Africa-Press – Cameroun. Shantal Biya, épouse du président camerounais Paul Biya, n’est plus simplement une figure protocolaire accompagnant le chef de l’État lors des événements officiels. Au cours de plus de trois décennies au palais présidentiel, elle a réussi à établir un réseau de relations et d’influence au sein des cercles du pouvoir, rendant son nom présent dans les discussions concernant les nominations et les rapports de force au sein du système, surtout à l’approche d’une phase très sensible pour le Cameroun: qui succédera à Paul Biya?
L’importance de ce réseau augmente avec l’âge avancé du président et l’accroissement de ses absences sur la scène publique. Cependant, parler de l’influence de Shantal Biya nécessite une certaine prudence ; elle ne détient pas de poste constitutionnel et il n’existe pas de preuves qu’elle gère l’État de manière directe. Néanmoins, des rapports et des analyses spécialisées ont évoqué sa capacité à influencer l’entourage du président et à construire un réseau de personnalités proches au sein des institutions de l’État.
De la première dame à un centre d’influence
Lorsque Shantal Biya est entrée au palais présidentiel en 1994, son rôle était principalement protocolaire. Cependant, selon une enquête publiée par une source locale, elle a progressivement appris les règles du pouvoir au palais, passant de la position d’épouse du président à celle d’une personnalité ayant sa propre présence au sein des cercles du pouvoir. L’enquête a évoqué son influence sur certaines nominations, promotions et révocations, ainsi que sur des responsables considérés comme proches de son cercle.
L’importance de cette influence réside dans la nature même du système politique camerounais, où le pouvoir est largement concentré autour de l’institution présidentielle, et où les relations personnelles et la proximité avec le président revêtent une grande importance pour accéder aux centres de décision.
Ainsi, le fait que Shantal Biya ait un accès direct à Paul Biya constitue en soi une ressource politique importante, même sans détenir un poste officiel.
Un réseau au sein du palais et de l’administration
Parmi les noms les plus souvent associés à des rapports sur le réseau de Shantal Biya, on trouve Ferdinand Ngoh Ngoh, le secrétaire général de la présidence. Une source locale a indiqué qu’il était perçu comme proche de la première dame, et a mentionné son maintien à son poste malgré des spéculations antérieures sur son éviction, ainsi que sa promotion au rang de ministre d’État lors d’un remaniement gouvernemental en 2019.
Cela ne signifie pas que toutes les décisions de Ngoh Ngoh proviennent de Shantal Biya, mais la présence d’une personne aussi influente au sein de l’appareil présidentiel est un facteur important pour comprendre le réseau d’influence qui l’entoure.
Le secrétariat général de la présidence n’est pas simplement un appareil administratif ordinaire ; c’est l’un des maillons les plus importants du pouvoir exécutif, traitant des dossiers de nominations, de l’exécution des décisions présidentielles et du flux d’informations au sein du palais. Par conséquent, les relations au sein de cette institution peuvent avoir un poids considérable à tout moment de transition.
Des rapports ont également mentionné d’autres noms liés au réseau de la première dame, y compris Oswald Babouki, qui a occupé un poste au cabinet civil du président, ainsi que d’autres personnalités dans l’administration et le gouvernement.
L’institution sécuritaire et militaire: le maillon le plus sensible
Cependant, la question la plus importante concerne l’étendue du réseau de Shantal Biya au sein des institutions militaires et sécuritaires.
Il est essentiel de faire la distinction entre son influence personnelle et la structure sécuritaire que Paul Biya a construite au fil des décennies. Les études académiques sur le système camerounais indiquent que le président a établi un équilibre entre l’armée, la gendarmerie, la garde présidentielle et des unités de sécurité spéciales, tout en maintenant certaines unités les plus sensibles directement liées à l’institution présidentielle. De plus, la brigade d’intervention rapide (BIR) possède une structure de commandement distincte et rend directement compte à la présidence.
Cela signifie que l’institution sécuritaire n’est pas un bloc homogène qui peut être simplement attribué à Shantal Biya ou à toute autre personnalité.
Cependant, l’existence de liens entre le cercle proche de la première dame et certains responsables au palais et dans les services de sécurité fait d’elle une partie d’un réseau d’influence plus large autour du président. Des rapports ont également abordé les relations entre Ferdinand Ngoh Ngoh et certains cercles sécuritaires et militaires, en soulignant que son influence repose sur un mélange de proximité avec le président et de relations au sein de l’administration, de la sécurité et des milieux économiques.
Ainsi, il est probable que l’influence de Shantal Biya dans le domaine sécuritaire ne repose pas sur des ordres donnés à l’armée, mais plutôt sur un réseau de relations et d’accès au centre de décision présidentiel.
Le parti au pouvoir: un autre réseau d’influence
Le parti du mouvement démocratique du peuple camerounais (CPDM) représente un autre pilier essentiel du système de pouvoir.
Sous le règne de Paul Biya, le parti n’a pas été simplement une organisation électorale, mais est devenu partie intégrante d’un vaste réseau de relations entre l’État et les élites locales, administratives et économiques. Les études académiques montrent que le parti s’est largement appuyé sur des réseaux de clientélisme et l’attraction des élites locales et des chefs traditionnels pour garantir la loyauté politique.
