Africa-Press – Senegal. Dans sa première interview approfondie depuis plus d’un an, le président sénégalais Bassérou Diomai Faye a pris la parole samedi soir depuis le palais présidentiel via des chaînes de télévision locales. Lors de cette interview de plus de deux heures, il a mis en garde contre les conséquences de la crise géopolitique sur le pouvoir d’achat des Sénégalais, redéfinissant ainsi les contours de sa relation avec son Premier ministre, Ousmane Sonko, et justifiant la réserve de son pays concernant la candidature de son prédécesseur, Macky Sall, au poste de secrétaire général des Nations Unies.
Des temps difficiles à venir
L’un des points saillants du discours du président était un avertissement clair que la reprise que connaît le pays depuis deux ans, depuis qu’il a pris le pouvoir, pourrait bientôt être confrontée à un choc extérieur. Il a déclaré que le gouvernement pourrait être contraint de revoir sa politique des prix, avertissant: « Si la situation mondiale persiste, nous serons obligés d’augmenter les prix. » Le président a identifié la source de cette inquiétude dans les tensions géopolitiques internationales, notamment celles liées à la guerre en Iran, qu’il considère comme perturbant les chaînes d’approvisionnement, augmentant les coûts de transport et troublant les marchés de l’énergie.
Diomai Faye a reconnu les difficultés financières et l’accès limité aux marchés financiers, indiquant que la dette intérieure approche 600 milliards de francs africains (environ un milliard de dollars) et que l’État recourt à des emprunts limités pour régler les arriérés. Ces avertissements interviennent également après la suspension du programme du Fonds monétaire international. Le président a cherché à apaiser les inquiétudes à cet égard, affirmant qu’il n’y a pas de rupture avec l’institution financière internationale et que des discussions sont en cours pour un nouveau programme qui s’aligne avec la vision de son gouvernement. Ce discours a été décrit par une source locale comme une tentative de « renforcer un discours de rigueur et de transparence », mettant en avant la capacité de l’État à résister malgré un lourd héritage financier et un ralentissement dans le secteur de la construction et des travaux publics.
Il convient de rappeler que Diomai Faye avait déjà averti dans son discours à la nation le 3 avril dernier que la guerre en Iran et les tensions au Moyen-Orient perturbent les chaînes d’approvisionnement et augmentent les coûts de transport et les prix de l’énergie, un point qu’il a réitéré samedi de manière plus aiguë, rappelant aux Sénégalais que la stabilité des prix, qu’il présente comme un accomplissement, pourrait ne pas durer longtemps face à une crise internationale croissante.
Une relation conditionnelle avec Sonko
Dans l’une des parties les plus sensibles de l’interview, le président a redéfini les contours de sa relation avec son Premier ministre et compagnon de la création du parti PASTEF. Il a établi trois niveaux pour cette relation: institutionnelle, humaine, fondée sur une amitié de près de 15 ans, et politique. Une source locale a rapporté que Diomai Faye a confirmé que Sonko reste en poste tant qu’il bénéficie de sa confiance, et que l’intérêt du Sénégal prime sur toute considération partisane si la satisfaction quant à sa performance venait à faire défaut.
Une autre source a noté que le discours du président reflétait une tension croissante au sein du parti au pouvoir, Diomai Faye avertissant que PASTEF pourrait sombrer dans l’effondrement à moins de redresser son cap, considérant que le parti s’est trop centré sur le Premier ministre. Il a exprimé son mécontentement face à l’adoption par le groupe parlementaire de son parti d’amendements à la loi électorale de manière urgente la semaine dernière, permettant à Sonko de se présenter.
Cela s’inscrit dans un contexte décrit par une source locale comme une « normalisation du conflit » entre les deux hommes, après que Sonko ait précédemment menacé en mars dernier de retirer son parti du gouvernement si le projet déviait de son cours. Une partie de cette tension, selon la même source, est attribuée à des divergences sur la gestion de la dette publique, le président montrant une flexibilité envers le Fonds monétaire international que le Premier ministre refuse.
La candidature de Macky Sall aux Nations Unies
Diomai Faye a également précisé que la candidature de son prédécesseur Macky Sall au poste de secrétaire général des Nations Unies ne lui avait pas été communiquée par les voies officielles sénégalaises, mais qu’il en avait eu connaissance par quatre présidents africains avant de découvrir que le Burundi avait officiellement soutenu la candidature. Une source locale a rapporté que le président a évoqué les pressions exercées sur lui avant le 39e sommet de l’Union africaine à Addis-Abeba, à la mi-février dernier, pour obtenir un soutien.
Diomai Faye a justifié la position de neutralité de son pays en affirmant que Sall ne l’avait pas informé personnellement et s’était contenté d’envoyer un émissaire, contrairement à l’ancien ministre Amadou Hott, qui avait suivi le protocole lors de sa candidature à la présidence de la Banque africaine de développement et avait été soutenu par l’État. Il a souligné que le Sénégal ne cherchera pas à faire échouer la candidature, mais qu’il ne la soutiendra pas après avoir été confronté à la réalité.





