Gilles de la Tourette : les Filles Plus Tardivement Diagnostiquées que les Garçons, pour quelle Raison ?

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Gilles de la Tourette : les Filles Plus Tardivement Diagnostiquées que les Garçons, pour quelle Raison ?
Gilles de la Tourette : les Filles Plus Tardivement Diagnostiquées que les Garçons, pour quelle Raison ?

Africa-Press – Senegal. Les femmes atteintes du syndrome Gilles de la Tourette sont plus tardivement diagnostiquées que les hommes, soulève une étude américaine publiée dans la revue Neurology. Et alors que les précédentes données suggèrent précisément l’inverse, cette étude trouve un score de sévérité des symptômes plus faible chez les femmes que les hommes.

Tics moteurs et verbaux, le syndrome Gilles de la Tourette est une maladie neuropsychiatrique contre laquelle il n’existe pas de traitement en dehors des thérapies cognitives et comportementales (TCC) ou d’implants cérébraux dans des cas exceptionnels et très sévères. La maladie touche surtout des garçons et est souvent associée à des troubles neuropsychiatriques tels que les troubles de l’attention avec hyperactivité (TDAH), du spectre de l’autisme (TSA), obsessionnels compulsifs (TOCs) ou des apprentissages (dyslexie, dyspraxie, etc). Elle se déclare généralement dans l’enfance, entre 6 et 8 ans, et peut se remettre spontanément en grandissant.

« On estime que la moitié des enfants atteints du syndrome de Gilles de la Tourette ont beaucoup moins de tics à l’âge adulte, un genre de rémission spontanée qui semble moins présent chez les femmes », explique le Dr Andreas Hartmann, neurologue et coordinateur du centre de référence du syndrome à l’hôpital de La Pitié-Salpêtrière (AP-HP), qui n’a pas participé à ces nouveaux travaux. Les femmes seraient donc moins touchées par la maladie, mais atteintes de formes plus sévères que les hommes.

Les femmes auraient des tics moins sévères que les hommes, une conclusion à contre-courant

Pourtant, à contre-courant de ces consensus sur la maladie, une nouvelle étude conclut à des tics de sévérité plus faible chez les patientes. Ces dernières, âgées de 23 ans en moyenne, étaient en outre 54% moins susceptibles d’avoir été diagnostiquées préalablement à l’étude que les sujets masculins, pourtant plus jeunes (18 ans en moyenne). « Nous avons analysé l’ensemble des données du Consortium international de génétique de l’Association américaine de la Tourette, composé de personnes recrutées pour des recherches en génétique sur les troubles du tic et de membres de leur famille », et ensuite diagnostiqué la présence ou l’absence de la maladie et de troubles associés, explique la Dr Marisela Dy-Hollins, neuropédiatre au Massachussets General Hospital et première autrice de l’étude. En tout, 2.403 jeunes sujets ont été inclus.

« Nous avons été surpris car ces résultats contrastaient avec la littérature existante », admet Marisela Dy-Hollins. Elle soulève plusieurs hypothèses pour l’expliquer. « Puisque les garçons atteints du syndrome de la Tourette semblent identifiés plus tôt que les filles, celles qui souffrent de tics légers risquent de ne pas être incluses dans les recherches », suppose-t-elle. De ce fait, peut-être les femmes incluses dans les études sont celles qui souffrent d’une forme plus sévère, soulève-t-elle.

Les femmes sont tardivement diagnostiquées du syndrome Gilles de la Tourette

Quant au sous-diagnostic des patientes atteintes du syndrome de Gilles de la Tourette, pourrait-il être dû à une meilleure capacité à masquer leurs symptômes, à la manière de ce que l’on observe dans le TDAH ou les TSA ? Andreas Hartmann n’est pas convaincu. « C’est possible, mais peu probable. Un tic est un tic, il se voit aussi bien sur un visage féminin que masculin. »

Marisela Dy-Hollins non plus ne pense pas que les femmes masquent mieux leurs symptômes. En revanche, les troubles associés pourraient potentiellement éclipser les tics en termes d’impact sur la qualité de vie et participer à ce retard diagnostic, propose-t-elle. Dans leur étude et conformément à ce qui était connu, les troubles les plus souvent retrouvés chez les personnes souffrant de la Tourette sont le TDAH, surtout pour les garçons/hommes, et les troubles obsessionnels compulsifs (TOCs), surtout chez les filles/femmes. « Il est possible que les TOCs et l’anxiété souvent retrouvés chez les patientes atteintes du syndrome Gilles de la Tourette soient plus gênants que la maladie. »

A l’inverse, il est également possible que les troubles neuropsychiatriques comme le TDAH et les TSA, historiquement plus associés aux garçons et dont le sous-diagnostic chez les filles est une récente prise de conscience, soient une porte d’entrée importante vers la prise en charge par les médecins. Si les parents amènent plus leurs fils consulter que leurs filles, ou que les troubles des garçons sont mieux reconnus que ceux des filles, cela peut également expliquer pourquoi ceux qui cumulent avec la maladie de la Tourette sont plus facilement diagnostiqués. « Il est possible que les enfants atteints de TDAH sont amenés à consulter un spécialiste plus tôt que les enfants souffrant de TOC ou d’anxiété, surtout si les symptômes de TOC et d’anxiété n’affectent pas l’école et la vie familiale dans la même mesure », suggère Marisela Dy-Hollins.

« De mon expérience, l’errance diagnostic est très largement due à l’idée que les tics vont passer, qu’ils font partie des 25% des enfants ayant des tics transitoires. Ce n’est souvent pas le cas lorsque les tics sont multiples et qu’ils durent plus de quelques semaines ou mois », précise Andreas Hartmann. Cependant, la persistance de tics ne doit alerter que si elle retentit significativement sur la qualité de vie. « Les délais d’attente pour les consultations sont longs et le diagnostic tardif ne porte pas préjudice à l’évolution de la maladie », rassure le neurologue.

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