Par Capucine Graby
Africa-Press – Senegal. Donald Trump a brusquement annoncé l’arrêt de l’aide américaine à presque tous les programmes étrangers, fragilisant en priorité les pays africains déjà en crise.
Notre président s’est engagé à mener une politique “America first”. La pause de toute l’assistance étrangère signifie son arrêt. » Voilà des extraits de la note qu’ont reçue les employés de l’USAID il y a quelques jours. Une note glaçante. À l’image de ses conséquences.
Quelques heures plus tôt, Elon Musk, nommé à la tête du nouveau département américain de l’Efficacité gouvernementale (DOGE), avait qualifié l’agence américaine, qui distribue l’aide américaine via des programmes et organisations partenaires, d’« organisation criminelle ». Il est « temps pour elle de mourir », avait-il lancé.
Aujourd’hui, l’aide américaine se déploie dans 150 pays sur la planète. Mais, parmi ses 10 premiers bénéficiaires, on trouve 6 pays africains.
L’Afrique, dépendante de l’aide américaine pour la survie de ses populations les plus fragiles
Par ordre de milliards d’aide au développement, l’Éthiopie se positionne en tête, suivie par le Soudan du Sud, le Nigeria, l’Ouganda, le Kenya et la République démocratique du Congo.
Pour chacun de ces six pays, l’aide américaine constitue plus de la moitié de l’assistance étrangère perçue. Selon un rapport de l’OCDE, elle représentait tout simplement un tiers de l’aide publique américaine qui a inondé le continent africain en 2022.
L’aide américaine est donc cruciale pour les populations et ce gel soudain a déjà des conséquences à très court terme sur des dizaines d’ONG qui travaillent en Afrique et ont dû stopper leurs projets du jour au lendemain. Cette annonce plonge des dizaines d’ONG dans une extrême fragilité tant elles sont dépendantes de l’USAID: Solidarité Internationale, par exemple, dépend à 36 % des aides américaines. Toutes sont en état de choc et doivent faire des choix aussi rapides que cruciaux entre leur stratégie d’action qui s’inscrit sur le long terme, par exemple travailler sur l’aide et la résilience des populations pour faire face aux catastrophes naturelles, et l’urgence.
L’Éthiopie: une des catastrophes humanitaires les plus affolantes d’Afrique
Premier pays dans la ligne de mire: l’Éthiopie. Ce pays est le deuxième pays bénéficiaire de l’aide américaine au développement. Selon ce même rapport de l’OCDE, 1,45 milliard de dollars ont été versés à l’Éthiopie en 2022.
Les États unis sont un soutien de longue date de l’Éthiopie, sans nul doute en raison de sa position stratégique sur le continent africain.
Ce n’est pas un hasard si l’USAID est aussi présente en Éthiopie: la situation y est une des plus affolantes d’Afrique: un sixième de la population éthiopienne a besoin d’une aide d’urgence, victime des conditions climatiques – avec une sécheresse historique dans la Corne de l’Afrique – mais aussi du nettoyage ethnique.
Ce pays est dans une situation économique et politique alarmante, conséquence d’une guerre civile qui s’étire depuis trois ans. Aujourd’hui, l’aide humanitaire en Éthiopie est une course contre la montre pour la survie de 20 millions d’habitants, dont des enfants qui souffrent de malnutrition.
Déjà en 2023, les aides américaines avaient été considérablement réduites, notamment dans la région du Tigré, ravagée par la guerre et la famine, car elles étaient détournées par les officiels et les militaires éthiopiens.
L’année dernière, les aides avaient progressivement repris, dans des conditions plus strictes, avec notamment un marquage des sacs de nourriture pour éviter les vols.
L’Éthiopie est aussi une terre d’accueil pour ces centaines de réfugiés qui fuient la guerre au Soudan. Depuis le 15 avril 2023, le conflit entre deux généraux a généré la quatrième guerre civile de l’histoire du pays et jeté sur la route des millions de Soudanais, qui trouvent refuge dans les pays limitrophes.
Le Soudan du Sud, qui est d’ailleurs le deuxième pays africain à bénéficier de l’aide américaine, a vu un million de Soudanais venir gonfler ses camps de réfugiés. Dans ce pays, la situation est déjà tragique: 73 % de la population a besoin d’une aide humanitaire d’urgence. Dix ans après son indépendance, le Soudan du Sud fait face à une des plus graves crises humanitaires de son histoire, 91 % des habitants étant dépendants des aléas climatiques. S’ajoutent une violence endémique et des épidémies de choléra et de rougeole.
L’arrêt de l’aide va sans nul doute accroître la triste situation d’un des plus jeunes pays du monde, victime silencieuse du réchauffement climatique, qui doit faire face à une succession d’inondations et de sécheresses dans la quasi-indifférence internationale.
L’Ouganda, le Kenya et la RDC reçoivent à eux trois près de 3 milliards d’aides américaines. On ne peut que s’interroger sur le gel des financements vers la RDC, dont la situation politique est extrêmement préoccupante avec la récente prise de la ville stratégique de Goma par les forces armées du M23. Depuis le début de l’année, 500 000 nouveaux civils congolais ont fui leur domicile en raison des conflits, selon le Norwegian Refugee Council.
Un coup fatal à la lutte contre le sida en Afrique
La dernière victime africaine n’est pas un pays, mais une maladie: la lutte contre le sida fera les frais de ce décret de Donald Trump.
Plus de 20 millions de personnes sont aujourd’hui soignées par les traitements financés par le programme Pepfar, la plus importante initiative de lutte mondiale contre le VIH, mise en place au début des années 2000. L’Afrique est le continent le plus touché par le VIH aujourd’hui. En stoppant ces aides et ces traitements, des milliers de personnes ne pourront plus être soignées.
Tout va si vite: en Afrique du Sud, qui compte la plus importante population séropositive au monde, depuis la semaine dernière, les patients ne peuvent plus se faire soigner. Un drame pour les milliers d’orphelins de ce pays, conséquence de la vague mortelle du milieu des années 2000.
Ce gel de l’aide américaine est une déflagration pour le continent africain, sa fragilité humanitaire mais aussi sa délicate stabilité économique et politique. C’est aussi un drame pour tous les civils qui sont en première ligne, victimes silencieuses des guerres et confits armés dont ils sont les otages, des aléas climatiques dont ils paient les conséquences sans en être les acteurs.
Mais c’est une annonce délétère pour les États-Unis, dont les programmes humanitaires leur conféraient influence et crédibilité.
Source: lepoint
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