{"id":5604,"date":"2021-05-03T11:13:36","date_gmt":"2021-05-03T11:13:36","guid":{"rendered":"https:\/\/www.africa-press.net\/tchad\/?p=5604"},"modified":"2021-05-03T13:46:31","modified_gmt":"2021-05-03T13:46:31","slug":"achille-mbembe-les-choses-ne-peuvent-plus-continuer-comme-avant-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.africa-press.net\/tchad\/politique\/achille-mbembe-les-choses-ne-peuvent-plus-continuer-comme-avant-2","title":{"rendered":"Achille Mbembe\u00a0: \u00ab\u00a0Les choses ne peuvent plus continuer comme avant\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"color: #ff6600\"><strong><a href=\"https:\/\/www.africa-press.net\/\">Africa-Press<\/a> &#8211; <a href=\"https:\/\/www.africa-press.net\/tchad\">Tchad<\/a>. <\/strong><\/span>La derni\u00e8re actualit\u00e9 est l&rsquo;illustration parfaite que la relation entre la France et l&rsquo;Afrique est v\u00e9ritablement en zone de turbulences. Au-del\u00e0 de la d\u00e9fiance d&rsquo;une certaine frange de l&rsquo;opinion publique africaine dans des th\u00e9\u00e2tres d&rsquo;op\u00e9rations o\u00f9 l&rsquo;Hexagone est engag\u00e9, notamment dans le Sahel, il y a une forte incompr\u00e9hension \u00e0 voir la France soutenir par exemple le Conseil militaire de transition (CMT) tchadien \u00e0 la suite de la mort d&rsquo;Idriss D\u00e9by. Beaucoup estiment en effet que ce CMT a simplement fait un coup d&rsquo;\u00c9tat puisqu&rsquo;il a suspendu la Constitution et cr\u00e9\u00e9 une situation d&rsquo;exception qu&rsquo;il a qualifi\u00e9e lui-m\u00eame de \u00ab transition \u00bb. L&rsquo;explication de la n\u00e9cessit\u00e9 de maintenir une certaine \u00ab stabilit\u00e9 \u00bb du Tchad pour mieux assurer la s\u00e9curit\u00e9 dans la r\u00e9gion ne semble pas avoir fait l&rsquo;unanimit\u00e9 chez nombre d&rsquo;observateurs. Ceux-ci, ont vu l\u00e0 une nouvelle illustration de la connivence qu&rsquo;ils d\u00e9noncent r\u00e9guli\u00e8rement entre certains pouvoirs africains, fussent-ils dictatoriaux, et la France. Au nom de la realpolitik li\u00e9e \u00e0 la situation dans le Sahel, la d\u00e9mocratie et la voix des populations sont sacrifi\u00e9es, se disent beaucoup d&rsquo;Africains qui poussent leur raisonnement jusqu&rsquo;\u00e0 \u00e9mettre des doutes sur les objectifs de l&rsquo;op\u00e9ration Barkhane.<\/p>\n<p>Pourtant, au vu des derni\u00e8res d\u00e9clarations d&rsquo;Emmanuel Macron, le soutien est surtout pour \u00ab une transition pacifique et inclusive \u00bb. Et ce n&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;un exemple des points de vue divergents qui nourrissent soup\u00e7ons, m\u00e9fiance et crise de confiance entre la France et certains Africains. Dans un tel contexte, l&rsquo;analyse du Camerounais Achille Mbembe ne peut \u00eatre que la bienvenue, et ce d&rsquo;autant que le philosophe, politologue, historien, professeur \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 du Witwatersrand de Johannesburg sera aux premi\u00e8res loges de l&rsquo;\u00e9change que le pr\u00e9sident Macron entend avoir avec la soci\u00e9t\u00e9 civile africaine lors du prochain sommet Afrique-France de Montpellier. Entretien.<\/p>\n<p>Le Point Afrique : Qu&rsquo;est-ce qui peut expliquer que le pr\u00e9sident Emmanuel Macron fasse appel \u00e0 vous pour pr\u00e9parer l&rsquo;\u00e9change qu&rsquo;il entend avoir avec la soci\u00e9t\u00e9 civile lors du prochain sommet Afrique-France ?<\/p>\n<p>Achille Mbembe : Pour accompagner ce processus, j&rsquo;imagine que le pr\u00e9sident voulait quelqu&rsquo;un de cr\u00e9dible. Ni complaisant, ni obs\u00e9quieux, ni cynique. Quelqu&rsquo;un qui serait capable de dresser des constats nouveaux parce qu&rsquo;il en faut, mais aussi de passer de la critique \u00e0 des propositions, car c&rsquo;est de cela que nous avons le plus besoin en ce moment. Il ne faut pas oublier, par ailleurs, que je n&rsquo;y vais pas tout seul. J&rsquo;ai mis en place un coll\u00e8ge compos\u00e9 de femmes et d&rsquo;hommes honn\u00eates et impeccables, dont l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 et l&rsquo;ind\u00e9pendance intellectuelle ne souffrent d&rsquo;aucun doute. Ensemble, nous sommes l\u00e0 pour t\u00e9moigner d&rsquo;une urgence. Changer les rapports entre l&rsquo;Afrique et la France est une cause politique \u00e9minente pour les jeunes g\u00e9n\u00e9rations d&rsquo;Africains. Mais c&rsquo;est aussi dans l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de la France elle-m\u00eame, faute de quoi sa pr\u00e9sence en Afrique deviendra l&rsquo;une des causes d\u00e9cisives de son affaiblissement sur la sc\u00e8ne du monde.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s sa rencontre avec les \u00e9tudiants de l&rsquo;universit\u00e9 de Ouagadougou en novembre 2017, le pr\u00e9sident Macron va aller au-devant de la soci\u00e9t\u00e9 civile africaine en cette ann\u00e9e 2021. Qu&rsquo;est-ce qui peut justifier cette urgence \u00e0 \u00e9changer avec la soci\u00e9t\u00e9 civile africaine maintenant ?<\/p>\n<p>Nous sommes au bout d&rsquo;un cycle historique qui aura dur\u00e9 pr\u00e8s de 60 ans. Le pacte suppos\u00e9 r\u00e9gir les relations entre la France et ses anciennes colonies au lendemain des ind\u00e9pendances menace d\u00e9sormais la France elle-m\u00eame d&rsquo;affaiblissement et l&#8217;emp\u00eache d&rsquo;affronter les nouveaux dangers ou de saisir les nouvelles opportunit\u00e9s \u00e0 partir d&rsquo;une position de force.<\/p>\n<p>28 novembre 2017 : le pr\u00e9sident Macron \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de Ouagadougou o\u00f9 il a d\u00e9livr\u00e9 son fameux discours en direction de la jeunesse africaine.<br \/>\n\u00a9 LUDOVIC MARIN \/ AFP<\/p>\n<p>Par ailleurs, aussi bien ces nouveaux dangers que ce pacte conduisent droit au mur les pays africains qui y ont souscrit. Ils encouragent l&rsquo;\u00e9mergence et la cristallisation de pouvoirs fonci\u00e8rement pr\u00e9dateurs responsables de la fragmentation sociale, de la destruction des capacit\u00e9s et de pratiques de cruaut\u00e9 incompatibles avec l&rsquo;\u00c9tat de droit. D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 comme de l&rsquo;autre, les choses ne peuvent plus continuer comme avant. Il est urgent que l&rsquo;on change radicalement d&rsquo;objectifs, d&rsquo;approche, de grilles de lecture, de formes de pr\u00e9sence et de m\u00e9thodes d&rsquo;action.<\/p>\n<p>Qu&rsquo;est-ce qui vous pousse \u00e0 dresser ce constat ?<\/p>\n<p>J&rsquo;ai pass\u00e9 les deux derniers mois \u00e0 \u00e9couter toutes sortes de gens. Des vieux, des jeunes, des experts et des non-experts, toutes professions confondues. Une chose revient sans cesse dans la bouche des uns et des autres. Le continent est en proie \u00e0 une crise syst\u00e9mique. Celle-ci n&rsquo;est pas la cons\u00e9quence d&rsquo;un grand accident. Elle est foment\u00e9e et entretenue par des syst\u00e8mes politiques et \u00e9conomiques qui fonctionnent \u00e0 la violence, \u00e0 l&rsquo;exc\u00e8s et \u00e0 la brutalit\u00e9. \u00c0 la faveur du n\u00e9olib\u00e9ralisme, un nouveau cycle de la destruction a \u00e9t\u00e9 engag\u00e9 d\u00e8s les ann\u00e9es 1990. La destruction de l&rsquo;environnement, l&rsquo;extraction intensive des ressources naturelles, l&rsquo;accaparement et le gaspillage de colossales richesses, une dette aussi fictive qu&rsquo;insolvable en sont les manifestations. Tout cela entra\u00eene des pertes continues en vies humaines, que l&rsquo;on aurait pourtant pu \u00e9viter.