Discrimination des binationaux du Cameroun : retour aux origines du problème

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Discrimination des binationaux du Cameroun : retour aux origines du problème
Discrimination des binationaux du Cameroun : retour aux origines du problème

Africa-PressCameroun. Les discriminations que subissent les binationaux du Cameroun remontent au lendemain des indépendances. Le régime Ahidjo s’en servait pour mettre hors état de nuire tous les opposants qui s’en prenaient à lui et qu’il parvenait à chasser hors du Cameroun. Ces derniers pour vivre et travailler dans leurs pays d’adoption sont obligés d’obtenir de nouvelles nationalités et perdent ainsi la nationalité camerounaise. Cabral Libii dénonce cette pratique et appelle une « réforme de la nationalité ».

La question de la nationalité est une question fondamentale. Il est inconséquent de prétendre à une nation lorsqu’une nationalité d’emprunt prive les citoyens de la pleine jouissance de leur essence. Cette question est au cœur de la problématique de l’identité et s’inscrit dans la trajectoire des nations. L’histoire des pays conditionne leur rapport à cette question. Lorsque le Code de la nationalité est adopté en 1968, l’objectif proclamé est l’uniformisation de l’ordonnance n° 59/66 du 26 novembre 1959 en vigueur au Cameroun Oriental et du British Nationality Act de 1948 qui régissait la matière au Cameroun Occidental. Et pour un État ayant accédé à l’indépendance de haute lutte, la nationalité était précieuse.

Mais c’était aussi une arme politique. Car le Gouvernement d’alors s’octroyait aussi un dispositif légal pour «tenir en respect» tous ces camerounais que son autoritarisme avait contraint à l’exil. Soucieux de les y maintenir définitivement, il subordonna par la même loi, la réintégration de nationalité au décret présidentiel. Le «pouvoir de 1982» qui a régulièrement fait face aux « lanceurs de tomates, d’œufs et de piment » et même à des « brigades anti-sardinards » outre- Atlantiques, ne s’est pas senti obligé de se départir avec empressement de cette « arme préventive ».

De plus, le retour démocratique progressif n’a pas véritablement affaibli le désir d’expatriation. À l’autoritarisme d’antan, s’est substituée rapidement la pauvreté. La pression vers l’ailleurs que celle- ci exerce, est visiblement plus forte… Le nombre de camerounais établis à l’étranger est devenu impressionnant, proche du quart de la population entière.

Ainsi, de nombreux camerounais partis « se battre » ou tirer profit de leurs compétences souvent niées ou ignorées chez eux, choisissent- ils pour s’intégrer facilement dans ces pays où règne l’espérance, d’acquérir la nationalité d’accueil. Doivent-ils pour autant perdre leur nationalité d’origine ? La logique veut que le pays qui ne refuse pas le fruit de l’expatriation de ses enfants les accepte eux- mêmes. Le contraire n’est qu’injustice. La diaspora camerounaise par son dynamisme est devenue un facteur de rayonnement et de développement. Notre diaspora n’est pas un danger, mais une opportunité. C’est un levier de développement dont il faut distinguer tous les visages afin de lever les amalgames et pour lequel il faut des aménagements institutionnels spéciaux tel qu’un guichet unique pour capter et canaliser les énergies d’investissement et une politique pensée du rayonnement du camerounais à l’étranger par l’accompagnement multiforme des expatriés entrepreneurs, là où ils se déploient. Les banques chinoises et maghrébines attestent cette approche.

La révision du Code de la nationalité pour instaurer la pluri nationalité, en plus de la double- nationalité accordée aux camerounaises qui épousent les étrangers, devient un détail dans la dynamique de capitalisation des compétences, savoir-faire, expertises et capitaux que charrient nos compatriotes établis à l’étranger tout en leur permettant d’y produire davantage. Les réserves émises par certains, relatives à la nécessité de contention de la « pieuvre macluhaniste » appelée mondialisation qui vide les frontières des États fragiles de toute leur consistance en s’attaquant au dernier rempart d’invulnérabilité et d’identité nationale qu’est la nationalité, perdent en pertinence devant les choix sous régionaux et régionaux d’intégration.

À bien y regarder, les «vraies» frontières de l’Afrique sont entrain d’être reconstruites grâce aux sous-régions. Ce qui donne au fédéralisme communautaire, une dimension et une vocation continentales. Le chantier n’en est donc qu’à son entame.

La protection de notre identité, nous l’avons démontré, ne réside pas dans le droit de la nationalité, mais dans le droit culturel et la promotion de ce qui nous singularise en tant que peuple en interaction avec le monde.

Au-delà des aspects économiques, la diaspora est une vitrine de la richesse culturelle camerounaise. De ce point de vue, la diaspora camerounaise constitue un relais essentiel dans la promotion et la diffusion d’un modèle de société multiculturel et multilingue. Quels sont les meilleurs ambassadeurs de l’identité camerounaise à travers le monde, si ce ne sont nos artistes musiciens (Manu DIBANGO, WEST MADIKO, Sally NYOLO, etc.) nos écrivains (Gaston KELMAN, Francis BEBEY, Mongo BETI, Achille MBEMBE, etc. ?

La culture camerounaise peut contribuer significativement au relèvement de notre Produit intérieur brut (PIB) si nous y mettons le prix qu’il faut. Il y a, dans notre diaspora, une demande en ressourcement culturel considérable. Quel camerounais de la diaspora n’aimerait pas offrir à sa progéniture une expérience culturelle en immersion virtuelle, surmontant l’obstacle des distances géographiques ? Quel Camerounais de la diaspora, naturalisé dans sa terre d’accueil ou non, n’aimerait pas faire acquérir à sa progéniture, les rudiments de sa langue ancestrale ? Ce sont là autant de produits marchands et de rayonnement stratégique pour lesquels notre diaspora constitue une cible privilégiée, autant qu’un relais préférentiel. La culture se vend mieux que n’importe quelle matière première et beaucoup de peuples l’ont compris et y investissent massivement.

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