La CAN, Miroir Grandeur Nature des Finances Publiques

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La CAN, Miroir Grandeur Nature des Finances Publiques
La CAN, Miroir Grandeur Nature des Finances Publiques

Africa-Press – Senegal. L’organisation de la Coupe d’Afrique des Nations, au‐delà de sa dimension sportive universellement célébrée, se présente comme un formidable laboratoire économique pour les pays hôtes. Spectacle populaire, vitrine médiatique et centre d’attraction touristique, cette compétition mobilise des ressources considérables, dont les implications budgétaires nourrissent des débats sur l’héritage réel de ces investissements publics. Entre promesses de retombées et exigences de rigueur budgétaire, la CAN se hisse au rang d’événement aussi stratégique qu’exigeant.

L’exemple du Cameroun en 2021 a offert une illustration éloquente de ce phénomène. Le gouvernement y a engagé près de 885 millions de dollars pour moderniser routes, hôtels, aéroports et construire de nouvelles enceintes sportives. Le stade d’Olembé à Yaoundé a ainsi coûté 280 millions de dollars, tandis que le Japoma de Douala représentait 240 millions supplémentaires. Ces dépenses ont certes dynamisé certains secteurs, avec une croissance marquée de l’activité touristique et hôtelière, mais elles se sont inscrites dans un contexte économique général difficile où la contribution nette au PIB national restait modeste, rappelant que l’effet d’opportunité de tels investissements peut réduire les marges pour d’autres priorités.

La Côte d’Ivoire en 2023 a, pour sa part, consacré environ 1 milliard de dollars à des travaux d’infrastructures, comprenant la construction et la rénovation de stades ainsi que des aménagements routiers autour des villes hôtes. Le tout s’est accompagné d’un impact estimé à plus de 1,5 milliard de dollars sur l’économie locale, illustrant la puissance de levier économique qu’une telle compétition peut exercer, même si la durabilité de ces retombées dépend de la capacité à réutiliser les infrastructures et à maintenir la confiance des investisseurs.

L’édition 2025 au Maroc, en cours actuellement, confirme l’ampleur croissante de ces engagements. Les projections locales tablent sur des retombées économiques comprises entre 4,5 et 12 milliards de dirhams grâce à l’afflux de visiteurs, aux dépenses d’hébergement, de restauration et de transport, ainsi qu’à la montée en charge des services annexes. Cette fourchette traduit la volonté d’exploiter la compétition comme un catalyseur de croissance, tout en tirant parti des investissements en infrastructures et de l’exposition internationale accrue du pays hôte. Mais elle souligne aussi que la contribution nette au PIB reste incertaine et que la transparence budgétaire demeure une condition essentielle pour crédibiliser ces projections.

Parallèlement, la Confédération africaine de football a significativement relevé les primes versées aux équipes participantes. Le vainqueur de la CAN 2025 verra sa récompense portée à 10 millions de dollars, contre 7 millions en 2023 et 5 millions en 2021, marquant une envolée de la valeur allouée aux performances sportives et illustrant le poids financier grandissant de la compétition.

Pour les États, ces engagements représentent un choix politique complexe. D’un côté, les investissements permettent de moderniser des infrastructures parfois vétustes, d’attirer des capitaux et de stimuler des secteurs économiques variés. De l’autre, ils pèsent sur les finances publiques à court terme et nécessitent d’être intégrés à des stratégies de développement durable afin d’éviter que des installations coûteuses ne deviennent des « actifs dormants » une fois la ferveur de la compétition retombée. La question de la crédibilité internationale s’ajoute à ce dilemme, car la transparence sur les coûts et les retombées est indispensable pour maintenir la confiance des bailleurs et des marchés.

La question de l’héritage économique demeure centrale. Au‐delà des stades flambant neufs et des routes rénovées, c’est la capacité des économies hôtes à convertir l’attention continentale en bénéfices durables qui conditionne l’équilibre entre dépenses engagées et gains à long terme. Dans un contexte où certaines administrations privilégient la transparence budgétaire tandis que d’autres restent plus opaques sur les coûts réels engagés, l’organisation de la CAN se révèle autant un exercice de gestion financière que de grande célébration sportive.

C’est dans cette tension entre ambition et discipline que la Coupe d’Afrique des Nations se présente comme un révélateur économique puissant, un événement qui, à chaque édition, met à l’épreuve la capacité des États africains à conjuguer rayonnement international, rigueur des finances publiques et durabilité des retombées.

La CAN agit comme un test de gouvernance: la qualité de l’héritage dépendra de la planification post-événement, de la réutilisation des infrastructures et de la transparence des coûts.

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