<\/p>\n<p>Ce n&rsquo;est pas tout. Je suis surpris par le nombre de gens honn\u00eates et raisonnables qui accusent la France d&rsquo;\u00eatre complice de cette logique infernale. La majorit\u00e9 d&rsquo;entre eux, ce sont des jeunes qui n&rsquo;ont pas connu la colonisation. La plupart n&rsquo;ont plus qu&rsquo;une chose en t\u00eate, partir, quel que soit le prix \u00e0 payer. Ils r\u00eavent d&rsquo;une vie autre, ailleurs, peu importe o\u00f9, sauf chez eux. Ils disent que les terres, les for\u00eats, les eaux, les ressources du sol, du sous-sol et celles qui sont enfouies dans les oc\u00e9ans ont \u00e9t\u00e9 gag\u00e9es. Certains sont convaincus que ce sont leurs vies qui ont \u00e9t\u00e9 gag\u00e9es aux fins de paiement d&rsquo;insolvables dettes fictives qui ne profiteront jamais \u00e0 l&rsquo;Afrique elle-m\u00eame. Le proc\u00e8s fait contre la France ne l&rsquo;est pas tant pour la colonisation que pour ce qu&rsquo;elle continue de faire au lendemain de celle-ci. \u00c9videmment, ce proc\u00e8s est le plus virulent dans les pays dits francophones o\u00f9 un v\u00e9ritable basculement culturel est en cours et o\u00f9, gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;activisme d&rsquo;une lumpen-intelligentsia locale arc-bout\u00e9e sur les r\u00e9seaux sociaux, \u00eatre par principe contre la France est en train de rev\u00eatir les traits d&rsquo;un devoir moral.<\/p>\n<p>Vous dites qu&rsquo;\u00eatre contre la France est en train de rev\u00eatir l&rsquo;allure d&rsquo;un devoir moral. Qu&rsquo;est-ce que cela veut dire ?<\/p>\n<p>Quand une tr\u00e8s grande partie de la jeunesse d&rsquo;un pays et ses forces vives n&rsquo;ont plus qu&rsquo;une id\u00e9e en t\u00eate, s&rsquo;en aller vivre ailleurs, alors on est face \u00e0 un gigantesque d\u00e9placement culturel qu&rsquo;il faut savoir interpr\u00e9ter philosophiquement et politiquement. Chez beaucoup d&rsquo;activistes, le combat est en train de prendre une tournure politico-morale dans le sens o\u00f9 la question de la cruaut\u00e9, de l&rsquo;exc\u00e8s de brutalit\u00e9 et de la perte pourtant \u00e9vitable des vies africaines, en est d\u00e9sormais l&rsquo;enjeu principal. La colonisation a contribu\u00e9 \u00e0 la mise en place d&rsquo;un implacable syst\u00e8me du monde. La pr\u00e9servation des vies africaines et la continuit\u00e9 entre les g\u00e9n\u00e9rations \u00e9taient le dernier de ses soucis. La France est accus\u00e9e de travailler directement, et par le biais de ses relais locaux, \u00e0 la perp\u00e9tuation de ce syst\u00e8me et de ses effets de violence et de cruaut\u00e9, et c&rsquo;est la raison pour laquelle beaucoup en appellent \u00e0 sa mise au ban.<\/p>\n<p>Emmanuel Macron est-il conscient de ces d\u00e9placements culturels ?<\/p>\n<p>Comme la plupart de ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs, il a exprim\u00e9, d\u00e8s son arriv\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00c9lys\u00e9e, le d\u00e9sir de renouveler les rapports entre son pays et l&rsquo;Afrique. \u00c0 la diff\u00e9rence de ceux qui sont pass\u00e9s avant lui, il a pos\u00e9 une s\u00e9rie de gestes. On peut penser ce que l&rsquo;on veut de ces actes. Peut-\u00eatre n&rsquo;y a-t-il pas, derri\u00e8re tout cela, un plan d&rsquo;ensemble. Peut-\u00eatre tout cela manque-t-il de coh\u00e9rence intellectuelle ou m\u00eame de m\u00e9thode. Peut-\u00eatre tout cela est contrebalanc\u00e9 par d&rsquo;autres logiques et int\u00e9r\u00eats plus puissants, lesquels contrecarrent ce d\u00e9sir de renouvellement et rendent l&rsquo;exercice fondamentalement futile. On peut dire par ailleurs que ce n&rsquo;est pas assez, que la plupart de ces gestes n&rsquo;ont pas abouti \u00e0 grand-chose, que c&rsquo;est du rafistolage, qu&rsquo;il ne cherche qu&rsquo;\u00e0 gagner du temps, que cela ne va pas suffisamment loin. Ou encore que tout cela part de pr\u00e9suppos\u00e9s historiques discutables. Mais on ne peut pas dire qu&rsquo;il est rest\u00e9 les bras crois\u00e9s. Ce serait de l&rsquo;aveuglement et cela ne servirait aucune cause.<\/p>\n<p>Le sommet de Montpellier vise-t-il \u00e0 dissiper ces doutes ?<\/p>\n<p>L&rsquo;exercice en cours se situe dans le prolongement de cette volont\u00e9 de renouvellement. L&rsquo;on doit reconna\u00eetre que cette volont\u00e9 rencontre bien des obstacles de part et d&rsquo;autre, en France comme en Afrique. L&rsquo;on peut se poser la question de savoir si elle est le seul fait du prince ou si elle rencontre v\u00e9ritablement l&rsquo;adh\u00e9sion du corps politique fran\u00e7ais dans son ensemble. Par ailleurs, dans quelle mesure est-elle ob\u00e9r\u00e9e par ses propres contradictions et, c&rsquo;est vrai, il y en a plusieurs et pas des moindres. Mais au bout du compte, notre raisonnement doit \u00eatre pragmatique. Emmanuel Macron veut poser un regard neuf sur les rapports entre l&rsquo;Afrique et la France ? Nous aussi. Alors encourageons-le dans cette d\u00e9marche. Relevons le niveau du d\u00e9bat. Interpellons-le ouvertement, surtout l\u00e0 o\u00f9 ses actes contredisent ses dires.<\/p>\n<p>Et parce qu&rsquo;il n&rsquo;y arrivera pas tout seul, n&rsquo;attendons pas, les bras crois\u00e9s, que la manne tombe du ciel. Engageons-nous de notre c\u00f4t\u00e9. Apprenons \u00e0 occuper pleinement les failles et, l\u00e0 o\u00f9 cela est possible, faisons bouger les lignes. C&rsquo;est ainsi que l&rsquo;on construit un mouvement. Pas seulement par des invectives. Ce faisant, nous appuierons les forces qui, en France m\u00eame, t\u00e9moignent elles aussi d&rsquo;un profond souci pour l&rsquo;Afrique, et il en existe y compris dans l&rsquo;establishment militaire, les agences de d\u00e9veloppement, les universit\u00e9s et les milieux culturels et artistiques, voire dans certains milieux d&rsquo;affaires.<\/p>\n<p>Pourquoi apporter du soutien \u00e0 Emmanuel Macron et pas aux autres ?<\/p>\n<p>Il s&rsquo;agit de soutenir une d\u00e9marche. Cette d\u00e9marche est absente \u00e0 gauche, toutes tendances confondues. Elle est absente chez les \u00e9cologistes. Je note, par ailleurs, que personne ne se pose la question de savoir quelle serait la politique africaine de l&rsquo;extr\u00eame droite si demain, chose apparemment plausible, elle arrivait au pouvoir. J&rsquo;observe le m\u00eame vide de pens\u00e9e \u00e0 long terme du c\u00f4t\u00e9 africain, tant parmi les forces du statu quo que chez les militants anti-fran\u00e7ais autoproclam\u00e9s.<\/p>\n<p>Que r\u00e9pondez-vous \u00e0 ceux qui jugent la d\u00e9marche sans substance ?<\/p>\n<p>O\u00f9 sont leurs propositions ? C&rsquo;est facile de passer son temps, les bras crois\u00e9s, \u00e0 vilipender ceux et celles avec lesquels on n&rsquo;est pas d&rsquo;accord, \u00e0 intenter des proc\u00e8s d&rsquo;intention \u00e0 tout-va et \u00e0 jeter le soup\u00e7on sur tout et sur rien. Objectiver les attentes des jeunes g\u00e9n\u00e9rations, faire \u00e9merger des propositions, nourrir ensemble une feuille de route pour l&rsquo;avenir, il faut \u00eatre cynique pour n&rsquo;y voir aucune substance.<\/p>\n<p>Et \u00e0 ceux qui pensent que l&rsquo;on ne peut discuter avec Emmanuel Macron que si l&rsquo;on a oubli\u00e9 ses propres principes ?