nous ne parvenons toujours pas a\u0300 signer les APE, qui ont suivi les accords de Cotonou.<\/p>\n<p>De la me\u0302me manie\u0300re, je suis contre la zone de libre-e\u0301change continentale africaine, si elle met face a\u0300 face des agricultures productivistes, comme celles du Maghreb, a\u0300 des agricultures de subventions, telles que pratique\u0301es par le Burundi, la Gambie, etc. Les risques de pre\u0301dation intrafricaines existent e\u0301galement.<\/p>\n<p><b>Pourtant de nombreuses initiatives existent au niveau panafricain pour re\u0301pondre a\u0300 la proble\u0301matique de la production agricole, pourquoi c\u0327a ne marche pas, selon vous ?<\/b><\/p>\n<p>Les grandes institutions ont lance\u0301 des initiatives remarque\u0301es, mais il faudrait qu&rsquo;elles soient de\u0301veloppe\u0301es localement. La situation au Kenya n&rsquo;est pas celle du Togo, des grandes initiatives donnent des orientations, il faut les saluer, mais apre\u0300s l&rsquo;imple\u0301mentation doit e\u0302tre locale. D&rsquo;ou\u0300 l&rsquo;inte\u0301re\u0302t de travailler a\u0300 renforcer les capacite\u0301s des producteurs, tout un travail doit se faire autour des fai\u0302tie\u0300res pour qu&rsquo;ils puissent avoir une part de la valeur cre\u0301e\u0301e plus grande.<\/p>\n<p>Apre\u0300s e\u0301videmment, il faut savoir ce qu&rsquo;on veut faire en termes de politique agricole. Est-ce que, comme l&rsquo;Union europe\u0301enne, nous voulons stabiliser les prix ou pluto\u0302t, comme les Ame\u0301ricains, stabiliser les revenus des producteurs avec le syste\u0300me de de\u0301couplage qui consiste a\u0300 laisser les prix fluctuer au rythme de l&rsquo;offre et de la demande tout en fournissant des revenus aux producteurs ? Le de\u0301sarmement tarifaire nous a de\u0301ja\u0300 fait tant de mal, nous avons e\u0301te\u0301 envahis par le textile chinois, le poulet franc\u0327ais, le lait en poudre ne\u0301erlandais, etc. Il faut qu&rsquo;il y ait une cohe\u0301rence entre les objectifs de la politique agricole et ceux de la politique commerciale et donc entre l&rsquo;impe\u0301ratif d&rsquo;accroi\u0302tre la production et la ne\u0301cessite\u0301 de pre\u0301server nos e\u0301cosyste\u0300mes.<\/p>\n<p><b>Comment a\u0300 la fois augmenter la productivite\u0301 et prote\u0301ger l&rsquo;environnement ?<\/b><\/p>\n<p>L&rsquo;Afrique subsaharienne posse\u0300de 650 millions d&rsquo;hectares de terres arables, un pays comme la RDC en a 80 millions inde\u0301pendamment des fore\u0302ts, c&rsquo;est important de le souligner. A\u0300 la diffe\u0301rence du Maghreb qui est de\u0301ja\u0300 dans un phe\u0301nome\u0300ne de butoir, nous pouvons tout en pre\u0301servant les e\u0301cosyste\u0300mes augmenter massivement la production agricole en Afrique. C&rsquo;est une bonne nouvelle et les e\u0301tudes prospectives de l&rsquo;Inra l&rsquo;attestent. Si l&rsquo;Afrique s&rsquo;organise bien, elle peut e\u0302tre la puissance agricole de demain. Reste a\u0300 mieux valoriser nos matie\u0300res premie\u0300res, avoir une meilleure approche de nos avantages comparatifs. En particulier a\u0300 l&rsquo;heure ou\u0300 les prix de l&rsquo;e\u0301nergie augmentent rapidement. La potasse qui cou\u0302tait 200 dollars la tonne, il y a un an vaut aujourd&rsquo;hui 840 dollars la tonne. Cela veut dire que nos agriculteurs ont rationnellement le devoir de retourner a\u0300 nos intrants naturels.