‘En 1976, le Cameroun comptait 7 600 000 habitants’

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'En 1976, le Cameroun comptait 7 600 000 habitants'
'En 1976, le Cameroun comptait 7 600 000 habitants'

Africa-PressCameroun. Dans une tribune publiée ce jeudi 26 août sur sa page Facebook, l’activiste Jean Bonheur Résistant partage avec les Camerounais, les résultats d’un recensement général de la population en 1976 dont les résultats ont été publiés dans la Revue Science et Technique, Série Sciences Humaines.

Dans cette tribune que nous vous proposons, l’on découvre par exemple que 7 millions 663 mille âme vivaient au Cameroun et étaient réparties en 200 ethnies parlant des langues souvent très différentes.

En avril 1976, le Cameroun a réalisé son premier recensement démographique national. Cette opération, succédant à de nombreuses enquêtes géographiquement limitées, constitue une étape fondamentale dans la connaissance de la population du pays. Après cette présentation du recensement, les auteurs en analysent les principaux résultats aussi bien démographiques (répartition, structure, mouvement naturel, migration) que socioéconomiques (scolarisation, activité économique), en soulignant les diversités régionales et quelques particularités du Cameroun par rapport aux autres pays africains.

Après un précédent article dans la Revue Science et Technique, présentant les grands traits de la méthodologie du premier recensement démographique du Cameroun, les auteurs en dégagent ici les résultats les plus significatif.

Pays de l’Afrique Centrale, le Cameroun est bordé à l’ouest par l’océan Atlantique et le Nigéria, au nord-est par le Tchad, à l’est par la Centrafrique et au sud par le Congo, le Gabon et la Guinée Equatoriale. S’étendant des rives du golfe de Guinée jusqu’à celles du lac Tchad sur une superficie de 465000 km2, entre les 2e et 12e parallèles Nord, le Cameroun, connu pour son extraordinaire diversité physique et humaine, est souvent qualifié à juste titre d’ “Afrique en miniatures”.

Toutes les zones écologiques sont représentées au Cameroun, de la zone équatoriale à fortes précipitations (4000 mm de pluie à Douala), avec deux saisons des pluies, à la zone sahélienne à faible pluviosité (559 mm à Kousseri) sur une courte période en été. De plus, les conditions climatiques sont souvent modulées par le relief. Le peuplement lui même, issu du “contact” entre l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique Centrale, met en présence des populations soudanaises au nord et des populations bantoues au sud. Les aléas de l’histoire et les conditions écologiques ont façonné localement plus de 200 ethnies parlant des langues souvent très différentes.

Par ailleurs, à l’époque coloniale le pays a connu successivement les administrations allemande, puis anglaise et française. De ce fait le Cameroun actuel est officiellement un état bilingue (français-anglais). Le pays est politiquement “unifié” depuis 1972, après plus de dix ans de système fédéral.

On comprend dès lors l’extraordinaire complexité – et donc le coût élevé – qu’y revêt toute opération d envergure nationale, dont tout recensement de population.

ETAT DES CONNAISSANCES DEMOGRAPHIQUES AVANT LE RECENSEMENT DE 1976

Jusqu’en avril 1976, date de la réalisation du premier recensement démographique national, le chiffre même de la population totale du Cameroun n’était que très imparfaitement estimé: l’annuaire démographique des Nations-Unies de 1976 donne le chiffre de 6,531 millions d’habitants pour la même année, conte 7,663 millions d’habitants au recensement, soit un effectif supérieur de 17%. Ce chiffre place le Cameroun au deuxième rang des pays d’Afrique Noire francophone continentale, derrière le Zaïre, sur le plan de l’effectif de population.

Les opérations relevant du domaine démographique ne sont cependant pas récentes au Cameroun. Longtemps limitées, sauf de rares exceptions, aux comptages administratifs par les autorités coloniales, à but essentiellement fiscal, elles revêtent un caractère statistique à partir des années cinquante, mais restent géographiquement limitées dans ce qui est alors le Cameroun Oriental sous tutelle française : les recensements de la ville de Douala, de la subdivision de Mbalmayo, des villes d’Edéa, de Doumé, de Bafoussam, d’Eséka, d’Ebolowa et de Yaoundé sont réalises entre 1955 et 1958. En revanche, le Cameroun Occidental sous tutelle britannique commit le premier véritable recensement statistique en 1953 en même temps que le Nigeria voisin, tandis que l’Institut Nigérian de Recherche Economique et Sociale poursuit des travaux plus ponctuels.