<\/p>\n<p>Surtout ne rien faire, rester immobile et inerte ne sont pas des principes. D\u00e9crier a priori une d\u00e9marche qui en appelle au bon sens, non plus. Il y a des questions que l&rsquo;Afrique devra r\u00e9gler toute seule, d&rsquo;elle-m\u00eame, et nous devons l&rsquo;aider \u00e0 cr\u00e9er ses propres espaces d&rsquo;autonomie afin d&rsquo;y arriver. Elle doit avoir son propre agenda et poursuivre ses int\u00e9r\u00eats propres sur la base de cet agenda. Il y a d&rsquo;autres questions qui engagent n\u00e9cessairement des acteurs externes mus par d&rsquo;autres int\u00e9r\u00eats qui ne sont pas les n\u00f4tres. Les questions communes, voire les diff\u00e9rends, nous ne pourrons les r\u00e9gler durablement qu&rsquo;en n\u00e9gociant avec eux ou, si nous en avons la puissance, en leur imposant notre volont\u00e9 propre. Dans le cas qui nous occupe ici, je ne vois aucun \u00c9tat africain qui soit capable d&rsquo;imposer sa volont\u00e9 \u00e0 la France. Il faut par cons\u00e9quent arr\u00eater de vendre des illusions \u00e0 des esprits faibles et d\u00e9velopper des formes d&rsquo;intelligence plus flexibles et plus pragmatiques.<\/p>\n<p>Quels pourraient \u00eatre les objectifs des \u00e9changes en cours : avoir des remont\u00e9es sur ce que les Africains veulent chez eux ? Sur ce qu&rsquo;ils attendent de la pr\u00e9sence fran\u00e7aise en mati\u00e8re de coop\u00e9ration publique mais aussi priv\u00e9e ? Sur les liens qu&rsquo;ils voudraient entretenir avec des acteurs publics ou priv\u00e9s en France ? Sur la mani\u00e8re de bonifier pour les deux parties la pr\u00e9sence de membres de la diaspora ?<\/p>\n<p>L&rsquo;objectif imm\u00e9diat, c&rsquo;est de faire bouger les lignes. C&rsquo;est d&rsquo;imposer dans l&rsquo;agenda politique et culturel la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;un changement en profondeur des relations entre l&rsquo;Afrique et la France, l&rsquo;Europe, et par ricochet les puissances du monde. Sur le long terme, il s&rsquo;agit de provoquer l&rsquo;histoire. Encore faut-il savoir poser les seules questions qui vaillent. Apr\u00e8s quelques si\u00e8cles d&rsquo;histoire commune, y a-t-il quoi que ce soit que nous partageons v\u00e9ritablement ? Si oui, que voulons-nous faire ensemble \u00e0 l&rsquo;avenir ? Sur la base de quelles valeurs ? Quelles propositions fortes avons-nous pour r\u00e9parer ce lien et refonder un futur commun ?<\/p>\n<p>Mais il sera difficile de se focaliser sur ces questions essentielles, ou m\u00eame sur celles que vous \u00e9voquez, si l&rsquo;on ne s&rsquo;attaque pas r\u00e9solument aux sources de la crise et, si l&rsquo;on fait semblant d&rsquo;ignorer, ce qui, v\u00e9ritablement, est en jeu. On peut continuer de parler de l&rsquo;entrepreneuriat, des start-up, de l&rsquo;innovation, du num\u00e9rique, toutes choses cruciales par ailleurs si l&rsquo;on veut cr\u00e9er des richesses. Tant que les questions essentielles ne seront pas tranch\u00e9es, bien peu, surtout parmi les jeunes g\u00e9n\u00e9rations sans travail ni avenir, pr\u00eateront l&rsquo;oreille. Il faut donc crever l&rsquo;abc\u00e8s en s&rsquo;attaquant aux n\u0153uds gordiens d&rsquo;une crise qui, on le voit bien, n&rsquo;est plus seulement politique, mais aussi morale.<\/p>\n<p>Ce sont donc les valeurs qui sont en jeu ?<\/p>\n<p>Je crois que c&rsquo;est le cas. Un nouvel esprit de d\u00e9fiance est en voie de cristallisation. Si l&rsquo;on veut d\u00e9fataliser l&rsquo;avenir, il faut revenir \u00e0 ce qu&rsquo;Emmanuel Macron appelle les fondamentaux.<\/p>\n<p>Quels sont ces fondamentaux ?<\/p>\n<p>Ce sont les valeurs, finalement. Sans elles, l&rsquo;Afrique et la France n&rsquo;ont rien \u00e0 partager, ni rien \u00e0 faire ensemble au service de l&rsquo;avenir. Faire des affaires, comme nous les ferions avec les Chinois, les Turcs, les Russes et d&rsquo;autres, n&rsquo;est pas un id\u00e9al. Je parle des valeurs, c&rsquo;est-\u00e0-dire des id\u00e9es, des choses imp\u00e9rissables comme la protection de la vie, le souci de la libert\u00e9, la d\u00e9mocratie, les droits humains fondamentaux. En l&rsquo;absence de ces valeurs, il n&rsquo;y a pas de lien digne de ce nom \u00e0 r\u00e9parer.<\/p>\n<p>La volont\u00e9 d&rsquo;Emmanuel Macron d&rsquo;\u00e9changer avec la soci\u00e9t\u00e9 civile signifie-t-elle la prise de conscience \u00e0 Paris de la mont\u00e9e du sentiment anti-fran\u00e7ais en Afrique ?<\/p>\n<p>La col\u00e8re est palpable. La ranc\u0153ur aussi, voire dans certains cas une franche hostilit\u00e9. Au risque de me r\u00e9p\u00e9ter, une partie du d\u00e9saveu trouve ses racines dans la politique de la brutalit\u00e9, le soutien \u00e0 des tyrans, des hommes cruels qui vivent par le glaive et meurent par le glaive, mais que l&rsquo;on n&rsquo;h\u00e9site pas \u00e0 c\u00e9l\u00e9brer au nom de la s\u00e9curit\u00e9 et de l&rsquo;amiti\u00e9. Cultiver des rapports d&rsquo;\u00c9tat \u00e0 \u00c9tat n&rsquo;a jamais signifi\u00e9 amadouer des tyrans tenus pour des membres d&rsquo;un cartel.<\/p>\n<p>Le pr\u00e9sident Macron en juin 2020 au sommet du G5 Sahel.<\/p>\n<p>\u00a9 LUDOVIC MARIN \/ POOL \/ AFP<\/p>\n<p>L&rsquo;autre motif de col\u00e8re, ce sont les interventions militaires \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition. Elles co\u00fbtent extr\u00eamement cher. La plupart du temps, elles ne sont soumises ni au contr\u00f4le du Parlement fran\u00e7ais, encore moins \u00e0 celui des parlements africains ou des instances r\u00e9gionales africaines. Au lieu de \u00ab civiliser \u00bb les pouvoirs, dans quelle mesure encouragent-elles le recours indiscrimin\u00e9 \u00e0 la violence dans les conflits politiques en Afrique ? Pourquoi n&rsquo;investit-on pas plut\u00f4t dans la pr\u00e9vention des conflits ? Parce que les conflits auront \u00e9t\u00e9 g\u00e9r\u00e9s en amont, il n&rsquo;y aura pas eu besoin de recourir chaque fois \u00e0 des interventions arm\u00e9es. Tout ceci passe \u00e9videmment par un soutien franc et massif \u00e0 la d\u00e9mocratisation du continent, au respect scrupuleux des dispositions constitutionnelles, \u00e0 la protection des libert\u00e9s fondamentales, \u00e0 la consolidation de contre-pouvoirs et \u00e0 la maturation de soci\u00e9t\u00e9s civiles dignes de ce nom.<\/p>\n<p>D&rsquo;apr\u00e8s vous, de quand date la mont\u00e9e du sentiment anti-fran\u00e7ais en Afrique ?<\/p>\n<p>Certains diff\u00e9rends datent de l&rsquo;\u00e9poque des luttes anticoloniales. Le rapport de Benjamin Stora ou celui de Felwine Sarr et B\u00e9n\u00e9dicte Savoy le montrent bien. Les luttes anticoloniales se sont nourries des traditions anti-imp\u00e9rialistes, ou de celles qui pr\u00e9conisaient le non-alignement, dans l&rsquo;esprit de la conf\u00e9rence de Bandoeng en 1955. On ne peut donc pas accuser les traditions anticoloniales d&rsquo;\u00eatre \u00e0 la source du sentiment anti-fran\u00e7ais. Le panafricanisme non plus, d&rsquo;autant plus qu&rsquo;en son essence, il n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 l&rsquo;\u00e9quivalent du nativisme ou de la x\u00e9nophobie.<\/p>\n<p>Le sentiment anti-fran\u00e7ais en tant que tel a commenc\u00e9 \u00e0 se cristalliser au lendemain du g\u00e9nocide des Tutsis au Rwanda. \u00c0 l&rsquo;\u00e9poque, la France \u00e9tait accus\u00e9e d&rsquo;avoir soutenu aveugl\u00e9ment un r\u00e9gime crapuleux et sanguinaire, chose que le rapport Duclert vient d&rsquo;ailleurs de confirmer. Puis, il y a eu la guerre en C\u00f4te d&rsquo;Ivoire, la d\u00e9fenestration de Laurent Gbagbo et plus tard la destruction de la Libye. Tous ces \u00e9v\u00e9nements ont suscit\u00e9 une \u00e9norme col\u00e8re en Afrique et ont \u00e9t\u00e9 des moments charni\u00e8res dans la cristallisation de sentiments qui \u00e9taient, auparavant, plus ou moins diffus. Depuis lors, ces passions ont trouv\u00e9 de nombreux autres points objectifs de fixation. C&rsquo;est le cas du franc CFA. C&rsquo;est aussi le cas des politiques antimigratoires, des traitements r\u00e9serv\u00e9s aux demandeurs de visas et aux migrants, ou des discriminations dont souffrent les diasporas en France m\u00eame.