Africa-Press – Cameroun. Depuis sa réélection à la magistrature suprême, l’on assiste à un jeu de mots dans ses discours officiels qui, en réalité, dessinent un ensemble vide.
Des discours, des promesses aux échéances indéterminées: tel est le nouveau mode de gouvernance du « Renouveau », désormais classé dans le registre des « petits mots ». Ceux qui, répétés à l’envi, finissent par révéler l’essentiel: l’absence d’action.
Depuis 2019, le pays semble suspendu à des formules devenues mécaniques. À chaque interrogation sur la marche de l’État, la réponse tient en quelques syllabes prudentes, calibrées, dénuées d’échéance réelle.
LA SUITE APRÈS LA PUBLICITÉ
Nouveau gouvernement? « Dans les prochains jours », promet-on depuis le discours du 31 décembre 2025.
La promesse flotte depuis des mois, sans date ni décret. Le provisoire s’installe, l’attente devient système.
DG et PCA des sociétés d’État? Plus de 80 % ont un mandat échu depuis des années, au regard de la loi de 2019 régissant le fonctionnement des établissements publics administratifs. Quelle est la réponse? « En préparation. »
Expression passe-partout: elle dit tout et ne dit rien. Qui prépare? Selon quels critères? Pour quelle vision stratégique? Le flou nourrit la rumeur, jamais la confiance.
Législatives et municipales? « Léger réajustement du calendrier. »
Léger, vraiment? Sans précision, le terme ressemble davantage à un report qu’à un ajustement. La démocratie ne peut vivre dans l’approximation permanente.
Réformes pour un meilleur fonctionnement de l’État? On sert un laconique « Prochainement. »
Encore ce futur indéfini. L’administration s’alourdit, les procédures s’enlisent, les citoyens patientent. Le « prochainement » devient une politique publique à part entière.
Corruption et détournements de deniers publics? L’article 66 de la Constitution, relatif à la déclaration des biens, attend son décret d’application depuis plus de deux décennies. « J’entends mener la lutte… »
L’intention est affichée, la détermination proclamée. Mais le simple décret d’application semble plus lourd qu’une montagne. Les scandales se succèdent, les enquêtes s’éternisent, les sanctions tardent. Entre volonté affirmée et résultats tangibles, l’écart persiste.
Affaire SGS / Transatlantic? « Oui », affirme un proche conseiller militaire instruisant le patron d’un département ministériel, contre « Très hautes instructions ».
Deux formules qui résument l’ambiguïté du pouvoir: affirmation officielle d’un côté, invocation d’autorités supérieures de l’autre.
Transparence proclamée, opacité entretenue.
La « Grandeur et Espérance » promises pour ce septennat s’écrivent donc au conditionnel.
Les mots précèdent les actes, et parfois les remplacent. À force de temporiser, l’exécutif donne le sentiment d’un pilotage à vue, d’une gestion prudente jusqu’à l’immobilisme.
Gouverner, ce n’est pas annoncer. Ce n’est pas différer. Ce n’est pas envelopper les décisions dans des formules rassurantes. Gouverner, c’est trancher, fixer des échéances, assumer des choix y compris impopulaires.
À défaut, le pays risque de s’habituer à cette politique de l’attente: une gouvernance au futur flou, où chaque réponse renvoie à demain. Mais à force de promettre « dans les prochains jours », c’est la crédibilité même de la parole publique qui s’érode.
Et lorsque les mots perdent leur poids, c’est la confiance qui s’effondre.





