Africa-Press – Togo. Pour faire cesser « des actes parasitaires », huit comédiens de doublage français ont adressé des mises en demeure à deux sociétés américaines ayant cloné leur voix sans leur accord. C’est une action collective et inédite, signe de l’inquiétude d’une profession menacée par la déferlante de l’IA générative.
Les comédiens réclament un « doublage créé par des humains pour des humains »
Dans des courriers du 30 janvier 2026 consultés mardi 3 février 2026 par l’AFP, ces acteurs qui ont doublé des stars d’Hollywood (Julia Roberts, Richard Gere…) et des personnages d’animation (Buzz L’Eclair, Cartman…) somment Voice Dub et Fish Audio de retirer de leurs plateformes tous les « modèles de clonage exploitant (leur) voix » sous huit jours. Ils réclament également 20.000 euros de dommages et intérêts. Le litige se noue autour d’une fonctionnalité précise: la possibilité offerte par ces plateformes, moyennant paiement, de faire lire un texte avec une voix choisie dans un large catalogue, où figurent notamment celles d’Emmanuel Macron, Kylian Mbappé et de grands noms du doublage français.
Face à la menace que l’intelligence artificielle générative fait peser sur l’ensemble de la filière (studios, acteurs…), des comédiens sont récemment descendus dans la rue à Paris et ont lancé un collectif « Touche pas à ma VF » réclamant un « doublage créé par des humains pour des humains ».
Les mises en demeure pourraient être suivies d’une assignation en justice
Ce débat dépasse de loin la France. En 2023, la star américaine Scarlett Johansson avait mis au jour l’utilisation sans son consentement de sa voix par la start-up OpenAI, qui a conçu ChatGPT. La société avait alors reculé. Plus récemment, l’acteur américain Matthew McConaughey a déposé des extraits vidéo de son image et des sonores de sa voix auprès de l’Institut américain de la propriété intellectuelle pour les protéger de l’IA sauvage.
« Les acteurs sont en première ligne aujourd’hui mais demain, ce seront peut-être nos voix, nos images, celles de nos enfants qui seront diffusées et pourront être falsifiées », affirme à l’AFP l’avocat spécialisé Jonathan Elkaim, qui représente les huit comédiens de doublage français et qui attend une réponse claire des deux plateformes. Si elles restent sans réponse, les mises en demeure seront suivies d’une assignation en justice, promet l’avocat.
Selon lui, ces plateformes, même si elles sont basées aux États-Unis, ne peuvent se soustraire aux protections françaises sur le droit d’auteur et la vie privée, dont la voix est juridiquement un des éléments. « Étant donné que le contenu manifestement illicite diffusé par ces sociétés s’adresse sans aucune hésitation à un public français et que l’on peut l’acheter en France, la loi française s’applique », clame-t-il. Sollicitées, les deux sociétés visées n’ont pas réagi dans l’immédiat.