<\/p>\n<p>La tendance \u00e0 voir prioritairement le continent sous le prisme du p\u00e9ril migratoire et d\u00e9mographique n&rsquo;a pas aid\u00e9. Les attaques contre les traditions anticoloniales de pens\u00e9e issues du continent ou de sa diaspora n&rsquo;ont fait qu&rsquo;envenimer les choses alors qu&rsquo;un v\u00e9ritable dialogue intellectuel et culturel fond\u00e9 sur une langue commune aurait permis de b\u00e2tir des ponts.<\/p>\n<p>Quels r\u00f4les jouent le djihadisme, d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, et, de l&rsquo;autre, l&rsquo;activisme russe, chinois ou turc dans cette escalade ?<\/p>\n<p>Djihadisme, activisme russe, chinois ou turc se nourrissent de ces suppurations. Mais plusieurs autres facteurs rentrent aussi en jeu. Je m&rsquo;en rends de plus en plus compte, certains sont totalement irrationnels, le fruit de malentendus jamais dissip\u00e9s, voire d&rsquo;une ignorance mutuelle, de choses parfaitement invraisemblables. Est venu s&rsquo;y ajouter, depuis les ann\u00e9es 2010, tout un fond obscur, parareligieux, presque d\u00e9lirant voire hallucinatoire, qu&rsquo;amplifient volontiers les r\u00e9seaux sociaux. Une certaine lumpen-intelligentsia locale s&rsquo;active \u00e0 construire la France en bouc \u00e9missaire parfait, responsable de tous les malheurs du continent. Elle vous dira par exemple que la France soutient Boko Haram et les terroristes en sous-main, qu&rsquo;elle pille l&rsquo;or, l&rsquo;uranium et les m\u00e9taux rares du nord du Mali, et c&rsquo;est la raison pour laquelle la partition du Mali est irr\u00e9versible, qu&rsquo;elle est derri\u00e8re l&rsquo;assassinat du dernier tyran tchadien.<\/p>\n<p>Comment expliquez-vous le fait que l&rsquo;on n&rsquo;observe pas les m\u00eames r\u00e9actions du c\u00f4t\u00e9 des anciennes colonies anglaises ou portugaises ?<\/p>\n<p>Manifestement, il y a dans les attitudes vis-\u00e0-vis de la France une dimension psycho-traumatique qui explique ces ph\u00e9nom\u00e8nes de r\u00e9pulsion. On dirait qu&rsquo;une bonne part du sentiment anti-fran\u00e7ais est la cons\u00e9quence d&rsquo;exp\u00e9riences souvent personnelles de mal-traitement, de rencontres traumatiques dans les consulats lors de la demande d&rsquo;un visa, entre les mains des policiers lors d&rsquo;un contr\u00f4le au faci\u00e8s, lors d&rsquo;un refoulement aux fronti\u00e8res, au d\u00e9tour d&rsquo;une bourse refus\u00e9e, d&rsquo;une demande rejet\u00e9e, d&rsquo;une porte qui se ferme, le chapelet des petites humiliations, maints \u00e9checs. Tout cela s&rsquo;accumule, des histoires circulent, l&rsquo;avenir s&rsquo;obscurcit, des exp\u00e9riences subjectives se cristallisent, la col\u00e8re monte et, avec elle, le tourbillon des r\u00e9criminations et la recherche effr\u00e9n\u00e9e d&rsquo;un bouc \u00e9missaire.<\/p>\n<p>Mais il y a aussi des facteurs objectifs ?<\/p>\n<p>Oui, naturellement, et ce n&rsquo;est pas pour rien que les mobilisations les plus significatives au cours des derni\u00e8res ann\u00e9es portent sur le franc CFA, que lors d&rsquo;\u00e9meutes sporadiques l&rsquo;on s&rsquo;attaque aux commerces fran\u00e7ais, ou que les critiques les plus dures visent les interventions militaires et le soutien accord\u00e9 aux tyrans. Tant que ces n\u0153uds gordiens ne seront pas tranch\u00e9s, je doute profond\u00e9ment que la France ait quelque chance que ce soit d&rsquo;\u00eatre \u00e9cout\u00e9e parmi les nouvelles g\u00e9n\u00e9rations d&rsquo;Africains. On continuera de pr\u00eacher dans le d\u00e9sert si le matin on dit une chose, et le soir on en fait une autre qui contredit manifestement la premi\u00e8re.<\/p>\n<p>Trancher ces n\u0153uds gordiens ne n\u00e9cessite-t-il pas une ing\u00e9rence franche et directe dans les affaires africaines ? Comment la justifier ?<\/p>\n<p>Poser la question de cette mani\u00e8re suppose que la France est neutre. Or, ce qui lui est justement reproch\u00e9, c&rsquo;est de fouler aux pieds le principe de neutralit\u00e9. C&rsquo;est d&rsquo;agir \u00e0 sa guise en Afrique, sans contr\u00f4le aucun, \u00e0 la mani\u00e8re du chef d&rsquo;un cartel de tyrans dont elle prend syst\u00e9matiquement le parti en ratifiant immanquablement les successions de p\u00e8re en fils, les \u00e9lections truqu\u00e9es, l&#8217;embastillement des opposants, de graves violations de droits fondamentaux. L&rsquo;invitation qui lui est faite est de s&rsquo;abstenir, de devenir, sur le continent, une puissance neutre. Mais y est-elle dispos\u00e9e ? La structure de ses relations avec nombre d&rsquo;\u00c9tats francophones \u00e9tant celle d&rsquo;un cartel, une position de neutralit\u00e9 ne serait-elle pas l&rsquo;\u00e9quivalent d&rsquo;un sabordage pur et simple ? Et la nature ayant horreur du vide, qui prendrait sa place ?<\/p>\n<p>Le 23 avril 2021, aux obs\u00e8ques d&rsquo;Idriss D\u00e9by, le pr\u00e9sident fran\u00e7ais Emmanuel Macron a assur\u00e9 le chef du Comit\u00e9 militaire de transition, le g\u00e9n\u00e9ral Mahamat Idriss D\u00e9by, du soutien de la France pour la \u00ab stabilit\u00e9 \u00bb du Tchad.<br \/>\n\u00a9 CHRISTOPHE PETIT TESSON \/ POOL \/ AFP<\/p>\n<p>Et finalement, que r\u00e9pondez-vous ?<\/p>\n<p>L&rsquo;id\u00e9e de neutralit\u00e9 ne peut pas \u00eatre rejet\u00e9e d&#8217;embl\u00e9e. Elle sous-entendrait non pas un d\u00e9sengagement, mais r\u00e9trocession et mutualisation, d&rsquo;une part en direction des instances europ\u00e9ennes et, de l&rsquo;autre, en direction des institutions r\u00e9gionales africaines. Ce serait en particulier le cas pour tout ce qui concerne la s\u00e9curit\u00e9 et la monnaie. Telle est la grande n\u00e9gociation qu&rsquo;il conviendrait d&rsquo;ouvrir si l&rsquo;on veut effectivement fermer la page des 60 derni\u00e8res ann\u00e9es. Les garants dans les deux domaines r\u00e9galiens de la s\u00e9curit\u00e9 et de la monnaie, ce ne serait plus un \u00c9tat face \u00e0 une constellation de pouvoirs plus ou moins d\u00e9liquescents et plus ou moins privatis\u00e9s, mais des institutions r\u00e9gionales fortes, op\u00e9rant sur le principe d&rsquo;une souverainet\u00e9 partag\u00e9e, mutualis\u00e9e.<\/p>\n<p>Et qu&rsquo;en est-il du djihadisme dans ce contexte ?<\/p>\n<p>Ce n&rsquo;est pas une menace imaginaire. Elle est r\u00e9elle. Vous en avez qui r\u00eavent en effet de transformer une bonne partie de l&rsquo;Afrique en un \u00e9norme bourbier pour la France. Il s&rsquo;agit de l&rsquo;entra\u00eener dans les sables afin de mieux la saigner en multipliant des points de fixation sur l&rsquo;ensemble des \u00e9tendues qui vont des confins du Sahara \u00e0 ceux du Darfour, et qui regroupent le Sahel, mais aussi le bassin du lac Tchad et les territoires de l&rsquo;Oubangui-Chari. Vous en avez d&rsquo;autres qui ont commenc\u00e9 \u00e0 lorgner du c\u00f4t\u00e9 oriental. Je parle des espaces maritimes qui, partant de l&rsquo;\u00eele de La R\u00e9union, relient Madagascar et les Comores au corridor mozambicain. Dans le premier cas, les immensit\u00e9s d\u00e9sertiques sont de pr\u00e9cieux laboratoires et des lieux d&rsquo;entra\u00eenement en vue des guerres de demain. Dans le deuxi\u00e8me, la course vers l&rsquo;appropriation des fonds marins et autres \u00e9cosyst\u00e8mes c\u00f4tiers bat son plein. Il y va du contr\u00f4le d&rsquo;immenses ressources naturelles, \u00e0 l&rsquo;exemple du gaz.