À quoi pourrait ressembler la vie des enfants en 2050 ? L’Unicef se penche sur la question

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À quoi pourrait ressembler la vie des enfants en 2050 ? L’Unicef se penche sur la question
À quoi pourrait ressembler la vie des enfants en 2050 ? L’Unicef se penche sur la question

Africa-Press – Senegal. A quoi pourraient être confrontés les enfants de demain ? Et surtout, que faudrait-il faire aujourd’hui pour tenter de garantir leurs droits ? Deux questions auxquelles tente de répondre l’Unicef dans son dernier rapport intitulé “Situation des enfants dans le monde 2024:. L’avenir de l’enfance dans un monde en mutation”. “L’objectif n’est pas de faire des prédictions, mais plutôt d’utiliser des scénarios basés sur des données scientifiques pour identifier les défis et les opportunités à venir concernant les droits des enfants”, souligne Cécile Aptel, directrice adjointe d’Unicef Innocenti.

En septembre dernier, les Nations Unies se réunissaient pour évoquer les défis du futur. Suite à ce sommet, l’Unicef recentre maintenant le débat sur les enfants. Quelles sont leurs particularités et leurs vulnérabilités ? A quoi les enfants pourraient-ils être confrontés d’ici quelques années ? Quelles solutions ? Cécile Aptel a répondu à nos questions.

Sciences et Avenir: Pourquoi les enfants sont-ils en première ligne face aux mutations du monde ?

Cécile Aptel: Bien sûr les défis à venir concerneront l’humanité dans sa globalité. Mais être un enfant c’est être vulnérable, physiquement notamment, et avoir des besoins différents de ceux des adultes. Quand on voit des populations vulnérables aujourd’hui, on constate malheureusement que les enfants parmi ces populations sont souvent encore plus vulnérables. En cause notamment: les besoins physiques et de développement des enfants.

Prenons l’exemple du réchauffement climatique: l’exposition aux fortes chaleurs a un impact plus important sur certaines populations, en particulier les enfants et les personnes âgées. Il impacte aussi négativement le système alimentaire. Or les enfants ont des besoins nutritionnels spécifiques, auxquels il pourrait donc être de plus en plus difficile de répondre.

Au-delà de cette considération, les enfants ont aussi certains droits qui leur sont reconnus par la Convention sur les droits de l’enfant qui vont plus loin que les droits de l’Homme. Il s’agit de droits relatifs à l’éducation et au développement par exemple. C’est pourquoi il est primordial de s’interroger sur le sort des enfants quand on voit les trajectoires d’évolution de l’humanité.

“La moitié des enfants du monde vivront dans seulement 10 pays”
Qu’observe-t-on quand on recoupe les projections climatiques et démographiques que vous avez réalisées ?

On a exploré l’évolution possible dans trois domaines différents: les crises climatiques, les mouvements démographiques et les nouvelles technologies. Chacun des scénarios a des implications spécifiques pour les enfants et pour leurs droits.

L’impact du changement climatique risque de fortement modifier leurs conditions de vie dans de nombreux pays. Les aléas climatiques auront une influence sur la survie des enfants, leur accès à l’éducation aussi. On peut prévoir le risque d’exposition à des vagues de chaleur extrême, de grands feux, des sécheresses, des cyclones ou des inondations… Comment aller régulièrement à l’école dans ces conditions ? Et il est intéressant de relier ces risques aux évolutions démographiques: quand on se projette sur les prochaines décennies, on remarque que le nombre global d’enfants est le même qu’aujourd’hui mais que leur répartition est tout à fait différente. D’après nos projections, l’Asie du Sud, l’Afrique subsaharienne seront les régions les plus peuplées d’enfants et d’autres régions, comme l’Europe, n’auront plus que très peu d’enfants. La moitié des enfants du monde vivront dans seulement 10 pays: la Chine, l’Inde, le Nigeria, le Pakistan, la RDC, l’Ethiopie, les Etats-Unis, l’Indonésie, la Tanzanie et le Bengladesh. Donc les régions les plus peuplées par des enfants seront aussi probablement celles qui seront les plus exposées aux aléas climatiques violents.

Quand on superpose les données de projections démographiques et les données socio-économiques, on constate que le nombre d’enfants vivant dans les pays appartenant à la catégorie actuelle des économies à faible revenu augmentera de façon significative. D’après nos analyses, 23% des enfants du monde devraient vivre dans les 28 pays qui sont actuellement classés dans les économies à faibles revenus. C’est le double de la proportion d’enfants qui étaient enregistrés dans ces pays dans les années 2000.

Bien sûr, cela reste une projection. Evidemment ces pays sont aujourd’hui classés “à faibles revenus”, mais leur propre évolution socio-économique dépend de nombreux facteurs. Donc il est possible que certains n’appartiennent plus à cette catégorie d’ici 2050. On a tout de même recoupé de nombreuses informations et il est clair qu’une grande proportion des enfants vivra en Afrique subsaharienne avec de forts risques qu’ils soient dans des conditions socio-économiques et climatiques difficiles.

