Africa-Press – Cameroun. Caution présidentielle revue à la hausse, limitation des mandats, âge plafond à 75 ans… Notre rédaction a eu accès aux grandes lignes d’un projet qui redessinera durablement le paysage politique camerounais.
C’est un chantier institutionnel majeur qui se prépare en coulisses, loin des projecteurs officiels. Notre rédaction est en mesure de révéler les contours d’un projet de révision constitutionnelle et de réforme du code électoral actuellement en cours d’élaboration au Cameroun. Trois mesures phares se dégagent — et chacune d’elles aura des conséquences directes sur qui pourra, demain, briguer la magistrature suprême.
Première mesure: la caution exigée des candidats à l’élection présidentielle serait portée à un montant oscillant entre 100 et 150 millions de francs CFA. Un bond considérable par rapport au niveau actuel, qui réduirait mécaniquement le nombre de candidatures potentielles et placerait la barrière financière à un niveau que seuls les partis solidement structurés et bien dotés seraient en mesure de franchir. Une disposition qui, de facto, reconfigure le champ des possibles bien avant le premier tour.
Deuxième disposition, et non des moindres: le projet prévoit un retour à la limitation du nombre de mandats présidentiels, fixée à deux. Chaque mandat resterait d’une durée de sept ans. Ce retour à une norme abandonnée en 2008 — lors de la révision constitutionnelle qui avait ouvert la voie au maintien de Paul Biya au pouvoir — constituerait, en apparence, une avancée démocratique significative. Mais c’est la troisième mesure qui concentre à elle seule le plus d’enjeux politiques.
Le projet fixerait en effet à 75 ans l’âge limite pour se porter candidat à l’élection présidentielle. Une disposition présentée comme une modernisation institutionnelle, mais dont la lecture politique s’impose d’elle-même. Si elle venait à être adoptée en l’état, cette limite d’âge éliminerait juridiquement de la prochaine course présidentielle deux des figures les plus en vue de l’opposition camerounaise: Maurice Kamto, président du MRC, et Issa Tchiroma Bakary, candidat malheureux de la présidentielle d’octobre 2025, atteindraient ou dépasseraient tous deux ce seuil lors du prochain scrutin.
Derrière la technicité des chiffres et des seuils se profile une intention politique que nos sources décrivent sans ambages: ce projet de révision vise avant tout à préparer et à sécuriser une transition, en écartant par la voie juridique les adversaires les plus crédibles que le pouvoir en place a eu à affronter ces dernières années. Limiter les mandats tout en fermant la porte aux opposants historiques par l’âge: le paradoxe n’est qu’apparent. Il témoigne d’une stratégie de succession qui entend contrôler à la fois le départ et l’arrivée.
Le calendrier d’examen et de dépôt de ce projet n’est pas encore officiellement arrêté. Mais à Yaoundé, les acteurs politiques les plus avisés savent que lorsqu’une réforme constitutionnelle commence à circuler dans les cercles feutrés du pouvoir, le compte à rebours est souvent déjà enclenché.





