de l’eau potable bientôt tirée de l’océan ?

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de l’eau potable bientôt tirée de l’océan ?
de l’eau potable bientôt tirée de l’océan ?

Mawunyo Hermann Boko

Africa-Press – Senegal. Pour ne plus dépendre du lac de Guiers, sa seule ressource en eau potable, Dakar se dote d’une usine de dessalement d’eau de mer.

Le chantier de l’usine de dessalement suit son cours sur les hauteurs des Mamelles, les collines qui abritent le célèbre phare de Dakar. Lancé en grande pompe le 31 mai par le président Macky Sall, l’ouvrage est le premier du genre en Afrique de l’Ouest. L’usine, d’une capacité de 50 000 m3 par jour (m3/j.) extensible à 100 000 m3/j., doit permettre d’améliorer l’approvisionnement en eau potable de la capitale sénégalaise.

« Cette infrastructure servira d’appui à celles qui existent déjà et nous permettra d’atteindre, d’ici 2026, une production de plus de 700 000 m3 d’eau potable par jour », précise Charles Fall, directeur général de la Société nationale des eaux du Sénégal (Sones), qui assure la maîtrise d’ouvrage.

Dakar s’étend sur 0,3 % de la superficie du Sénégal. Mais la capitale concentre près de 25 % de la population du pays, soit 3 millions d’habitants. Si les besoins actuels en eau potable sont de 600 000 m3/j., les autorités s’attendent à ce qu’ils augmentent d’ici quelques années avec la croissance démographique et l’émergence de nouveaux pôles économiques comme la nouvelle ville de Diamniadio. « Nous avons décidé d’anticiper et de diversifier nos sources d’alimentation afin de ne pas revivre les évènements de septembre 2013 », explique Serigne Mbaye Thiam, le ministre de l’Eau et de l’Assainissement.

Pénurie d’eau

Cette année-là, les Dakarois avaient été privés d’eau potable pendant près de trois semaines en raison d’un incident survenu dans les installations alimentées par le lac de Guiers, situé à 250 km au nord, et principale source d’approvisionnement de Dakar. « L’un des deux conduits d’eau reliant les usines de traitement de Keur Momar Sarr à la principale ville du pays avait lâché. Sur les 300 millions de litres qui arrivaient quotidiennement dans la capitale à l’époque, un tiers était indisponible », raconte le directeur de la Sones. Plusieurs manifestations avaient alors éclaté et la colère de la population était telle que Macky Sall avait dû écourter son séjour à New York, où il participait à l’Assemblée générale des Nations unies.

L’exploitation des ressources souterraines étant par ailleurs limitée à une production insuffisante de 15 000 m3/j., le Sénégal a décidé de se tourner vers le dessalement d’eau de mer pour prévenir de futurs aléas. La nouvelle usine, construite dans la commune de Ouakam par un groupement d’entreprises comprenant le français Eiffage et le suisse Wabag, servira également de réserve stratégique en cas de défaillance.

Pour autant, l’infrastructure – composée de deux stations, l’une de pompage, l’autre de traitement – ne fait pas l’unanimité. Plusieurs associations de défense du littoral craignent que son fonctionnement ait un impact négatif sur les ressources halieutiques et menace les activités des pêcheurs. En effet, pour désaliniser l’eau, les experts ont privilégié la technique de l’osmose inverse. « L’eau sera pompée sous très haute pression en mer par des membranes semi-perméables dans l’objectif d’en retirer le sel », explique Charles Fall. Concrètement, un litre d’eau potable sera produit à partir de deux litres d’eau salée. Le litre de saumure sera rejeté en mer. « Le déversement de cette énorme quantité de sel dans la mer ne nous rassure pas », s’inquiète un habitant du quartier des Mamelles.

Coût pour l’environnement

Les usines de dessalement d’eau de mer ont connu un véritable essor dans le monde à partir des années 1960. Pour couvrir leurs besoins en eau potable, plusieurs pays, notamment situés en zone aride où il n’existe pas de sources d’eau douce, ont opté pour cette technique réputée énergivore. L’ONU recense plus de 15 000 usines de ce type dans 177 pays, dont une majorité au Moyen-Orient. Mais, dans un rapport publié en janvier 2019, l’organisation internationale a sonné l’alarme à propos des dangers de leur usage pour l’environnement. L’ONU indique en effet que le rejet de saumure dans la mer en très grandes quantités a des effets néfastes sur les écosystèmes marins.

« Les boues chargées de saumure seront rejetées à 500 mètres du littoral et vont se diluer dans la mer. Cette distance a été définie lors des études d’impact environnemental. Il n’y aura de risque ni pour la faune ni pour la flore ni pour les pêcheurs », assure Serigne Mbaye Thiam, se voulant rassurant. Financée par un prêt de l’Agence japonaise de coopération internationale (JICA) de 200 millions d’euros, l’usine devrait être opérationnelle fin 2024. Le projet inclut également la rénovation de plus de 300 km du réseau de distribution.

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