Africa-Press – Senegal. En début d’année, une équipe de l’Université de Pékin (Chine) a tenté avec une méta-étude de faire le point sur l’ensemble des connaissances relatives à la toxicité des plastiques que nous ingérons. Les conclusions préliminaires ne sont pas rassurantes. En résumé, tout en soulignant le cruel manque de données concernant l’impact exact des microplastiques sur la santé humaine, leurs interactions avec des bactéries pathogènes et des agents chimiques, l’effet de leurs propriétés physicochimiques et de leurs migrations dans l’organisme au fil du temps, les chercheurs ont pu mettre en évidence des effets toxiques et inflammatoires de ces particules sur les systèmes respiratoire, digestif, nerveux, cardio-vasculaire, immunitaire et reproductif.
Et de rappeler que des microplastiques ont été retrouvés dans les placentas humains, dans le sang, bref, un peu partout dans l’organisme, ce qui implique que ces particules migrent facilement de l’estomac au système circulatoire.
Une perturbation du fonctionnement de l’organisme suspectée
Du reste, les microplastiques peuvent convoyer d’autres composés dangereux. En effet, “les surfaces plastiques sont d’excellents vecteurs pour transporter des contaminants chimiques, des bactéries, avertit Guillaume Duflos de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses). Un peu l’effet ‘cheval de Troie’. Nous en sommes au tout début de l’évaluation de leur potentialité toxique. ”
Bien qu’il n’existe encore aucun véritable lien de cause à effet, ni de risque sanitaire clairement établi, les plus récents travaux laissent penser que ces particules plastiques pourraient perturber le fonctionnement de l’organisme et influencer le risque de développer certaines pathologies.
En mars, une étude italienne menée auprès de près de 300 individus et parue dans le New England Journal of Medicine a ainsi montré pour la première fois un risque multiplié par quatre d’accident vasculaire cérébral (AVC), d’infarctus du myocarde ou de décès toutes causes confondues chez des patients présentant des plaques d’athérome (dépôts de lipides au niveau des artères) contenant des microplastiques (principalement du polyéthylène ou du polychlorure de vinyle).
D’autres études s’interrogent aussi sur le rôle des microplastiques dans le déclin de la fertilité, des chercheurs de l’Université du Nouveau-Mexique, aux États-Unis, ayant très récemment trouvé une corrélation entre de forts taux de polychlorure de vinyle (PVC) présents dans les testicules de chiens et la diminution de la quantité de spermatozoïdes viables.
Un effet pro-inflammatoire et pro-oxydant
Les microplastiques porteraient également atteinte au microbiote intestinal, comme l’a constaté, chez la souris, l’équipe de Mathilde Body-Malapel de l’Institut de recherche translationnelle sur l’inflammation (Infinite) à Lille. “Outre un effet pro-inflammatoire et pro-oxydant, les microplastiques augmentent la perméabilité de la barrière intestinale, qui normalement empêche les agents pathogènes (bactéries, virus, etc.) de passer dans la circulation sanguine. Ces différentes observations sont autant d’éléments qui laissent à penser que ces microparticules pourraient influencer le risque de certaines maladies cancéreuses, inflammatoires ou immunitaires “, note l’ingénieure de recherche, qui travaille sur le rôle des microplastiques dans l’apparition de maladies inflammatoires de l’intestin (Mici).
Mais ce n’est pas tout. Stéphanie Blanquet-Diot, professeure de microbiologie et biotechnologie et directrice adjointe de l’unité Medis à l’Université Clermont-Auvergne, et des chercheurs du laboratoire de toxicologie alimentaire Toxalim à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae) de Toulouse ont également observé une perturbation (ou dysbiose) de la population bactérienne intestinale, grâce à leur modèle in vitro pour le moins original recréant l’environnement d’un véritable côlon humain.
“Ce côlon artificiel simule les conditions d’acidité, le temps de transit, les nutriments et l’absence d’oxygène spécifiques de cet environnement. Il est également ensemencé avec des selles humaines pour reproduire la flore bactérienne “, note Stéphanie Blanquet-Diot. En injectant dans ce côlon “artificiel” des microbilles de polyéthylène (PE) (21 mg/ jour) durant deux semaines de manière quotidienne, l’équipe a constaté une augmentation de certaines populations bactériennes potentiellement néfastes (Enterobacteriaceae, Desulfovibrionaceae, etc.).
Des résultats similaires ont été constatés en renouvelant l’expérience avec les selles d’enfants. “Nous avons aussi remarqué par microscopie électronique une adhésion des micro-organismes à la surface des microparticules de polyéthylène, ce qui pourrait leur servir de surface d’ancrage pour se développer plus facilement “, explique Elora Fournier, coauteure de ces études. Réciproquement, “l’écosystème digestif (pH, enzymes, bactéries) pourrait être propice à la biodégradation de certains types de microplastiques et à la libération de substances chimiques intrinsèquement toxiques “, ajoute Muriel Mercier-Bonin, directrice de recherche Inrae à Toxalim.
Prochains enjeux: établir l’impact sanitaire de diverses formes de particules (fragments, fibres) plus ou moins vieillies pour se rapprocher au mieux des conditions réelles d’exposition. “Selon la forme et la taille de ces particules de plastique, l’impact sur l’organisme pourrait être très différent “, note Mathilde Body-Malapel.
Consciente du problème, l’Anses mène de son côté divers projets de recherche (Nanoplastics, Fishh, CPER Marco) afin d’évaluer la quantité et la nature des particules plastiques présentes dans les aliments, ainsi que le niveau d’exposition et le risque pour la santé humaine. Par ailleurs, l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) et les ministères de l’Agriculture et de la Transition écologique ont demandé à l’Inrae et au CNRS de réaliser une expertise dont l’objectif est d’établir un état des lieux des connaissances scientifiques sur les usages et les impacts environnementaux et sanitaires des plastiques en agriculture et pour l’alimentation. Les conclusions sont attendues à la fin de l’année.
Comment se protéger
Limiter la consommation de plats préparés emballés ou réchauffer leur contenu dans une assiette au micro-ondes plutôt que dans leur barquette d’origine.
Préférer l’eau du robinet, moins contaminée que l’eau en bouteille.
Limiter l’achat de fruits, légumes et viandes emballés.
Préférer des contenants en verre plutôt que des sacs à congélation.
Déverser café, céréales dans des récipients en verre afin qu’ils restent le moins longtemps possible en contact avec des emballages plastifiés.
Ne pas laisser de nourriture chaude dans un contenant en plastique.
S’équiper d’une gourde réutilisable en inox ou en verre.
Apporter ses propres sacs en tissu et contenants en verre chez les commerçants.
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