<\/p>\n<p>Mais quand on dit djihadisme, encore faut-il savoir de quoi l&rsquo;on parle. Le z\u00e8le islamique n&rsquo;est pas l&rsquo;unique source de conflits en Afrique. Il faut y ajouter toutes sortes de fractures et aucune n&rsquo;est accidentelle, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse des fractures li\u00e9es \u00e0 la destruction de l&rsquo;environnement, aux changements climatiques, \u00e0 l&rsquo;appauvrissement des sols ou \u00e0 la r\u00e9surgence des pand\u00e9mies. Un traitement purement guerrier de ce type de fractures et des antagonismes qu&rsquo;elles d\u00e9clenchent ne d\u00e9bouche g\u00e9n\u00e9ralement que sur le sacrifice de g\u00e9n\u00e9rations enti\u00e8res et le saccage des milieux de vie. Il faut \u00e0 tout prix emp\u00eacher que l&rsquo;arc qui va de l&rsquo;Afghanistan, et de l&rsquo;Irak, \u00e0 la Syrie en passant par le Y\u00e9men ne s&rsquo;\u00e9tende en Afrique, ou que les conflits africains soient interpr\u00e9t\u00e9s \u00e0 partir de prismes qui valent avant tout pour ces mondes. De telles guerres sont par d\u00e9finition interminables. Au lieu de favoriser l&rsquo;\u00e9mergence de soci\u00e9t\u00e9s d\u00e9mocratiques fond\u00e9es sur la libert\u00e9 et l&rsquo;innovation, elles encouragent extraction, pr\u00e9dation et trafics de toutes sortes, bref une militarisation \u00e9tendue de la vie sociale. C&rsquo;est le risque qui p\u00e8se en ce moment sur le couloir qui va du Darfour au Sahara et ses pourtours, avec l&rsquo;apparition de v\u00e9ritables march\u00e9s militaires et d&rsquo;une main-d&rsquo;\u0153uvre dont le m\u00e9tier est de produire et d&rsquo;instrumentaliser le chaos dans le but de mettre la main sur les ressources flottantes, l&rsquo;\u00e9conomie grise.<\/p>\n<p>S&rsquo;il fallait qualifier la relation entre l&rsquo;Afrique et la France aujourd&rsquo;hui, que diriez-vous ?<\/p>\n<p>Il y a un cartel en place. Sa structure est de plus en plus contest\u00e9e et instable. Il y a une prise de conscience dans certains milieux que dans sa structure et son fonctionnement actuel, le cartel affaiblit la France, et qu&rsquo;il faut passer \u00e0 un autre mode de fonctionnement. Mais il n&rsquo;y a gu\u00e8re de clart\u00e9 concernant ce que pourrait \u00eatre cet autre mode de fonctionnement. Ni la m\u00e9thode pour y parvenir, ni la feuille de route n&rsquo;existent. Je crois que depuis quelques ann\u00e9es, on marche \u00e0 t\u00e2tons, au milieu d&rsquo;innombrables contradictions. Ce faisant, on commet de nombreuses erreurs qui, momentan\u00e9ment, jouent en faveur du statu quo. Les r\u00e9formes de ce genre, il faut les faire lorsqu&rsquo;on est au fa\u00eete du pouvoir. Pas en position de faiblesse. Avec l&rsquo;extr\u00eame droite au pouvoir en France, chose tout \u00e0 fait plausible, on risque de colmater les br\u00e8ches en revenant carr\u00e9ment \u00e0 la coloniale. Mais il ne s&rsquo;agirait alors que d&rsquo;une nouvelle fuite en avant. Le syst\u00e8me est condamn\u00e9 pour de bon. Il faut en sortir.<\/p>\n<p>Qu&rsquo;est-ce qui emp\u00eache d&rsquo;en sortir ?<\/p>\n<p>Il n&rsquo;y a pas d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 une Afrique qui veut sortir du pacte colonial et, de l&rsquo;autre, une France qui refuserait le changement. Ce vieux sch\u00e9ma est p\u00e9rim\u00e9. Du c\u00f4t\u00e9 fran\u00e7ais, les rapports avec les anciennes colonies africaines sont dict\u00e9s par une combinatoire d&rsquo;int\u00e9r\u00eats port\u00e9s par les milieux militaires et du renseignement, les milieux d&rsquo;affaires, toutes sortes de courtiers et interm\u00e9diaires, une technostructure et une bureaucratie capables de frustrer les meilleures intentions. La nouveaut\u00e9, cependant, c&rsquo;est la lente prise de conscience du fait que l&rsquo;on peut faire des affaires en Afrique sans s&rsquo;encombrer du cartel. D&rsquo;ailleurs, le gros de l&rsquo;argent que fait la France sur le continent vient de plus en plus de pays comme l&rsquo;Angola, le Nigeria, l&rsquo;Afrique du Sud, et bient\u00f4t, sans doute, le Kenya ou l&rsquo;Ouganda. Nombreux sont ceux qui appellent de plus en plus \u00e0 une \u00ab d\u00e9francophonisation \u00bb des relations Afrique-France. des failles existent donc, qu&rsquo;il faut savoir occuper. Du c\u00f4t\u00e9 africain, les ma\u00eetres du statu quo ne sont pas seulement les despotes au pouvoir, mais aussi leurs sicaires et des classes renti\u00e8res qui profitent de la redistribution in\u00e9gale des pr\u00e9bendes. Des deux c\u00f4t\u00e9s, tout cela rend le changement singuli\u00e8rement compliqu\u00e9.<\/p>\n<p>L&rsquo;autre grand obstacle au changement, c&rsquo;est ce que j&rsquo;appelle la convergence entre le \u00ab militariat \u00bb et l&rsquo;entrepreneuriat. Beaucoup, en France, ne sont pas int\u00e9ress\u00e9s par la d\u00e9mocratisation du continent, les droits humains, les libert\u00e9s fondamentales. Certains sont persuad\u00e9s que ce sont des pr\u00e9occupations qui, a priori, n&rsquo;int\u00e9ressent gu\u00e8re les Africains. Ils pensent que la meilleure mani\u00e8re de retourner les choses en faveur de la France sur le continent, c&rsquo;est de continuer de pr\u00eacher l&rsquo;\u00e9vangile de l&rsquo;entrepreneuriat, de r\u00e9pandre partout le cat\u00e9chisme du d\u00e9veloppement, et surtout, de donner la prime aux questions de s\u00e9curit\u00e9. Ils oublient que dans le contexte n\u00e9olib\u00e9ral africain, entrepreneuriat et militariat vont de pair. L\u00e0 o\u00f9 le s\u00e9curitarisme l&#8217;emporte sur la libert\u00e9, l&rsquo;entrepreneuriat ne peut prosp\u00e9rer que sur fond d&rsquo;extorsion et d\u00e9pense de la force et de la brutalit\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire en d\u00e9truisant toute possibilit\u00e9 de b\u00e2tir de v\u00e9ritables soci\u00e9t\u00e9s civiles ou de contre-pouvoirs d\u00e9mocratiques.<\/p>\n<p>Au vu de l&rsquo;histoire longue du continent, quels sc\u00e9narios de sortie envisagez-vous ?<\/p>\n<p>L&rsquo;histoire du continent, surtout au cours des XVIIIe et XIXe si\u00e8cles, montre que les grands basculements internes ont g\u00e9n\u00e9ralement \u00e9t\u00e9 des r\u00e9ponses aux transformations survenues dans la relation que les soci\u00e9t\u00e9s africaines entretenaient avec le capitalisme mondial. Ces basculements se sont produits au point d&rsquo;intersection des facteurs d\u00e9mographiques et des facteurs \u00e9cologiques et sanitaires, et parfois des ph\u00e9nom\u00e8nes religieux ou parareligieux. Les luttes g\u00e9n\u00e9rationnelles ont souvent jou\u00e9 un r\u00f4le d\u00e9cisif dans les grandes transformations politiques. Les grands acteurs en ont souvent \u00e9t\u00e9 les classes commer\u00e7antes contr\u00f4lant des r\u00e9seaux marchands \u00e0 longue distance, les hommes arm\u00e9s et les propri\u00e9taires de petits capitaux culturels, tels que les proph\u00e8tes, les marabouts et autres pr\u00e9dicateurs itin\u00e9rants, les devins et les gu\u00e9risseurs. Bref, les coalitions gagnantes sont celles qui ont su tisser des parent\u00e8les \u00e9largies.