Africa-Press – Tchad. À Amtiman, chef-lieu de la province du Salamat, comme dans les villages environnants, une pratique agricole exigeante en énergie et en patience gagne progressivement du terrain: la culture de la haie vive, également appelée culture de toutes les saisons.
Situé à environ cinq kilomètres de la ville, un champ de haie vive d’une superficie de six hectares illustre cette pratique. Le site est clôturé uniquement à l’aide du moringa, une plante reconnue pour ses nombreuses vertus agricoles et environnementales.
Propriétaire du champ, Mahamat Ousmane Lago, explique avoir initié cette activité il y a environ huit ans. « J’emploie plusieurs ouvriers pour différentes activités dans le champ. J’ai divisé la parcelle en trois parties: une pour les laitues, une autre pour les oignons et une troisième pour les gombos. On y trouve aussi des bananiers, manguiers, goyaviers et bien d’autres cultures », précise-t-il.
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Selon le chef de service de l’Agence nationale de développement rural (ANADER) d’Amtiman, Noubarangué Alexis, la haie vive est une technique agro-sylvo-pastorale qui consiste à planter des arbustes ou des arbres, parfois épineux, autour des champs, des jardins ou des habitations afin de les protéger contre diverses menaces. « Le choix des espèces adaptées est essentiel pour garantir l’efficacité de cette clôture naturelle », explique-t-il.
Sur le plan agronomique, cette pratique présente également de nombreux avantages. Les feuilles et branches tombées enrichissent progressivement le sol, améliorant sa fertilité et favorisant de meilleurs rendements. « Certaines espèces apportent du carbone au sol et améliorent la structure du terrain, ce qui profite directement aux cultures », souligne le technicien.
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La mise en place d’une haie vive nécessite toutefois une préparation rigoureuse: choix du terrain, amendement du sol, creusage des trous, plantation des jeunes plants et entretien régulier jusqu’à maturité. Mais l’investissement est largement compensé par les bénéfices à long terme.
Au-delà de la fertilisation des sols, la haie vive joue un rôle important dans la lutte contre la désertification, la protection des cultures contre les animaux et l’amélioration du microclimat. Elle contribue également à créer un environnement plus sain et agréable à vivre.
« Clôturer son champ par une haie vive, c’est protéger son exploitation tout en préservant l’environnement », affirme Noubarangué Alexis. Il ajoute que cette pratique peut également contribuer à réduire les conflits entre agriculteurs et éleveurs, en limitant les incursions d’animaux dans les champs, à condition de choisir des espèces répulsives comme le moringa.
Cependant, malgré ses nombreux avantages, la haie vive rencontre encore des difficultés, notamment en saison sèche, lorsque la rareté de l’eau exacerbe les tensions entre éleveurs et producteurs, surtout dans les zones où les champs ne sont pas protégés par des clôtures grillagées.
Malgré ces défis, la haie vive apparaît aujourd’hui comme une solution durable et prometteuse pour renforcer la résilience de l’agriculture locale dans la province du Salamat.
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