<\/p>\n<p><b>Comment fait-on concre\u0300tement ? Prenons, par exemple, le secteur du cacao.<\/b><\/p>\n<p>Pour le cacao, nos pays ont fait le choix d&rsquo;e\u0301tendre les superficies cultivables dans des zones ou\u0300 il y avait justement cet arbitrage entre la fore\u0302t et l&rsquo;agriculture pluto\u0302t que d&rsquo;intensifier la production. Sortons de la facilite\u0301 de l&rsquo;extension infinie des superficies pour justement pre\u0301server nos e\u0301cosyste\u0300mes, c&rsquo;est une ne\u0301cessite\u0301, car quand vous de\u0301truisez les fore\u0302ts, cela re\u0301troagit sur la productivite\u0301.<\/p>\n<p>Au contraire, l&rsquo;agroe\u0301cologie permet d&rsquo;intensifier la production, mais a\u0300 partir de me\u0301thodes qui sont viables d&rsquo;un point de vue e\u0301cologique. Cependant, nous ne devons pas faire de l&rsquo;agriculture agroe\u0301cologique pour plaire ou pour e\u0302tre en phase avec un discours internationalement reconnu, mais parce que c&rsquo;est la seule fac\u0327on pour les agricultures familiales africaines de survivre. L&rsquo;Afrique a en sa possession tous les savoirs ancestraux, il faut, comme en Inde ou en Chine, les valoriser, les partager, les vulgariser, orienter nos chercheurs vers ses savoirs endoge\u0300nes et comprendre comment mettre a\u0300 l&rsquo;e\u0301chelle.<\/p>\n<p><b>Quelles sont les alternatives que vous proposez ? Quels sont les types de nouvelles initiatives de de\u0301veloppement, de formes d&rsquo;action collective qui e\u0301mergent en re\u0301ponse a\u0300 ces e\u0301checs ?<\/b><\/p>\n<p>L&rsquo;une des solutions qui me semble e\u0301vidente pour l&rsquo;Afrique, c&rsquo;est le ne\u0301oprotectionnisme.<\/p>\n<p><b>Quels sont les proble\u0300mes fondamentaux qui sont pose\u0301s par le mode\u0300le ne\u0301olibe\u0301ral que la notion de ne\u0301oprotectionnisme pourrait re\u0301soudre en matie\u0300re de the\u0301orie et de pratique du de\u0301veloppement ?<\/b><\/p>\n<p>Le continent africain peut encore se pre\u0301valoir d&rsquo;une tradition e\u0301cologique encore tre\u0300s forte. Dans les cosmogonies africaines il n&rsquo;y a pas de se\u0301paration entre l&rsquo;e\u0302tre humain et les autres e\u0302tres vivants, me\u0302me les e\u0302tres inanime\u0301s. A\u0300 partir de la\u0300, trois facteurs justifient, a\u0300 mon avis, le protectionnisme a\u0300 vise\u0301e e\u0301cologique. La premie\u0300re est que l&rsquo;Afrique rend au reste du monde e\u0301norme\u0301ment de services e\u0301cosyste\u0301miques, a\u0300 travers, par exemple, la fore\u0302t du bassin du Congo, le deuxie\u0300me poumon vert de la plane\u0300te. J&rsquo;observe que l&rsquo;Afrique fait de plus en plus l&rsquo;objet de pre\u0301dation pour ses ressources naturelles avec une concurrence effre\u0301ne\u0301e, notamment des e\u0301mergents. C&rsquo;est une course folle qui acce\u0301le\u0300re le rythme de la de\u0301gradation de nos e\u0301cosyste\u0300mes naturels. Cet appel au ne\u0301oprotectionnisme est quasiment un cri de de\u0301tresse.