Cirrhose : la Chirurgie Bariatrique Influence Son Évolution

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Cirrhose : la Chirurgie Bariatrique Influence Son Évolution
Cirrhose : la Chirurgie Bariatrique Influence Son Évolution

Africa-Press – Senegal. En France, on estime que 8 millions de personnes auraient un foie trop gras. Et parmi eux, 12%, soit environ 900.000 personnes, souffriraient d’une stéatose hépatique non alcoolique ou MASH (anciennement NASH). En cause, une mauvaise alimentation et un manque d’activité physique qui peuvent à terme dégénérer en cirrhose – même si le patient ne boit pas d’alcool -, voire en cancer. À partir de la cirrhose, différents symptômes peuvent apparaître: écoulement de liquide dans l’abdomen (ascite), désorientation, perte de contrôle des sphincters, incapacité à s’exprimer…

Une étude de la Clinique de Cleveland (Etats-Unis) montre que la chirurgie bariatrique, qui consiste à induire une importante perte de poids, a considérablement réduit le risque de développer de graves complications pour les patients souffrant d’obésité et de cirrhose liée à la NASH. “La chirurgie bariatrique a été associée à un risque 72 % plus faible de développer des complications graves de cette maladie hépatique », appuie le Docteur Ali Aminian, premier auteur de l’étude. Ces résultats ont été publiés dans la revue Nature Medecine.

Les défis de la MASH, dite maladie du foie gras

La prise en charge des personnes atteintes d’une MASH est encore difficile. D’abord, le dépistage de cette maladie silencieuse est insuffisant: « 90% des malades ne sont pas diagnostiqués », déplorait Lawrence Serfaty en janvier 2023. À cela s’ajoute une nouvelle découverte majeure: la maladie du foie gras est double. Il y a quelques jours, une étude a identifié deux sous-types de la MASH, une forme génétique et l’autre métabolique. Si au microscope les foies semblent identiques, les causes de cette maladie peuvent en revanche être très différentes. Ces révélations mettent en évidence la nécessité d’une prise en charge adaptée, en fonction du sous-groupe auquel appartiennent les patients.

Mais les pistes thérapeutiques sont justement très limitées, et dépendent beaucoup de la présence ou non d’un diabète de type 2, et d’obésité. Dans ces cas-là, les mesures hygiéno-diététiques constituent un traitement efficace, associée à des médicaments contre l’obésité ou parfois à de la chirurgie bariatrique. Toutefois, à l’aune des nouveaux résultats concernant les deux sous-types de maladie, les chercheurs se rendent compte que cette prise en charge est surtout pertinente dans le cas d’une MASH au profil « métabolique »: lorsque le foie souffre d’un trop-plein de sucre ou de graisse liés à un diabète ou une obésité.

Il arrive donc dans certains cas que la maladie dégénère en fibrose, le foie durcit, voire même en cirrhose, dont les conséquences peuvent être fatales. Les scientifiques de la clinique de Cleveland mettent en avant les bénéfices de la chirurgie bariatrique dans l’évolution de la cirrhose.

Une dégradation progressive du foie

Stéatose: Au-delà de 5 % de graisse dans les hépatocytes, le foie est considéré comme trop gras: il souffre de stéatose. À ce stade, les caractéristiques sont encore réversibles: le patient peut retrouver un foie sain en modifiant son alimentation.

Nash: On parle de Nash quand l’excès de graisse (stéatose) engendre des lésions du foie, créant une inflammation. Les cellules hépatiques sont aussi plus gonflées que dans un foie sain. Peu à peu, le foie se durcit et évolue vers une fibrose.

Fibrose: S’ajoute à l’excès de graisse et à l’inflammation, l’épaississement du tissu conjonctif fibreux du foie. Plus le foie est dur, plus la fibrose est avancée.

Cirrhose: Les cellules saines ne peuvent plus fonctionner correctement et sont détruites. Les premiers symptômes graves apparaissent. La maladie peut aussi évoluer vers un cancer.

La chirurgie bariatrique influence l’évolution de la cirrhose

« Les patients atteints d’une cirrhose liée à la MASH ont des options thérapeutiques extrêmement limitées », déclare le docteur Sobia Laique dans un communiqué de presse. « Il y a un besoin critique de développement de thérapies efficaces pour ces personnes.” Dans une nouvelle étude, l’équipe d’Ali Aminian et Sobia Laique s’est interrogée sur l’incidence de la chirurgie bariatrique dans la cirrhose. Les chercheurs ont suivi pendant 15 ans plus de 160 patients atteints d’obésité et de cirrhose liée à la MASH. Près de la moitié d’entre eux ont subi une intervention visant à réduire leur poids. Résultat: seuls 20% des patients ayant eu recours à la chirurgie bariatrique ont développé l’une des principales complications des maladies du foie, notamment un cancer, et le décès. Contre 46% dans le second groupe.

Ces opérations ont notamment impacté le risque que la cirrhose passe à un stade plus grave. En effet, on distingue deux états dans la cirrhose: compensée et décompensée. « Au stade compensé, malgré la présence de lésions considérables, le foie conserve une fonction résiduelle suffisante pour répondre aux besoins de l’organisme et les patients peuvent paraître relativement en bonne santé », soulignent les chercheurs. En revanche, au stade décompensé, le foie est dépassé, des complications graves surviennent et la transplantation hépatique devient essentielle à la survie du patient.

Après quinze ans, les scientifiques ont observé que 15,6% des patients du groupe chirurgical et 30,7 % des patients du groupe non chirurgical sont passés d’une cirrhose compensée à un stade décompensé. « Actuellement, l’adoption d’habitudes de vie plus saines est la seule recommandation thérapeutique pour la cirrhose compensée liée à la MASH. Cependant, les changements de mode de vie à eux seuls permettent rarement la perte de poids et les changements métaboliques nécessaires pour réduire le risque de complications hépatiques dans cette population de patients », concluent-ils. « Cette étude montre que la chirurgie bariatrique est une piste efficace qui peut influencer l’évolution de la cirrhose. »

Scientifiques et patients attendent désormais les résultats d’autres études sur la nouvelle génération de médicaments anti-obésité qui pourraient aussi montrer des avantages similaires. Dans tous les cas, la prise en charge doit inclure un mode de vie basé sur des habitudes saines (repas équilibrés et activité physique régulière) pour que les bénéfices soient durables.

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