Ce que se sont dit le ministre de la Sécurité publique et les magistrats à la réunion du jeudi

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Ce que se sont dit le ministre de la Sécurité publique et les magistrats à la réunion du jeudi
Ce que se sont dit le ministre de la Sécurité publique et les magistrats à la réunion du jeudi

Après plusieurs jours de tensions provoquées par des déclarations jugées attentatoires à l’image de la magistrature, le ministre de la Sécurité publique et de l’Immigration, Ali Ahmat Aghabache, a rencontré jeudi les syndicats des magistrats sous l’égide du ministère de la Justice. Une séquence d’apaisement politique où excuses, clarification et préservation de l’équilibre institutionnel étaient au centre des échanges.

Le pouvoir joue la carte de l’apaisement. Jeudi 27 mai, au ministère de la Justice, une rencontre qualifiée de « dialogue institutionnel » a réuni le ministre de la Sécurité publique et de l’Immigration, Ali Ahmat Aghabache, les responsables des syndicats des magistrats, en présence de la ministre de la Justice, Ndolenodji Alix Naimbaye et du président de la Cour suprême, Samir Adam.

À l’origine de cette réunion : les déclarations du ministre de la Sécurité publique, tenues lors d’échanges consacrés à l’occupation du domaine public et aux opérations de déguerpissement, qui ont suscité une vive réaction dans les rangs de la magistrature. Les syndicats y avaient vu une remise en cause de l’indépendance judiciaire et de l’image des magistrats.

Face aux représentants du Syndicat autonome des magistrats du Tchad (SYAMAT) et du Syndicat des magistrats du Tchad (SMT), Ali Ahmat Aghabache a tenu à replacer ses propos dans leur contexte. Selon le compte-rendu de la réunion, le ministre a expliqué que ses déclarations avaient été faites dans le cadre d’un débat sur les difficultés rencontrées par certaines municipalités dans l’exécution des opérations de libération des emprises publiques, notamment en raison d’ordonnances judiciaires.

Le ministre affirme surtout avoir été victime d’une déformation de ses propos, accusant des personnes « mal intentionnées » d’avoir isolé certains extraits vidéo, relayés ensuite sur les réseaux sociaux, donnant lieu à une interprétation erronée de ses déclarations.

Dans un geste d’apaisement, il a insisté n’avoir « jamais eu l’intention de dénigrer la justice » ni de remettre en cause l’institution judiciaire. Plus encore, il s’est dit prêt à corriger la formulation controversée contenue dans sa lettre d’excuses et à publier un message « clair et sincère » à l’endroit des magistrats.

En face, les représentants syndicaux n’ont pas renoncé à leurs griefs. Ils ont réaffirmé leurs inquiétudes face à des propos qu’ils estiment avoir porté atteinte à l’image et à l’indépendance de la magistrature.

Toutefois, les syndicats ont salué la démarche entreprise par le Premier ministre et le gouvernement, notamment les excuses officielles formulées et la volonté affichée de désamorcer la crise.

Un point de crispation demeure cependant : la formule utilisée par le ministre dans sa lettre d’excuses évoquant les « magistrats intègres ». Jugée ambiguë par la base syndicale, cette expression est perçue comme laissant entendre qu’il existerait, à contrario, des magistrats non intègres. Les syndicats ont demandé une clarification explicite.

Autre élément révélateur du climat de prudence : les responsables syndicaux ont indiqué disposer d’un délai de dix jours accordé par leur base pour observer l’évolution de la situation et des engagements pris, tout en maintenant l’option du dialogue.

Au-delà des explications de circonstance, cette rencontre traduit surtout une volonté politique de contenir une crise naissante entre deux institutions sensibles de l’État : l’appareil sécuritaire et le pouvoir judiciaire.

Reste désormais à savoir si les engagements pris par le ministre suffiront à convaincre la base des magistrats et à tourner définitivement la page d’une controverse devenue, en quelques jours, un test politique sur les rapports entre l’exécutif et la justice.

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