<\/p>\n<p>Le deuxie\u0300me facteur, c&rsquo;est l&rsquo;e\u0301chec du syste\u0300me ne\u0301olibe\u0301ral. Le principal facteur d&rsquo;ajustement du syste\u0300me ne\u0301olibe\u0301ral, c&rsquo;est la mobilite\u0301 des facteurs capital et travail. Lorsqu&rsquo;une personne n&rsquo;arrive pas a\u0300 bien vivre la\u0300 ou\u0300 elle se trouve, elle a le devoir d&rsquo;aller vivre ailleurs, la\u0300 ou\u0300 elle peut trouver du travail. Or, si les capitaux sont mobiles, le travail l&rsquo;est tre\u0300s peu, du fait de toutes les restrictions lie\u0301es aux migrations.<\/p>\n<p>Entre 1850, le de\u0301but des grandes famines en Irlande, et 1930, l&rsquo;Europe a exporte\u0301 60 millions de personnes vers le reste du monde, elle e\u0301tait seule au monde et a su ge\u0301rer les phases de transition de la re\u0301volution agricole a\u0300 la re\u0301volution industrielle puis de la re\u0301volution industrielle a\u0300 la re\u0301volution des services. De\u0301sormais, nous sommes dans un monde ferme\u0301, et le trop-plein d&rsquo;Africains n&rsquo;a pas d&rsquo;option de sortie. Nous devons donc cre\u0301er plus d&#8217;emplois sur place pour les Africains.<\/p>\n<p>Face a\u0300 tous ces e\u0301le\u0301ments, nous avons l&rsquo;obligation de changer de mode\u0300le, car ce qui a permis au mode\u0300le ne\u0301olibe\u0301ral de fonctionner n&rsquo;est plus autorise\u0301. Le ne\u0301oprotectionnisme permet de non seulement pre\u0301server nos ressources naturelles mais aussi les \u00ab biens communs plane\u0301taires \u00bb.<\/p>\n<p><b>Justement, il est question dans votre nouvel essai des \u00ab biens communs \u00bb qu&rsquo;il faut prote\u0301ger. De quoi s&rsquo;agit-il ?<\/b><\/p>\n<p>Les biens communs sont des biens dont la gestion non re\u0301gule\u0301e peut conduire a\u0300 leur e\u0301puisement. Deux facteurs permettent de caracte\u0301riser un bien commun : la facilite\u0301 d&rsquo;extraction et la faible exclusion de l&rsquo;usage. Certains sont tangibles, comme les forets, les lacs, les rivie\u0300res ; d&rsquo;autres sont intangibles, comme Wikipe\u0301dia, Open Street Map, les logiciels open source, etc.<\/p>\n<p>A\u0300 y re\u0301fle\u0301chir, ce sont les biens communs mondiaux qu&rsquo;il faut pre\u0301server, comme les forets qui peuvent faire l&rsquo;objet de destruction. Les biens communs s&rsquo;inscrivent comme des tentatives de de\u0301passement d&rsquo;une part de l&rsquo;E\u0301tat et d&rsquo;autre part du marche\u0301. C&rsquo;est une troisie\u0300me voie entre l&rsquo;E\u0301tat et le marche\u0301.<\/p>\n<p><b>Qu&rsquo;est-ce que cette notion de biens communs a permis de mettre en perspective dans le rapport entre l&rsquo;Afrique et le reste du monde ?<\/b><\/p>\n<p>Nous rendons service a\u0300 l&rsquo;humanite\u0301 et l&rsquo;humanite\u0301 ne nous le rend pas ! Parce qu&rsquo;avec ce mode de vie e\u0301cologique qui est le no\u0302tre nous pouvons continuer a\u0300 pre\u0301server toute la plane\u0300te, d&rsquo;ou\u0300 l&rsquo;inte\u0301re\u0302t de faire vivre nos communs. La vie en commun permet de mutualiser les efforts et les services, d&rsquo;avoir une redistribution plus e\u0301quitable des fruits de la croissance et de l&rsquo;inclusion sociale. Je pense qu&rsquo;il faut lier le protectionnisme pour pre\u0301server les communs comme philosophie d&rsquo;action. Maintenant, il faut prendre en compte trois dimensions d&rsquo;action : les ressources a\u0300 pre\u0301server, les