
Africa-Press – Tchad. Les autorités soudanaises autorisent finalement l’aide humanitaire en provenance du Tchad à entrer sur leur territoire. C’est ce qu’a annoncé mardi soir Clémentine Kweta-Salami, la coordinatrice humanitaire des Nations unies au Soudan.
Depuis plusieurs jours, des discussions se tenaient entre les Nations unies et le ministère des Affaires étrangères soudanais. Finalement, les autorités de Port-Soudan ont accepté de laisser passer l’aide humanitaire venue du Tchad à destination du Darfour, par la localité de Tina. Il implique un changement d’itinéraire, mais pour les humanitaires, c’est tout de même un soulagement. Les premiers convois vers El Fasher via Tine pourraient partir dès la fin de la semaine prochaine, sous réserve d’obtenir toutes les autorisations, sur ce nouvel itinéraire, rapporte notre correspondante à N’Djaména, Carol Valade.
Depuis 15 jours, des convois à destination de cette région étaient en effet bloqués à la frontière tchadienne, car les autorités de Port-Soudan soupçonnent le Tchad de laisser passer des armes pour des Forces de soutien rapides (FSR), qui combattent l’armée soudanaise.
Les convois d’aide humanitaire venus du Soudan du Sud pourront donc rejoindre l’État du Nil Blanc par la ville de Renk, et des vols seront organisés à destination des aéroports d’El Fasher, Kadugli et El-Obeid, dans le Darfour et le Kordoffan, détaille notre correspondante à Nairobi, Gaëlle Laleix.
La coordinatrice humanitaire des Nations unies sur place assure que les contacts sont d’ores et déjà pris avec les autorités locales et les parties impliquées, afin de permettre aux convois de reprendre la route au plus vite. « Les convois sont composés de rations sèches, c’est-à-dire que ce sont du sorgho, des céréales, des légumineuses, du type des haricots, des pois et puis un peu d’huile végétale. Tout ça fait un petit paquet par personne afin de leur permettre d’avoir un minimum de repas par jour », explique quant à lui Pierre Honnorat directeur du programme alimentaire mondial au Tchad.
18 millions de Soudanais en insécurité alimentaire aigüe
Chaque minute compte. En saison des pluies, le passage des camions devient presque impossible. « Si on ne les approvisionne pas maintenant, ce sont des populations qui pourraient ne plus être servies pendant cinq mois. Donc il est très urgent d’obtenir des financements, de prépositionner ça maintenant. Et on n’a plus que deux mois pour le faire, après, c’est foutu », continue Pierre Honnorat. L’ancien corridor qui reliait Adré au Tchad, à El Geneina, côté soudanais, mais sous contrôle des RSF est maintenu fermé.
D’après le Programme alimentaire mondial (PAM), le conflit qui ravage le Soudan depuis près de onze mois risque en effet d’engendrer « la plus grande crise de la faim au monde », alerte-t-il ce mercredi 6 mars. Selon le PAM, aujourd’hui, moins de 5 % des Soudanais peuvent s’offrir un repas complet par jour, et 18 millions sont en insécurité alimentaire aigüe, dont 5 millions ont atteint le dernier palier avant la famine.
Des Soudanais qui peuvent à peine être aidées par les humanitaires, subissant entraves au déplacement et grave manque de financement, d’après le PAM. Les combats – qui ont fait des milliers de morts et huit millions de déplacés – « menacent des millions de vies, la paix et la stabilité de toute une région », a affirmé ce mercredi la patronne du PAM, Cindy McCain.
« Il y a vingt ans, le Darfour a connu la plus importante crise de la faim au monde et le monde avait uni ses efforts pour répondre, mais aujourd’hui, les Soudanais sont oubliés », a-t-elle poursuivi. Au Soudan du Sud, où 600 000 personnes se sont réfugiées pour fuir la guerre, « un enfant sur cinq dans les centres de transit à la frontière souffre de malnutrition », rapporte encore Cindy McCain. Reste donc à savoir si de l’aide humanitaire pourra de nouveau parvenir au Darfour occidental, où la situation est tout aussi dramatique.
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