<\/p>\n<p>Mais, de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, le pouvoir g\u00e9rontocratique a toujours su dompter maints soul\u00e8vements des cadets et a su les transformer en r\u00e9volutions passives. Tr\u00e8s souvent, au lieu de se soulever, les domin\u00e9s ont pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 adopter des strat\u00e9gies d&rsquo;\u00e9vitement, ou m\u00eame prendre la fuite et s&rsquo;\u00e9tablir au loin, plut\u00f4t que d&rsquo;aller vers une confrontation directe avec les dominants. Les seules exp\u00e9riences historiques de d\u00e9capitation radicale des \u00e9lites dominantes ont \u00e9t\u00e9 celles de l&rsquo;\u00c9thiopie, et, sur un mode paroxystique, celle du Rwanda. En r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, l&rsquo;involution a pris le pas sur la r\u00e9volution. L&rsquo;on n&rsquo;est pas sorti de ce sch\u00e9ma historique.<\/p>\n<p>Si le sc\u00e9nario d&rsquo;une rupture frontale est irr\u00e9aliste, qu&rsquo;en est-il des strat\u00e9gies de contournement ?<\/p>\n<p>Historiquement, la principale forme de contournement a \u00e9t\u00e9 la migration. Les politiques antimigratoires sont en train d&rsquo;\u00e9liminer cette option. La perte de cette option aurait pu \u00eatre compens\u00e9e par l&rsquo;extension des possibilit\u00e9s de mobilit\u00e9 lat\u00e9rale au sein du continent lui-m\u00eame. Mais une gestion archa\u00efque de nos fronti\u00e8res fait que le co\u00fbt des mobilit\u00e9s lat\u00e9rales est, lui aussi, de plus en plus \u00e9lev\u00e9 alors que sur le plan d\u00e9mographique, la courbe reste \u00e0 la hausse. L&rsquo;on avance donc vers d&rsquo;in\u00e9vitables collisions. D&rsquo;ici 25 \u00e0 30 ans, l&rsquo;Afrique comptera plus de deux milliards et demi d&rsquo;habitants. Cinquante ans plus tard, ce sera plus de 4 milliards et demi. Quelque chose devra c\u00e9der, et ce seront sans doute les fronti\u00e8res. En attendant, si l&rsquo;on ne cr\u00e9e pas davantage de richesses, si l&rsquo;on continue de gager les ressources naturelles contre des dettes fictives et si l&rsquo;on continue de saccager les milieux de vie, le seul d\u00e9bouch\u00e9 disponible, ce sera la force. L&rsquo;on assistera alors \u00e0 la prolif\u00e9ration de march\u00e9s r\u00e9gionaux de la violence o\u00f9 se recrutera, \u00e0 bas prix, une main-d&rsquo;\u0153uvre militaire abondante. Loin de contribuer \u00e0 la naissance d&rsquo;\u00c9tats militaires d\u00fbment constitu\u00e9s, cette prolif\u00e9ration entra\u00eenera la fragmentation accentu\u00e9e d&rsquo;entit\u00e9s d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 rong\u00e9es par la corruption et la brutalit\u00e9.<\/p>\n<p>C&rsquo;est la raison pour laquelle certains d&rsquo;entre nous sont oppos\u00e9s \u00e0 une politique africaine de la France qui donnerait la prime \u00e0 des consid\u00e9rations militaro-s\u00e9curitaires. Car si priorit\u00e9 il y a, c&rsquo;est plut\u00f4t d&rsquo;avancer vers la d\u00e9sescalade et la d\u00e9militarisation du politique et de la vie sociale et \u00e9conomique. Ceci exige que l&rsquo;on investisse massivement non pas dans des interventions \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition, mais dans la pr\u00e9vention et la gestion des conflits. Or, il n&rsquo;y a que la d\u00e9mocratisation pour y contribuer de fa\u00e7on durable. La moiti\u00e9 des ressources affect\u00e9es au militariat doivent \u00eatre allou\u00e9es \u00e0 la d\u00e9mocratisation, au renforcement des institutions de la soci\u00e9t\u00e9 civile, \u00e0 l&rsquo;\u00e9mergence de contre-pouvoirs et \u00e0 la promotion de nouvelles formes de mobilit\u00e9s r\u00e9gionales. C&rsquo;est ainsi que l&rsquo;on parviendra \u00e0 reconfigurer le champ du politique et \u00e0 cr\u00e9er une autre base sociale sur laquelle pourraient \u00e9ventuellement s&rsquo;appuyer des pouvoirs alternatifs. Un tel travail d&rsquo;ing\u00e9nierie sociale prendra au moins deux g\u00e9n\u00e9rations. Il requiert une implication structurelle des diasporas. Par contre, les interventions militaires \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition ne feront qu&rsquo;enraciner les populismes arm\u00e9s, sur fond d&rsquo;intensification de la pr\u00e9dation et de l&rsquo;extraction.<\/p>\n<p>Quelle m\u00e9thodologie comptez-vous mettre en \u0153uvre pour vous assurer qu&rsquo;aucune r\u00e9flexion, aucun th\u00e8me, aucune pr\u00e9occupation ou aspiration de la soci\u00e9t\u00e9 civile africaine ne seront oubli\u00e9s ?<\/p>\n<p>La m\u00e9thodologie est simple. Il faut \u00eatre \u00e0 l&rsquo;\u00e9coute de toutes les voix, car toutes les voix comptent. Je m&rsquo;int\u00e9resse en particulier \u00e0 toutes les voix porteuses de propositions neuves et concr\u00e8tes. Je m&rsquo;int\u00e9resse aussi \u00e0 ce que veulent les jeunes g\u00e9n\u00e9rations d&rsquo;Africains. Le pari historique, ce sont elles. Ce seront elles les v\u00e9ritables acteurs du renouvellement. Notre t\u00e2che \u00e0 nous, c&rsquo;est de les accompagner le plus honn\u00eatement possible. Ce n&rsquo;est pas de parler \u00e0 leur place. Je le r\u00e9p\u00e8te, le d\u00e9sir du pr\u00e9sident Macron lui-m\u00eame est que rien ne soit tabou.<\/p>\n<p>Avant que la soci\u00e9t\u00e9 civile ne se prononce, de votre poste d&rsquo;observation, quelles sont les questions qui vous paraissent devoir \u00eatre abord\u00e9es sur le plan politique d&rsquo;abord, \u00e9conomique ensuite, social enfin, sans compter d&rsquo;autres plans ayant trait \u00e0 des probl\u00e9matiques tourn\u00e9es vers l&rsquo;avenir de nos deux entit\u00e9s ?<\/p>\n<p>En fait, les dialogues ont d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9 dans la plupart des pays retenus pour cet exercice. Plusieurs th\u00e8mes, que beaucoup auraient consid\u00e9r\u00e9s comme trop sensibles ou hors de toute discussion, font d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 l&rsquo;objet de d\u00e9bats : les interventions militaires, l&rsquo;avenir du franc CFA, la d\u00e9mocratie, etc.. Il ne s&rsquo;agit pas seulement des th\u00e8mes r\u00e9galiens. Il s&rsquo;agit aussi du climat et de l&rsquo;environnement, de la restitution des objets d&rsquo;art, de la Francophonie, de la gouvernance des ressources naturelles, du num\u00e9rique, de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 entre hommes et femmes, etc.<\/p>\n<p>Quels sont les indices \u00e0 partir desquels vous pensez pouvoir estimer que les \u00e9changes entre le pr\u00e9sident Macron et la soci\u00e9t\u00e9 civile africaine auront \u00e9t\u00e9 fructueux ?<\/p>\n<p>Les \u00e9changes se feront sur la base de propositions concr\u00e8tes et op\u00e9rationalisables. Une feuille de route sera \u00e9labor\u00e9e. On jugera de l&rsquo;utilit\u00e9 de ces \u00e9changes au degr\u00e9 de concr\u00e9tisation de la feuille de route.<\/p>\n<p>Certaines critiques ont fus\u00e9 pour contester la pertinence de la d\u00e9marche, dans sa forme et dans son fond. D&rsquo;autres sont m\u00eame all\u00e9s jusqu&rsquo;\u00e0 vous d\u00e9nier le droit d&rsquo;accepter cette mission.<\/p>\n<p>Ce sont souvent les m\u00eames qui, la nuit tomb\u00e9e, viennent me prier de leur obtenir une invitation pour le sommet.<\/p>\n<p>Que leur dites-vous ?<\/p>\n<p>Je leur conseille d&rsquo;aller regarder un mauvais film.