parties prenantes et les modes de re\u0301gulation. Le chercheur ame\u0301ricain Garrett Hardin a montre\u0301 dans La Trage\u0301die des communs que quand les biens ne sont pas re\u0301gule\u0301s, ils disparaissent, du fait de la pre\u0301dation. Des anne\u0301es plus tard, la chercheuse Elinor Ostrom, Prix Nobel 2009, a repris toutes ces recherches pour de\u0301montrer qu&rsquo;au contraire les e\u0302tres humains a\u0300 travers les communaute\u0301s ont toujours eu l&rsquo;intelligence de s&rsquo;organiser pour pre\u0301server les biens dont la pre\u0301dation allait conduire a\u0300 l&rsquo;e\u0301puisement.<\/p>\n<p>Ce n&rsquo;est pas un hasard si c&rsquo;est en 1983 lors de la confe\u0301rence de Minneapolis, aux E\u0301tats-Unis, que toutes les recherches sur les communs ont e\u0301te\u0301 relance\u0301es, c&rsquo;e\u0301tait clairement une re\u0301ponse pour contrer les programmes d&rsquo;ajustement du FMI et de la Banque mondiale qui faisaient de\u0301ja\u0300 beaucoup de de\u0301ga\u0302ts en Ame\u0301rique latine et en Afrique. De\u0300s le de\u0301part, les communs ont e\u0301te\u0301 un acte de re\u0301sistance vis-a\u0300-vis du ne\u0301olibe\u0301ralisme galopant.<\/p>\n<p><b>Comment les communaute\u0301s africaines participent-elles a\u0300 cet enjeu de pre\u0301servation des biens communs ?<\/b><\/p>\n<p>Les communaute\u0301s auto-organise\u0301es sont celles qui arrivent a\u0300 ge\u0301rer traditionnellement les communs. Par exemple, chez nous en Afrique, la terre appartient aux communaute\u0301s familiales. Cette approche en termes de faisceau de droits permet de distinguer les re\u0300gles pre\u0301cises autour des modes de distribution de la terre, des modes d&rsquo;usage de celle-ci. Il y a des personnes qui ont le droit d&rsquo;attribuer la terre, d&rsquo;autres qui n&rsquo;ont le droit que d&rsquo;utiliser la terre, et des personnes, en particulier les pasteurs, qui n&rsquo;ont le droit que de passer par la terre dans le cadre des couloirs de transhumance.<\/p>\n<p>Ces solutions n&rsquo;ont pas e\u0301te\u0301 exploite\u0301es, car la Banque mondiale et le FMI ont tre\u0300s to\u0302t fait de pousser a\u0300 l&rsquo;individualisation, notamment a\u0300 travers les titres fonciers, alors que nos droits coutumiers sont des droits communautaires. Il existe un hiatus entre cet individualisme foncier et la vision des communaute\u0301s.<\/p>\n<p><b>Ce hiatus se retrouve e\u0301galement dans la gestion des aires prote\u0301ge\u0301es, dont le ro\u0302le est juge\u0301 crucial. A\u0300 quelles conditions les communaute\u0301s peuvent-elles poursuivre ce travail de pre\u0301servation ?<\/b><\/p>\n<p>Les aires prote\u0301ge\u0301es pourraient e\u0302tre ge\u0301re\u0301es par les communaute\u0301s riveraines et pas force\u0301ment par l&rsquo;E\u0301tat, parce que nous avons constate\u0301 deux mouvements contradictoires. D&rsquo;un co\u0302te\u0301, les E\u0301tats ont tendance a\u0300 exclure ces communaute\u0301s de la gestion et ils se livrent ensuite a\u0300 la pre\u0301dation, parfois me\u0302me a\u0300 des privatisations, et de l&rsquo;autre co\u0302te\u0301 nous avons le colonialisme vert, qui peut se traduire par le fait de lire les aires prote\u0301ge\u0301es d&rsquo;Afrique comme des re\u0301serves ou\u0300 les e\u0302tres humains africains n&rsquo;auraient aucun droit. Ces lieux seraient alors re\u0301serve\u0301s aux touristes e\u0301trangers, ou\u0300 ils seraient autorise\u0301s a\u0300 chasser, c&rsquo;est le cas en Tanzanie, au Kenya, dans la Pendjari au Be\u0301nin, etc.