Maÿlis DUDOUET
Africa-Press – Tchad. Si le cannabis reste extrêmement populaire sur le continent, de nouvelles substances font leur apparition. Mélanges de tramadol, d’alcool et de divers produits toxiques, elles sont au cœur d’effets de « mode » aussi soudains que destructeurs.
« L’poufa » au Maroc, « kobolo » au Gabon, « kush » en Sierra Leone ou encore « volet » au Sénégal… Partout sur le continent, de nouvelles drogues émergent. Tout aussi destructrices que les substances traditionnelles – parfois beaucoup plus – elles sont souvent moins chères, et donc plus facile d’accès. Certaines sont dérivées de drogues déjà connues.
Quelles effets induisent-elles ? Qui les fabrique ? Quels sont les profils des consommateurs et quels risques prennent-ils en touchant à ces produits ultra-addictifs ? Pour comprendre, nous avons compulsé et cartographié les données disponibles sur la propagation de cet inquiétant phénomène.
Tramadol et opiacés
« Auparavant, nous avions affaire à des personnes vivant en rupture de ban avec la société. Désormais, ce sont des jeunes scolarisés dont on s’occupe », s’inquiète le Dr Onata Coulibaly. Coordinateur du Centre de prise en charge des addictions de l’association Cordon Vert, au cœur du quartier Cocody-Riviera à Abidjan, le psychologue-addictologue ivoirien est aux premières loges pour observer la propagation, depuis un peu plus de trois mois, d’une nouvelle drogue très répandue, des quartiers populaires aux boîtes de nuit des quartiers chics de la capitale économique ivoirienne.
Le « Kadhafi », un mélange de tramadol et d’alcool, est au centre de ce que le médecin n’hésite pas à qualifier d’« effet de mode» au sein de la jeunesse ivoirienne. Les jeunes hommes se lancent des défis, entre voisins ou sur les réseaux sociaux. Le but ? Atteindre un « boost d’énergie » maximal, grâce aux effets du tramadol mélangé à des boissons alcoolisées comme le Vody. Mais la « descente » est vertigineuse et les morts par overdose ne sont pas rares.
« Pour certains, c’est une manière de s’affirmer, d’être plus endurant au travail ou plus attentif à l’école. La suite est d’autant plus dure que, lors du sevrage, le patient se retrouve dans un état de faiblesse extrême, et peut dormir pendant des heures… », poursuit le Dr Onata Coulibaly. Le Kadhafi est cependant loin d’être la seule « nouvelle drogue » à faire des ravages.
Selon l’ONUDC, qui relève que 70 % des personnes traitées pour usage de drogues ont moins de 35 ans sur le continent, la moitié des quantités d’opioïdes pharmaceutiques saisies entre 2017 et 2021 dans le monde l’ont été en Afrique, en grande partie du fait du détournement de l’usage du tramadol. Pour d’autres victimes, ce sont des mélanges à base de drogues dures et de solvants qui les poussent à l’addiction.
C’est notamment le cas de L’Poufa, très en vogue au sein d’une frange de la jeunesse marocaine, qui plonge ses usagers dans des accès de colère incontrôlés. Cette « cocaïne du pauvre » inquiète tant pour ses répercutions physiques que psychologiques. Furieusement additive, elle entraîne maux de tête, nausées et vomissements. Puis ces symptômes laissent place à de l’anxiété et à des hallucinations auditives et visuelles. Jusqu’à la tachycardie et la détresse respiratoire. En Sierra Leone, c’est le « Kush » qui est à la mode, des feuilles séchées mélangées à de l’acétone qui, fumée ou injectée, prive ses usagers d’appétit, de sommeil et les rend aussi dépendants qu’instables.

Source: JeuneAfrique
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