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Africa-Press &#8211; Tchad. La derni\u00e8re actualit\u00e9 est l&rsquo;illustration parfaite que la relation entre la France et l&rsquo;Afrique est v\u00e9ritablement en zone de turbulences. Au-del\u00e0 de la d\u00e9fiance d&rsquo;une certaine frange de l&rsquo;opinion publique africaine dans des th\u00e9\u00e2tres d&rsquo;op\u00e9rations o\u00f9 l&rsquo;Hexagone est engag\u00e9, notamment dans le Sahel, il y a une forte incompr\u00e9hension \u00e0 voir la [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":82,"featured_media":5603,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[11,2,10],"tags":[37,292,342,694,343,456,576,29],"class_list":["post-5604","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-homepage-french","category-politique","category-toutes-les-actualites","tag-africa-press","tag-africa-press-tchad","tag-afrique","tag-debats","tag-internationales","tag-politique","tag-societe","tag-tchad"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO Premium plugin v26.1 (Yoast SEO v27.0) - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-premium-wordpress\/ -->\n<title>Achille Mbembe\u00a0: \u00ab\u00a0Les choses ne peuvent plus continuer comme avant\u00a0\u00bb - tchad<\/title>\n<meta name=\"description\" content=\"La derni\u00e8re actualit\u00e9 est l&#039;illustration parfaite que la relation entre la France et l&#039;Afrique est v\u00e9ritablement en zone ...\" \/>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.africa-press.net\/tchad\/politique\/achille-mbembe-les-choses-ne-peuvent-plus-continuer-comme-avant-2\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Achille Mbembe\u00a0: \u00ab\u00a0Les choses ne peuvent plus continuer comme avant\u00a0\u00bb\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"La derni\u00e8re actualit\u00e9 est l&#039;illustration parfaite que la relation entre la France et l&#039;Afrique est v\u00e9ritablement en zone ...\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/www.africa-press.net\/tchad\/politique\/achille-mbembe-les-choses-ne-peuvent-plus-continuer-comme-avant-2\" \/>\n<meta property=\"og:site_name\" content=\"tchad\" \/>\n<meta property=\"article:published_time\" content=\"2021-05-03T11:13:36+00:00\" \/>\n<meta property=\"article:modified_time\" content=\"2021-05-03T13:46:31+00:00\" \/>\n<meta property=\"og:image\" content=\"https:\/\/static.africa-press.net\/tchad\/sites\/41\/2021\/05\/img-608fd8ac79bc1.jpg\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:width\" content=\"720\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:height\" content=\"376\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:type\" content=\"image\/jpeg\" \/>\n<meta name=\"author\" content=\"cfeditorfr\" \/>\n<meta name=\"twitter:card\" content=\"summary_large_image\" \/>\n<meta name=\"twitter:label1\" content=\"\u00c9crit par\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data1\" content=\"cfeditorfr\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:label2\" content=\"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data2\" content=\"30 minutes\" \/>\n<script type=\"application\/ld+json\" class=\"yoast-schema-graph\">{\"@context\":\"https:\/\/schema.org\",\"@graph\":[{\"@type\":\"Article\",\"@id\":\"https:\/\/www.africa-press.net\/tchad\/politique\/achille-mbembe-les-choses-ne-peuvent-plus-continuer-comme-avant-2#article\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\/\/www.africa-press.net\/tchad\/politique\/achille-mbembe-les-choses-ne-peuvent-plus-continuer-comme-avant-2\"},\"author\":{\"name\":\"cfeditorfr\",\"@id\":\"https:\/\/www.africa-press.net\/tchad\/#\/schema\/person\/2b1cf3cd81a31e3cd26889ca66d677f1\"},\"headline\":\"Achille Mbembe\u00a0: \u00ab\u00a0Les choses ne peuvent plus continuer comme avant\u00a0\u00bb\",\"datePublished\":\"2021-05-03T11:13:36+00:00\",\"dateModified\":\"2021-05-03T13:46:31+00:00\",\"mainEntityOfPage\":{\"@id\":\"https:\/\/www.africa-press.net\/tchad\/politique\/achille-mbembe-les-choses-ne-peuvent-plus-continuer-comme-avant-2\"},\"wordCount\":6448,\"commentCount\":0,\"image\":{\"@id\":\"https:\/\/www.africa-press.net\/tchad\/politique\/achille-mbembe-les-choses-ne-peuvent-plus-continuer-comme-avant-2#primaryimage\"},\"thumbnailUrl\":\"https:\/\/static.africa-press.net\/tchad\/sites\/41\/2021\/05\/img-608fd8ac79bc1.jpg\",\"keywords\":[\"Africa Press\",\"Africa Press-Tchad\",\"Afrique\",\"D\u00e9bats\",\"Internationales\",\"Politique\",\"SOCIETE\",\"Tchad\"],\"articleSection\":[\"homepage-french\",\"Politique\",\"Toutes les actualit\u00e9s\"],\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"CommentAction\",\"name\":\"Comment\",\"target\":[\"https:\/\/www.africa-press.net\/tchad\/politique\/achille-mbembe-les-choses-ne-peuvent-plus-continuer-comme-avant-2#respond\"]}]},{\"@type\":\"WebPage\",\"@id\":\"https:\/\/www.africa-press.net\/tchad\/politique\/achille-mbembe-les-choses-ne-peuvent-plus-continuer-comme-avant-2\",\"url\":\"https:\/\/www.africa-press.net\/tchad\/politique\/achille-mbembe-les-choses-ne-peuvent-plus-continuer-comme-avant-2\",\"name\":\"Achille Mbembe\u00a0: \u00ab\u00a0Les choses ne peuvent plus continuer comme avant\u00a0\u00bb - tchad\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\/\/www.africa-press.net\/tchad\/#website\"},\"primaryImageOfPage\":{\"@id\":\"https:\/\/www.africa-press.net\/tchad\/politique\/achille-mbembe-les-choses-ne-peuvent-plus-continuer-comme-avant-2#primaryimage\"},\"image\":{\"@id\":\"https:\/\/www.africa-press.net\/tchad\/politique\/achille-mbembe-les-choses-ne-peuvent-plus-continuer-comme-avant-2#primaryimage\"},\"thumbnailUrl\":\"https:\/\/static.africa-press.net\/tchad\/sites\/41\/2021\/05\/img-608fd8ac79bc1.jpg\",\"datePublished\":\"2021-05-03T11:13:36+00:00\",\"dateModified\":\"2021-05-03T13:46:31+00:00\",\"author\":{\"@id\":\"https:\/\/www.africa-press.net\/tchad\/#\/schema\/person\/2b1cf3cd81a31e3cd26889ca66d677f1\"},\"description\":\"La derni\u00e8re actualit\u00e9 est l'illustration parfaite que la relation entre la France et l'Afrique est v\u00e9ritablement en zone ...\",\"breadcrumb\":{\"@id\":\"https:\/\/www.africa-press.net\/tchad\/politique\/achille-mbembe-les-choses-ne-peuvent-plus-continuer-comme-avant-2#breadcrumb\"},\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"ReadAction\",\"target\":[\"https:\/\/www.africa-press.net\/tchad\/politique\/achille-mbembe-les-choses-ne-peuvent-plus-continuer-comme-avant-2\"]}]},{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"@id\":\"https:\/\/www.africa-press.net\/tchad\/politique\/achille-mbembe-les-choses-ne-peuvent-plus-continuer-comme-avant-2#primaryimage\",\"url\":\"https:\/\/static.africa-press.net\/tchad\/sites\/41\/2021\/05\/img-608fd8ac79bc1.jpg\",\"contentUrl\":\"https:\/\/static.africa-press.net\/tchad\/sites\/41\/2021\/05\/img-608fd8ac79bc1.jpg\",\"width\":720,\"height\":376,\"caption\":\"Achille Mbembe\u00a0: \u00ab\u00a0Les choses ne peuvent plus continuer comme avant\u00a0\u00bb\"},{\"@type\":\"BreadcrumbList\",\"@id\":\"https:\/\/www.africa-press.net\/tchad\/politique\/achille-mbembe-les-choses-ne-peuvent-plus-continuer-comme-avant-2#breadcrumb\",\"itemListElement\":[{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":1,\"name\":\"Accueil\",\"item\":\"https:\/\/www.africa-press.net\/tchad\/\"},{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":2,\"name\":\"Achille Mbembe\u00a0: \u00ab\u00a0Les choses ne peuvent plus continuer comme avant\u00a0\u00bb\"}]},{\"@type\":\"WebSite\",\"@id\":\"https:\/\/www.africa-press.net\/tchad\/#website\",\"url\":\"https:\/\/www.africa-press.net\/tchad\/\",\"name\":\"tchad\",\"description\":\"Just another Africa News Agency Sites site\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"SearchAction\",\"target\":{\"@type\":\"EntryPoint\",\"urlTemplate\":\"https:\/\/www.africa-press.net\/tchad\/?s={search_term_string}\"},\"query-input\":{\"@type\":\"PropertyValueSpecification\",\"valueRequired\":true,\"valueName\":\"search_term_string\"}}],\"inLanguage\":\"fr-FR\"},{\"@type\":\"Person\",\"@id\":\"https:\/\/www.africa-press.net\/tchad\/#\/schema\/person\/2b1cf3cd81a31e3cd26889ca66d677f1\",\"name\":\"cfeditorfr\"}]}<\/script>\n<!