Qu’en est-il de l’usage des nouvelles technologies ?

Il y aura d’autres tendances à prendre en compte quant à la réalisation des droits des enfants, notamment l’évolution des conditions socio-économiques, l’égalité des genres et aussi, en effet, l’accès aux nouvelles technologies. Il faut s’assurer de prendre aujourd’hui les décisions qui permettront de garantir le droit des enfants dans ce contexte précis, notamment le droit à l’éducation, à l’information, à la vie privée. Ces évolutions soulèvent de nombreuses questions pour l’avenir.

Globalement, les technologies représentent beaucoup d’opportunités pour les enfants, mais leur développement et leur usage présentent bien sûr des risques. D’une part, on s’aperçoit qu’elles peuvent permettre d’améliorer l’accès à l’éducation en particulier en adaptant le contenu, en le personnalisant. Je pense aux enfants qui ont certains besoins spécifiques, par exemple des malvoyants pour qui le contenu écrit pourra être lu. Mais on peut craindre aussi d’importants risques en matière de santé mentale et de qualité de l’information. Il s’agit des mêmes problématiques que pour les adultes mais avec davantage d’acuité concernant les enfants puisqu’ils sont en cours de développement donc plus exposés, par exemple, au risque d’être manipulés.

Quelles données vous ont permis d’aboutir à ces projections ?

On a utilisé une méthodologie appelée SSP, qui établit des scénarios en recoupant des modèles socio-économiques. Elle nous a permis d’aboutir à plusieurs trajectoires démographiques, socio-économiques, climatiques et technologiques. Par exemple, en ce qui concerne les populations, on s’est appuyés sur différents critères, notamment l’espérance de vie, les taux de fertilité, etc.

Chaque scénario comprend des hypothèses telles que le développement économique, la croissance démographique, les progrès technologiques et les émissions de gaz à effet de serre. Ces facteurs sont au cœur de la manière dont les SSP permettent de projeter différents avenirs possibles. Il ne s’agit pas de prédictions car les scénarios explorent un éventail de futurs possibles en envisageant diverses évolutions plausibles, plutôt que d’essayer de prévoir un résultat spécifique.

“Éduquer les enfants à la crise climatique c’est leur donner les moyens de bâtir un avenir durable”
Avez-vous identifié des mesures à mettre en place dès aujourd’hui pour tenter de garantir le droit des enfants de demain ?

Oui car l’objectif de ce rapport reste de souligner l’importance dès aujourd’hui de prendre les bonnes décisions puisqu’elles vont façonner le monde de demain. On conclut donc ce travail par des recommandations. Par exemple, en ce qui concerne la transition démographique en Afrique sub-saharienne, une préparation est nécessaire: il faut investir dans l’enseignement, former dès aujourd’hui davantage d’enseignants pour ne pas être confronté à des pénuries car selon nos estimations, l’Afrique sub-saharienne aura besoin de 31 millions d’enseignants d’ici 2025 pour garantir aux enfants un accès à l’éducation.

Il est essentiel de penser aussi à la création d’emplois dans le futur pour garantir à ces enfants l’accès au travail dans des régions où la poussée démographique sera très forte. On recommande également d’accroître les systèmes de protection sociale pour absorber les chocs, de garantir l’accès aux soins de santé, de maintenir un accès équitable aux services, y compris dans les régions rurales.

Quant aux régions où la société sera vieillissante, comme en Europe, il faudra veiller à l’équité intergénérationnelle et c’est un grand défi: très concrètement, ce que ça veut dire, c’est que dans des sociétés vieillissantes où les personnes âgées constitueront un grand pourcentage de la population, il faudra néanmoins continuer à fournir des crèches, des écoles, etc. demandant des arbitrages budgétaires difficiles pour répondre de façon équitable aux besoins de toutes les générations.

Pour se préparer aux crises climatiques et environnementales à venir, au-delà des recommandations classiques et essentielles visant par exemple à réduire les émissions de gaz à effets de serre, nous recommandons d’éduquer les enfants sur ces crises. Pour que nos sociétés soient plus résilientes face au changement climatique, il faut être capable de planification. Éduquer les enfants à la crise climatique, c’est leur donner les moyens de bâtir un avenir durable en connaissance de cause.

Enfin, les nouvelles technologies méritent toute notre attention pour garantir l’égalité numérique, protéger les enfants et les aider à pleinement bénéficier des opportunités offertes par ces technologies. Leur conception doit être plus sûre. On demande à ce qu’il existe un développement éthique des technologies qui mette l’accent sur la protection des enfants, notamment leur données.

Pour plus d’informations et d’analyses sur la Senegal, suivez Africa-Press

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