<\/p>\n<p>Entre ces deux lectures finalement maximalistes du ro\u0302le des aires prote\u0301ge\u0301es, il y a les communs, qui permettent d&rsquo;aider les communaute\u0301s a\u0300 s&rsquo;organiser autour des biens \u2013 le miel, le karite\u0301, les hui\u0302tres comme dans le Sine Saloum, au Se\u0301ne\u0301gal \u2013, ou\u0300 on voit un ve\u0301ritable commerce tenu par les femmes qui fonctionne tre\u0300s bien. L&rsquo;enjeu est de pre\u0301server les mangroves et les fore\u0302ts humides qui sont prises d&rsquo;assaut a\u0300 cause du changement climatique qui pousse les populations du Sahel a\u0300 descendre vers ces zones. Dans le me\u0302me temps, la monte\u0301e de l&rsquo;oce\u0301an Atlantique vers les terres fait que d&rsquo;autres populations ont tendance a\u0300 remonter. L&rsquo;Afrique de l&rsquo;Ouest est prise en e\u0301tau, cela justifie l&rsquo;urgence de cre\u0301er un mode\u0300le plus endoge\u0300ne qui ne soit ni e\u0301tatique, parce qu&rsquo;il y a beaucoup de de\u0301faillance de l&rsquo;E\u0301tat ni marchand, parce que le marche\u0301 n&rsquo;est pas toujours le meilleur mode d&rsquo;allocation des ressources.<\/p>\n<p>L&rsquo;Afrique semble en passe de perdre ses savoirs endoge\u0300nes, en particulier au Sahel, ou\u0300 certaines communaute\u0301s s&rsquo;affrontent de\u0301sormais autour de ces biens communs.<\/p>\n<p>Le Sahel vit les effets combine\u0301s de cinq crises. Il y a la crise se\u0301curitaire, la crise climatique qui engendre des de\u0301placements de population, la crise sanitaire avec la pande\u0301mie, la crise politique avec une succession de coups d&rsquo;E\u0301tat et enfin les conse\u0301quences de la crise russo-ukrainienne. Ces chocs successifs de\u0301stabilisent comple\u0300tement l&rsquo;Afrique de l&rsquo;Ouest et peut-e\u0302tre me\u0302me tout le continent. Il y a une urgence a\u0300 refonder le contrat social autour d&rsquo;une gouvernance de proximite\u0301 et d&rsquo;une capacite\u0301 a\u0300 mieux saisir ce que j&rsquo;appelle le triptyque E\u0301tat, territoire et socie\u0301te\u0301, parce qu&rsquo;apre\u0300s tout les e\u0301checs que connai\u0302t l&rsquo;Afrique de l&rsquo;Ouest, aujourd&rsquo;hui, sont dus a\u0300 une incapacite\u0301 des E\u0301tats a\u0300 embrasser la totalite\u0301 de leur territoire.<\/p>\n<p>Je lis les re\u0301voltes a\u0300 la fois paysannes et surtout des jeunes urbains comme un retour en arrie\u0300re. C&rsquo;est comme si les de\u0301bats que nous aurions du\u0302 avoir en 1960, nous les avons, un demi-sie\u0300cle plus tard, mais de manie\u0300re tre\u0300s violente. Nous avons une population dont la taille double tous les 25 ans. 40 % a moins de 15 ans. La demande est sans pre\u0301ce\u0301dent en matie\u0300re d&rsquo;e\u0301ducation, de formation, de sante\u0301, et face a\u0300 cela nous avons des E\u0301tats qui ne se sont pas de\u0301veloppe\u0301s du fait de re\u0301gimes pre\u0301dateurs. Le djihadisme est arrive\u0301 comme un acce\u0301le\u0301rateur.