Dans ce contexte, les réseaux de personnalités proches du palais peuvent s’étendre aux dirigeants du parti, aux ministres et aux responsables locaux, ce qui rend l’influence de Shantal Biya importante même sans qu’elle ait de leadership officiel au sein du parti.
Cependant, il n’existe pas suffisamment de preuves pour affirmer que le parti au pouvoir est devenu sous son contrôle. Le parti comprend de multiples centres d’influence, certains liés au président lui-même, d’autres à l’armée, à l’administration, aux élites régionales, et d’autres à des personnalités aspirant à jouer un rôle dans la période post-Paul Biya.
L’argent et les affaires: l’autre visage du réseau
L’influence politique au Cameroun ne se limite pas à l’armée, au parti et à l’administration. L’économie, en particulier les grandes entreprises et sociétés d’État, représente l’une des clés du pouvoir.
Parmi les exemples les plus notables, la société nationale des hydrocarbures (SNH), qui occupe une position stratégique dans l’économie camerounaise. Des rapports ont évoqué des liens entre des cercles proches de Shantal Biya et des personnalités influentes au sein de la société, y compris Nathalie Modiki, épouse du directeur général de la société, qui a été décrite dans des rapports comme étant proche de la première dame.
Ces relations ne signifient pas nécessairement un contrôle direct sur les institutions économiques, mais elles révèlent comment les réseaux de relations sociales, familiales et politiques peuvent se chevaucher avec les centres de pouvoir économique.
CERAC: le pouvoir doux de Shantal Biya
L’un des principaux outils qui ont aidé Shantal Biya à construire un vaste réseau social est le Cercle des amis du Cameroun (CERAC), qui regroupe les épouses de ministres, de hauts fonctionnaires, d’ambassadeurs et de personnalités de l’élite.
Selon une source locale, cette organisation, en plus de son activité sociale et humanitaire, est devenue un espace de rassemblement pour les femmes de l’élite politique, administrative et économique, ce qui a permis à Shantal Biya de tisser un réseau de relations qui dépasse les frontières du palais présidentiel.
C’est ici que réside l’un de ses points forts: elle ne s’appuie pas uniquement sur sa relation personnelle avec le président, mais sur un réseau social imbriqué avec le réseau du pouvoir.
Que se passera-t-il après Paul Biya?
La véritable question n’est donc pas: Shantal Biya peut-elle devenir présidente du Cameroun?
Il n’existe pas d’indications claires à cet égard.
La question plus réaliste est: peut-elle influencer la personne qui succédera à Paul Biya?
Cette possibilité est ce qui rend son réseau actuel important.
Paul Biya a 93 ans et a été réélu en 2026 au poste de vice-président, avec la stipulation que le vice-président prendra le pouvoir en cas de décès ou d’incapacité du président, selon les nouvelles modifications constitutionnelles. Cela a ouvert la voie à de vastes spéculations concernant la succession, y compris la possibilité de l’ascension de son fils Franck Biya, ainsi que d’autres noms au sein du système.
À ce stade, le pouvoir ne sera pas seulement lié à celui qui détient le poste officiel, mais à celui qui peut rassembler le palais, la sécurité, le parti, l’administration et les hommes d’affaires autour d’un projet commun.
C’est ici que Shantal Biya apparaît comme l’un des acteurs qu’il ne faut pas négliger.
Pas nécessairement une « gouvernante de l’ombre »
Cependant, réduire la scène à l’idée que Shantal Biya « gouverne le Cameroun dans l’ombre » serait exagéré.
Le système que Paul Biya a construit au cours de plus de quatre décennies contient de multiples centres de pouvoir, dont certains possèdent des outils institutionnels et sécuritaires bien supérieurs à ceux de la première dame. De plus, des personnalités comme Ngoh Ngoh, les dirigeants militaires et des services de sécurité, les dirigeants du parti et les élites économiques possèdent leurs propres réseaux, intérêts et considérations concernant la période post-présidentielle.
Ainsi, Shantal Biya n’est pas nécessairement l’héritière du pouvoir, mais elle pourrait être l’une des personnalités capables d’influencer le processus de choix de l’héritier ou les rapports de force qui détermineront la forme de la prochaine phase.
La véritable bataille après Paul Biya pourrait être moins liée à une seule personne et davantage à des alliances au palais: qui contrôle l’administration? Qui détient la loyauté des services de sécurité? Qui garantit le soutien du parti au pouvoir? Et qui peut sécuriser les intérêts des élites économiques?
Dans ce contexte, le réseau de Shantal Biya, s’étendant du palais aux élites politiques, administratives, sociales et économiques, représente un atout politique qui pourrait lui conférer un poids exceptionnel lors de la transition du pouvoir.
Cependant, la réponse finale à la question du titre dépendra de la capacité de ce réseau à résister sans Paul Biya, ou si son influence, comme celle de nombreuses personnalités du système, tire sa force fondamentale de sa proximité avec le président lui-même.





