L’Avenir des Relations Franco-sénégalaises AprèS le Départ des Bases

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L’Avenir des Relations Franco-sénégalaises AprèS le Départ des Bases
L’Avenir des Relations Franco-sénégalaises AprèS le Départ des Bases

Africa-Press – Senegal. Après l’annonce de l’ambassade de France à Dakar, vendredi dernier, indiquant que les forces françaises au Sénégal ont remis deux casernes militaires aux autorités sénégalaises, marquant ainsi la première étape du retrait militaire après cinq décennies de présence officielle, les relations entre les deux pays entrent dans une nouvelle phase axée sur la souveraineté et l’intégrité territoriale.

Selon l’ambassade, les deux casernes remises sont situées dans les quartiers Maréchal et Saint-Exupéry, en périphérie de Dakar.

Les logements et infrastructures militaires associées sont désormais sous l’autorité du gouvernement sénégalais.

D’ici la fin de l’année, trois autres casernes seront également transférées à l’armée sénégalaise.

Le 12 février, Paris et Dakar ont annoncé la création d’une commission conjointe pour organiser le retrait des forces françaises et la restitution des infrastructures militaires.

Le 28 février, cette commission s’est réunie en présence du général Abdou Latif Kamara, directeur de l’Institut de défense du Sénégal, et du général Yves Aunier, commandant des forces françaises au Sénégal.

Le commandement des forces spéciales françaises a également informé le personnel sénégalais que leurs contrats prendraient fin en juillet 2025.

Les installations militaires de Dakar emploient 162 personnes directement et collaborent avec 500 autres via des entreprises sous-traitantes.

À la fin de 2024, le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye avait affirmé que la présence de bases étrangères était incompatible avec la souveraineté nationale, confirmant que les troupes françaises quitteraient le pays.

Une influence française en déclin en Afrique

Le retrait des forces françaises du Sénégal s’inscrit dans un contexte de diminution du rôle de Paris en Afrique, notamment après son expulsion du Mali, du Burkina Faso et du Niger.

Récemment, la France a également commencé à évacuer ses bases militaires du Tchad et de la Côte d’Ivoire, à la suite des décisions de ces pays de rompre la coopération militaire et de renforcer leur souveraineté nationale.

Historique de la coopération militaire

La présence militaire française au Sénégal remonte à l’époque coloniale, Dakar ayant servi de base stratégique pour la France en Afrique de l’Ouest, facilitant son contrôle sur le Mali, la Mauritanie et d’autres pays de la région.

Après l’indépendance et l’établissement de l’État sénégalais en 1960, une convention de défense a été signée entre les deux pays, permettant à la France de maintenir des bases militaires sur le territoire sénégalais.

Quatorze ans plus tard, en 1974, Dakar et Paris ont révisé cet accord et négocié un nouveau cadre de coopération militaire.

Le 1er juillet 1974, une nouvelle convention militaire a été signée, autorisant l’établissement de bases françaises au Sénégal pour renforcer le dispositif militaire de la France en Afrique de l’Ouest.

Avec l’arrivée au pouvoir de Abdoulaye Wade (2000-2012), ce dernier a exigé le départ des troupes françaises du Sénégal.

Paris a tenté de le dissuader en exerçant des pressions diplomatiques, mais Wade, influencé par ses idéaux d’indépendance et de souveraineté, a maintenu sa position.

En 2010, après plusieurs années de discussions, un accord a été conclu pour réduire la présence militaire française, passant de 1 200 à 500 soldats.

Le 1er août 2011, un nouvel accord militaire a été signé, modifiant le traité de 1974 et rebaptisant les forces françaises stationnées au Sénégal sous le nom de « éléments français au Sénégal ».

Après les manifestations anti-françaises qui ont secoué Dakar en 2023, Paris a encore réduit sa présence militaire à 360 soldats.

Avec la victoire électorale de Bassirou Diomaye Faye en 2024, la décision a été prise d’achever le retrait des troupes françaises.

Quel avenir pour les relations franco-sénégalaises ?

Bien que le parti au pouvoir, Pastef, défende une rupture avec le passé colonial et l’émancipation des influences étrangères, le Sénégal est reconnu pour sa culture démocratique et son expérience en matière de gestion des relations diplomatiques.

Selon des analystes, Dakar ne cherchera pas l’affrontement avec la France, mais privilégiera un partenariat rééquilibré basé sur le respect mutuel plutôt qu’une relation de dépendance.

Cette vision est conforme aux déclarations d’Ousmane Sonko en 2019, où il affirmait ne pas être hostile à la France, mais souhaitait des relations fondées sur le respect de la souveraineté africaine.

Sur le plan économique, le Sénégal entretient des liens étroits avec la France.

Les entreprises françaises représentent 17,5 % des importations du pays, faisant de Paris son premier partenaire commercial, selon les données du ministère français des Affaires étrangères.

Dakar compte 250 entreprises françaises enregistrées, employant 30 000 personnes et représentant 40 % du stock d’investissements étrangers dans le pays.

En plus de son influence économique, la France maintient des liens étroits avec les confréries soufies, qui jouent un rôle central dans la vie politique sénégalaise.

Paris finance également de nombreux projets culturels et éducatifs et accorde des centaines de bourses universitaires aux étudiants sénégalais.

Si le président Faye a affirmé que le Sénégal restera un partenaire fiable pour toute nation respectant ses intérêts, certains observateurs anticipent une détérioration des relations, en raison d’intérêts économiques divergents.

D’un côté, Paris souhaite préserver son influence commerciale, tandis que de l’autre, le gouvernement sénégalais ambitionne de renégocier les contrats étrangers, notamment dans les secteurs du gaz et du pétrole.

Les tensions pourraient s’intensifier davantage si le Sénégal poursuit son projet de détachement du franc CFA de la Banque centrale française.

Selon une étude du Centre Sahara pour les études et la consultation, Faye ne rejoindra pas l’alliance pro-russe en Afrique, mais adoptera une politique étrangère plus indépendante, réévaluant les relations du Sénégal sans pour autant rompre complètement avec Paris.

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