<\/p>\n<p><b>Quels e\u0301le\u0301ments vous font penser que l&rsquo;Afrique a de\u0301sormais une fene\u0302tre d&rsquo;action pour voir re\u0301aliser ses v\u0153ux d&rsquo;e\u0301mancipation par l&rsquo;e\u0301conomie ?<\/b><\/p>\n<p>Nous assistons actuellement au renouvellement des paradigmes, parce que l&rsquo;Afrique est dans le troisie\u0300me temps de son processus de de\u0301veloppement. Nous avons eu le premier temps, la pe\u0301riode des inde\u0301pendances jusqu&rsquo;au de\u0301but des anne\u0301es 1980, c&rsquo;e\u0301tait l&rsquo;e\u0301poque du volontarisme. Malheureusement, elle a de\u0301bouche\u0301 sur les e\u0301le\u0301phants blancs, la mauvaise gouvernance et le surendettement.<\/p>\n<p>Ensuite a succe\u0301de\u0301 le deuxie\u0300me temps, celui de la gestion. Ce sont les anne\u0301es des programmes d&rsquo;ajustements structurels, durant lesquelles les institutions internationales ont totalement minore\u0301 les projets structurels au profit du respect des e\u0301quilibres macroe\u0301conomiques de court terme. Il y a eu de nombreux angles morts dans ce mode\u0300le de de\u0301veloppement, notamment la sante\u0301, l&rsquo;e\u0301ducation, l&rsquo;agriculture, l&rsquo;industrie. Trente ans apre\u0300s, nous nous sommes rendu compte que l&rsquo;Afrique ne parvenait toujours pas a\u0300 enclencher son processus d&rsquo;e\u0301mergence. Aujourd&rsquo;hui, nous sommes dans le troisie\u0300me temps qui est celui du pragmatisme, nous essayons de concilier l&rsquo;apport de l&rsquo;E\u0301tat, du marche\u0301 et des communs, afin d&rsquo;en faire des leviers de transformation des socie\u0301te\u0301s africaines.<\/p>\n<p>Maintenant, pourquoi est-ce que nous avons une fene\u0302tre d&rsquo;opportunite\u0301 incroyable pour re\u0301aliser ce mode\u0300le de de\u0301veloppement ? Parce que les e\u0301ve\u0301nements dans le reste du monde ont donne\u0301 tort aux institutions de Bretton Woods et au ne\u0301olibe\u0301ralisme en ge\u0301ne\u0301ral. Face aux grandes crises mondiales, comme la crise financie\u0300re de 2008, la pande\u0301mie de 2020, l&rsquo;E\u0301tat a e\u0301te\u0301 au centre de tout, le quoi qu&rsquo;il en cou\u0302te, c&rsquo;est en fait tout le contraire du dogme de l&rsquo;ajustement structurel. On nous a empe\u0302che\u0301s d&rsquo;utiliser les leviers de de\u0301veloppement que sont la monnaie et le budget pendant trente ans et plus, or l&rsquo;Occident ne fait que cela pour sauver ces populations des crises re\u0301currentes. Nous sommes a\u0300 un tournant, car le FMI et la Banque mondiale ne peuvent pas nous interdire de faire autre chose que ce que font les Occidentaux.<\/p>\n<p>En me\u0302me temps, il faut pre\u0301parer l&rsquo;avenir, c&rsquo;est-a\u0300-dire recenser les biens communs africains, se mettre d&rsquo;accord sur les modalite\u0301s de leur gestion et voir la manie\u0300re dont nous voulons nous inse\u0301rer dans la mondialisation.<\/p>\n<p><strong>Pour plus d&rsquo;informations et d&rsquo;analyses sur la <a href=\"https:\/\/www.africa-press.net\/sao-tome-e-principe\">S\u00e3o Tom\u00e9 e Pr\u00edncipe<\/a>, suivez <a href=\"https:\/\/www.africa-press.net\/\">Africa-Press<\/a><\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Viviane Forson Africa-Press &#8211; S\u00e3o Tom\u00e9 e Pr\u00edncipe. ENTRETIEN. 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