Idriss Déby Itno: Président Rapidement Oublié

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Idriss Déby Itno: Président Rapidement Oublié
Idriss Déby Itno: Président Rapidement Oublié

Africa-Press – Tchad. Le 20 avril 2026 marque le cinquième anniversaire de l’annonce, par l’armée, de la disparition du Maréchal Idriss Déby Itno, décédé des suites de blessures reçues au combat contre les rebelles du Front pour l’alternance et la concorde au Tchad (FACT). Cinq ans après cet événement qui a profondément marqué l’histoire politique du pays, le Tchad semble encore en quête de repères.

Pour le politologue Yamingué Betinbaye, ces dernières années ont été dominées par une transition politique étendue au-delà des prévisions initiales.

« Le Tchad, qui avait envisagé une transition d’une année et demie, a finalement connu une transition de près de quatre ans. Au bout de cinq ans, on observe une forme de prolongement de cette transition », analyse-t-il.

Selon lui, les grands chantiers annoncés, notamment la refondation de l’État et la réconciliation nationale, « ne sont pas totalement réalisés », laissant apparaître « peu de changements significatifs ».

L’analyste met également en lumière un paradoxe autour de la mémoire du défunt chef de l’État.

« Le Maréchal Idriss Déby Itno est le président qui a passé le plus de temps au pouvoir dans l’histoire récente du Tchad. Curieusement, il semble être le président le plus rapidement oublié dans la conscience collective », observe-t-il.

Il établit une comparaison avec Ngarta Tombalbaye, dont la disparition, survenue le 13 avril 1975, conserve une forte portée symbolique plusieurs décennies plus tard. « Un demi-siècle après, la date reste chargée de symbolisme, ce qui n’est pas le cas pour le Maréchal Idriss Déby Itno », souligne-t-il.

Sur le plan politique interne, Dr Betinbaye estime que l’héritage du Maréchal, notamment sa capacité à maintenir un consensus au sein de sa formation politique, s’est affaibli.

« Il incarnait le consensus au sein de son parti. Cet héritage semble aujourd’hui fragilisé », indique-t-il.

Il relève par ailleurs un recul de la démocratie au Tchad.

« Il reste celui qui a introduit la démocratie, mais cinq ans après son décès, on observe un recul. L’opposition peine à se faire entendre, tandis que le parti au pouvoir occupe largement l’espace politique », affirme l’analyste.

Au-delà des frontières nationales, le rayonnement du Tchad apparaît également en déclin.

« Le Tchad semble s’effacer de l’espace sous-régional et africain. En seulement cinq ans, on a l’impression que les acquis du Maréchal peinent à se maintenir », déplore-t-il.

Autre constat majeur: la perte du rôle stratégique du pays sur le plan sécuritaire. Longtemps considéré comme un acteur clé dans la lutte contre le terrorisme au Sahel, le Tchad semble aujourd’hui moins influent.

« Le Tchad n’est plus le pivot sécuritaire au Sahel. Il a perdu ce rôle », conclut Dr Betinbaye.

Cinq ans après la disparition du Maréchal Idriss Déby Itno, le pays se trouve ainsi à un tournant de son histoire. Entre héritage contesté, défis politiques persistants et repositionnement régional, le Tchad peine encore à tourner définitivement la page de cette période charnière.

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