-- \/ Yoast SEO Premium plugin. -->","yoast_head_json":{"title":"Achille Mbembe\u00a0: \u00ab\u00a0Les choses ne peuvent plus continuer comme avant\u00a0\u00bb - tchad","description":"La derni\u00e8re actualit\u00e9 est l'illustration parfaite que la relation entre la France et l'Afrique est v\u00e9ritablement en zone ...","robots":{"index":"index","follow":"follow","max-snippet":"max-snippet:-1","max-image-preview":"max-image-preview:large","max-video-preview":"max-video-preview:-1"},"canonical":"https:\/\/www.africa-press.net\/tchad\/politique\/achille-mbembe-les-choses-ne-peuvent-plus-continuer-comme-avant-2","og_locale":"fr_FR","og_type":"article","og_title":"Achille Mbembe\u00a0: \u00ab\u00a0Les choses ne peuvent plus continuer comme avant\u00a0\u00bb","og_description":"La derni\u00e8re actualit\u00e9 est l'illustration parfaite que la relation entre la France et l'Afrique est v\u00e9ritablement en zone ...","og_url":"https:\/\/www.africa-press.net\/tchad\/politique\/achille-mbembe-les-choses-ne-peuvent-plus-continuer-comme-avant-2","og_site_name":"tchad","article_published_time":"2021-05-03T11:13:36+00:00","article_modified_time":"2021-05-03T13:46:31+00:00","og_image":[{"width":720,"height":376,"url":"https:\/\/static.africa-press.net\/tchad\/sites\/41\/2021\/05\/img-608fd8ac79bc1.jpg","type":"image\/jpeg"}],"author":"cfeditorfr","twitter_card":"summary_large_image","twitter_misc":{"\u00c9crit par":"cfeditorfr","Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e":"30 minutes"},"schema":{"@context":"https:\/\/schema.org","@graph":[{"@type":"Article","@id":"https:\/\/www.africa-press.net\/tchad\/politique\/achille-mbembe-les-choses-ne-peuvent-plus-continuer-comme-avant-2#article","isPartOf":{"@id":"https:\/\/www.africa-press.net\/tchad\/politique\/achille-mbembe-les-choses-ne-peuvent-plus-continuer-comme-avant-2"},"author":{"name":"cfeditorfr","@id":"https:\/\/www.africa-press.net\/tchad\/#\/schema\/person\/2b1cf3cd81a31e3cd26889ca66d677f1"},"headline":"Achille Mbembe\u00a0: \u00ab\u00a0Les choses ne peuvent plus continuer comme avant\u00a0\u00bb","datePublished":"2021-05-03T11:13:36+00:00","dateModified":"2021-05-03T13:46:31+00:00","mainEntityOfPage":{"@id":"https:\/\/www.africa-press.net\/tchad\/politique\/achille-mbembe-les-choses-ne-peuvent-plus-continuer-comme-avant-2"},"wordCount":6448,"commentCount":0,"image":{"@id":"https:\/\/www.africa-press.net\/tchad\/politique\/achille-mbembe-les-choses-ne-peuvent-plus-continuer-comme-avant-2#primaryimage"},"thumbnailUrl":"https:\/\/static.africa-press.net\/tchad\/sites\/41\/2021\/05\/img-608fd8ac79bc1.jpg","keywords":["Africa Press","Africa Press-Tchad","Afrique","D\u00e9bats","Internationales","Politique","SOCIETE","Tchad"],"articleSection":["homepage-french","Politique","Toutes les actualit\u00e9s"],"inLanguage":"fr-FR","potentialAction":[{"@type":"CommentAction","name":"Comment","target":["https:\/\/www.africa-press.net\/tchad\/politique\/achille-mbembe-les-choses-ne-peuvent-plus-continuer-comme-avant-2#respond"]}]},{"@type":"WebPage","@id":"https:\/\/www.africa-press.net\/tchad\/politique\/achille-mbembe-les-choses-ne-peuvent-plus-continuer-comme-avant-2","url":"https:\/\/www.africa-press.net\/tchad\/politique\/achille-mbembe-les-choses-ne-peuvent-plus-continuer-comme-avant-2","name":"Achille Mbembe\u00a0: \u00ab\u00a0Les choses ne peuvent plus continuer comme avant\u00a0\u00bb - tchad","isPartOf":{"@id":"https:\/\/www.africa-press.net\/tchad\/#website"},"primaryImageOfPage":{"@id":"https:\/\/www.africa-press.net\/tchad\/politique\/achille-mbembe-les-choses-ne-peuvent-plus-continuer-comme-avant-2#primaryimage"},"image":{"@id":"https:\/\/www.africa-press.net\/tchad\/politique\/achille-mbembe-les-choses-ne-peuvent-plus-continuer-comme-avant-2#primaryimage"},"thumbnailUrl":"https:\/\/static.africa-press.net\/tchad\/sites\/41\/2021\/05\/img-608fd8ac79bc1.jpg","datePublished":"2021-05-03T11:13:36+00:00","dateModified":"2021-05-03T13:46:31+00:00","author":{"@id":"https:\/\/www.africa-press.net\/tchad\/#\/schema\/person\/2b1cf3cd81a31e3cd26889ca66d677f1"},"description":"La derni\u00e8re actualit\u00e9 est l'illustration parfaite que la relation entre la France et l'Afrique est v\u00e9ritablement en zone ...","breadcrumb":{"@id":"https:\/\/www.africa-press.net\/tchad\/politique\/achille-mbembe-les-choses-ne-peuvent-plus-continuer-comme-avant-2#breadcrumb"},"inLanguage":"fr-FR","potentialAction":[{"@type":"ReadAction","target":["https:\/\/www.africa-press.net\/tchad\/politique\/achille-mbembe-les-choses-ne-peuvent-plus-continuer-comme-avant-2"]}]},{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"https:\/\/www.africa-press.net\/tchad\/politique\/achille-mbembe-les-choses-ne-peuvent-plus-continuer-comme-avant-2#primaryimage","url":"https:\/\/static.africa-press.net\/tchad\/sites\/41\/2021\/05\/img-608fd8ac79bc1.jpg","contentUrl":"https:\/\/static.africa-press.net\/tchad\/sites\/41\/2021\/05\/img-608fd8ac79bc1.jpg","width":720,"height":376,"caption":"Achille Mbembe\u00a0: \u00ab\u00a0Les choses ne peuvent plus continuer comme avant\u00a0\u00bb"},{"@type":"BreadcrumbList","@id":"https:\/\/www.africa-press.net\/tchad\/politique\/achille-mbembe-les-choses-ne-peuvent-plus-continuer-comme-avant-2#breadcrumb","itemListElement":[{"@type":"ListItem","position":1,"name":"Accueil","item":"https:\/\/www.africa-press.net\/tchad\/"},{"@type":"ListItem","position":2,"name":"Achille Mbembe\u00a0: \u00ab\u00a0Les choses ne peuvent plus continuer comme avant\u00a0\u00bb"}]},{"@type":"WebSite","@id":"https:\/\/www.africa-press.net\/tchad\/#website","url":"https:\/\/www.africa-press.net\/tchad\/","name":"tchad","description":"Just another Africa News Agency Sites site","potentialAction":[{"@type":"SearchAction","target":{"@type":"EntryPoint","urlTemplate":"https:\/\/www.africa-press.net\/tchad\/?s={search_term_string}"},"query-input":{"@type":"PropertyValueSpecification","valueRequired":true,"valueName":"search_term_string"}}],"inLanguage":"fr-FR"},{"@type":"Person","@id":"https:\/\/www.africa-press.net\/tchad\/#\/schema\/person\/2b1cf3cd81a31e3cd26889ca66d677f1","name":"cfeditorfr"}]}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.africa-press.net\/tchad\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5604","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.africa-press.net\/tchad\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.africa-press.net\/tchad\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.africa-press.net\/tchad\/wp-json\/wp\/v2\/users\/82"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.africa-press.net\/tchad\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5604"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.africa-press.net\/tchad\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5604\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.africa-press.net\/tchad\/wp-json\/wp\/v2\/media\/5603"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.africa-press.net\/tchad\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5604"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.africa-press.net\/tchad\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5604"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.africa-press.net\/tchad\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5604"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}