Athlètes Inquiets Pour Neige aux JO d’Hiver 2026

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Athlètes Inquiets Pour Neige aux JO d'Hiver 2026
Athlètes Inquiets Pour Neige aux JO d'Hiver 2026

Africa-Press – Togo. Du 6 au 22 février 2026, la 25e édition des Jeux Olympiques (JO) d’hiver se déroulera à Cortina d’Empezzo, station des Dolomites, et à Milan, en Italie. Les organisateurs se targuent cette fois d’avoir réussi à baisser drastiquement leurs émissions de gaz à effet de serre lors de la mise en place des compétitions. Selon le dossier remis par le comité d’organisation, ces JO vont émettre autour de 1 million de tonnes de gaz à effet de serre, soit « à peu près les émissions de 4 millions de voitures particulières à moteur thermique faisant le trajet Paris-Rome ». Pour donner une idée de leurs efforts, les organisateurs comparent avec les émissions annuelles de la Lombardie (73,5 millions de tonnes) et de la Vénétie (35,5 millions de tonnes).

Une paille donc pour le comité transalpin, d’autant que cette édition est moins émettrice que les précédentes. En 2018, l’édition coréenne de Pyeongchang avait relâché 1,6 million de tonnes et quatre ans plus tard, celle de Pékin 1,3 million de tonnes. Les jeux italiens utilisent à 90% des bâtiments existants, ce qui explique en partie la « performance » de cette édition. Mais ils mettent aussi en lumière le poids écrasant du transport des sportifs et des spectateurs. 44% des émissions proviennent de ces déplacements. C’est un poste que la pandémie de Covid-19 avait réduit à presque rien pour l’édition chinoise, qui en revanche avait fait sortir de terre quasiment la totalité des enceintes utilisées. Comme pour les JO d’été, les coupes du monde de football et de rugby, ce sont les transports aériens qui sont les plus émissifs.

Des sponsors pollueurs qui font doubler les émissions

Ces observations sont le fait d’un rapport de l’organisation Scientists for global responsability et du New weather institute, intitulé « Olympics torched » (les JO cramés) et sous-titré « Comment les Jeux Olympiques d’hiver en accueillant des pollueurs font fondre la neige dont ils dépendent ». Ces chercheurs ont traduit les émissions de gaz à effet de serre de la manifestation en neige et glace perdues. Ils ont estimé que les JO étaient responsables de la fonte de 2,3 km2 de couverture neigeuse, soit 1300 terrains de hockey sur glace. L’équation qui permet un tel calcul est expliquée à la page 20 du rapport. Mais ils ont aussi ajouté les gains économiques tirés de trois sponsors dont l’existence dépend encore étroitement des énergies fossiles: le pétrolier italien ENI, le constructeur de voiture Stellantis (et les marques locales Maserati, Lancia, Alfa Romeo et Fiat) et la compagnie nationale ITA Airways. En prenant en compte les bénéfices tirés de leur présence publicitaire, le bilan carbone augment de 1,3 million de tonnes supplémentaires. Ce sont alors 5,5 km2 de couvert neigeux qui sont perdus. Ce qui est loin d’être négligeable.

Bien qu’il ne s’agisse pas de neige mais de glace, on peut s’approcher du résultat suivant: entre 1850 et 2022, la surface des glaciers alpins est tombée de 620 km2 à 210 km2 soit 410 km2 de désenglacement qui représentent 15 fois la surface du lac d’Annecy ou 4 fois celle de Paris. Les organisateurs des JO de Cortina ont d’ailleurs annoncé qu’ils comptaient utiliser 3 millions de m3 de neige artificielle pour assurer le bon déroulé des épreuves.

Une épaisseur de neige plus faible, une saison hivernale de plus en plus courte

Sage précaution. Le temps est de moins en moins à la neige, comme le prévoient depuis maintenant 30 ans les rapports du Giec. Il s’avère que Cortina d’Empezzo a accueilli les JO une première fois en 1956. Les climatologues de Climate Central ont eu l’idée de comparer les températures au sein de cette station entre ces deux olympiades. Résultat: en 70 ans, la température du mois de février a augmenté de 3,6°C. S’appuyant sur une étude publiée en 2021 dans la revue scientifique Cryosphere sur l’épaisseur du manteau neigeux dans les Alpes entre 1971 et 2019, les auteurs rapportent que la couche de neige à Cortina d’Empezzo a perdu 15 centimètres en moyenne durant cette période. Les jours de gel enregistrés dans la station sont, eux, passés de 214 à 173 jours par an. La température moyenne de février de ces dernières années s’approche de zéro degré. Les chercheurs font remarquer qu’il sera très difficile d’avoir des conditions favorables pour le ski en mars quand arriveront les Jeux Paralympiques.

Parmi les sportifs, le malaise s’étend. Le département de géographie et de gestion de l’environnement de l’université de Waterloo (Canada) a interrogé en 2021 339 sportifs et entraîneurs de l’élite des sports d’hiver sur la pratique du leur discipline dans 21 anciens sites des JO d’hiver. Le sentiment général est une dégradation des conditions optimales et une augmentation des risques encourus. « Les athlètes s’inquiètent du futur de leur sport et expriment le besoin que le monde sportif devienne une force puissante pour inspirer et accélérer l’action climatique », concluent ces chercheurs.

Des jeux sans transports aériens?

Les auteurs du rapport « Olympics torched » espèrent visiblement une réaction des athlètes. Ils rappellent en effet l’action de Steve Podborski, un spécialiste canadien de la descente de ski alpin, premier Nord-Américain à avoir remporté la descente olympique aux Jeux de Lake Placid aux États-Unis en 1980. À cette époque, les JO d’hiver étaient sponsorisés par des marques de cigarettes. En 1983, Podborski a refusé de participer à la compétition nationale canadienne pour cette raison. Le skieur a ainsi amorcé une campagne internationale qui va déboucher en 1988 aux JO de Calgary (Canada) à un bannissement des publicités sur le tabac. En rappelant ce fait d’armes, les chercheurs espèrent une issue similaire pour les entreprises asseyant leur prospérité sur les énergies fossiles.

Les JO d’hiver 2030 seront-ils les premiers à interdire le sponsoring des entreprises polluantes? Ceux-ci se dérouleront dans les Alpes françaises. Le 19 janvier 2026, le gouvernement a annoncé la préparation d’une « feuille de route environnement pour des jeux exemplaires et durables ». Changement climatique, biodiversité, énergie, aménagement: les chapitres sont les mêmes que ceux traités par tous les lauréats aux JO d’hiver depuis 2002 et les JO de Salt Lake City qui a vu l’apparition des bilans carbone. Les équations qui permettent de relier émissions de CO2 et perte de couvert neigeux seront de nouveau utilisées. Et la responsabilité des sponsors pollueurs ne pourra plus être ignorée. C’est une question existentielle. Selon l’article paru dans la revue Cryosphère en 2021, le terrain de jeu disparaît. Entre 1971 et 2019, l’épaisseur moyenne de neige de novembre à mai dans les Alpes a diminué de 8,4% par décennie et la durée d’enneigement de 5,6% par décennie. Des JO sans neige ou des JO sans transports aériens: tel est le choix.

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