Après l’Indépendance (1960) et la Réunification du Cameroun (1961), une série d’enquête démographiques par sondage à un passage couvrent progressivement l’ensemble du pays, région par région, jusqu’en 1965. Durant la même décennie, les travaux de l’ORSTOM dans le nord du pays et l’enquête de la SEDES sur le niveau de vie à Yaoundé touchent des domaines plus spécifiques. Le recensement administratif de 1967, homogénéisé sur l’ensemble du pays, mais affecté par une forte sous-estimation, restera pendant dix ans la source principale des données sur les effectifs de population. Seule la ville de Yaoundé connaît une nouvelle enquête démographique organisée par la Statistique en 1969.

Au début des années soixante-dix, le besoin en données démographiques de base, récentes et fiables, à l’usage de tous les secteurs de l’économie, se fait sentir avec acuité. Aussi, le Cameroun décide-t-il d’entreprendre son premier recensement général. Si celui-ci a favorisé de nombreuses opérations démographiques (OPP, travaux de l’IFORD, de la DGRST, de l’université et surtout Enquête Nationale sur la Fécondité), il constitue par lui-même une étape fondamentale dans la connaissance de la population du Cameroun.

Eu égard aux conditions écologiques prévalant dans la majeure partie du pays, le Cameroun, avec une densité générale de 16,5 habitants au km2, peut être considéré globalement comme un pays peu peuplé. Si l’on exclut la population résidant dans les villes de 5000 habitants et plus, la densité rurale, qui se rapporte à 74,9% de la population, tombe à 12,3 habitants au km2.

REPARTITION DE LA POPULATION RURALE

La population rurale est très inégalement répartie sur l’ensemble du pays. La diversité du Cameroun se reflète en particulier dans les disparités, presque aussi fortes à l’intérieur de chaque province que dans l’ensemble du pays, si l’on met à part la province de l’Est, à densité uniformément faible et la province du Nord-Ouest, & densité uniformément élevée.

Une étude au “niveau de l’arrondissement” montre une variation de la densité rurale allant de 0,6 habitants au km2 dans l’arrondissement de Yoko (Centre-Sud) à 351,2 habitants au km2 dans l’arrondissement de Batcham (Ouest). Les différences seraient évidemment plus importantes encore si l’on prenait en compte un niveau géographique plus fin.

L’analyse permet de distinguer trois principaux types de zones en fonction de la densité:

– Des zones peu peuplées ou quasi-vides (densité inférieure à 10 habitants au km2);

– Des zones moyennement peuplées (densité comprise entre 10 et moins de 40 habitants au km2);

– Des zones bien peuplées (densité supérieure ou égale à 40 habitants au km2).

La population et la superficie sont reparties très inégalement entre ces trois types de zones.

C’est ainsi que d’un côté, 76,4% de la superficie ne regroupent que 24,2% de la population, alors que de l’autre 9,6% de la superficie regroupent 51,6 % de la population. Ces disparités ont bien sûr des causes variées qui s’expriment généralement par une combinaison de factures écologiques et historiques. On peut cependant tenter d’en isoler les plus importantes.

Les zones peu peuplées ou quasiment vides.

Il s’agit de l’arrondissement de Kousseri, des départements de la Bénoué (moins l’arrondissement de Guider) et de l’Adamaoua, de la presque totalité de la province de l’Est, de la province du Centre-Sud (à l’exception des environs de Yaoundé), du département du Nkam et de la plus grande partie de la Sanaga-Maritime, enfin des arrondissements de Mundemba, de Mamfe et d’Akwaya dans la province du Sud-Ouest.

En fait, ces zones peuvent se regrouper en deux grands ensembles à traits assez nettement différenciés:

– Au nord du 5e parallèle, les facteurs historiques, avec l’existence de puissantes féodalités centralisées et une insécurité latente dans les régions faciles d’accès, n’ont pas permis un peuplement important dans le passé. L’économie, animée par les Foulbé (ou les arabes Choa à l’extrême-nord), est actuellement fondée sur l’élevage extensif associé à un semi-nomadisme de formes variées, qui nécessite beaucoup d‘espace.

– Au sud du 5e parallèle, les conditions écologiques (forêt dense difficile à pénétrer, mauvaises conditions sanitaires) se sont opposées à un peuplement dense. De plus, nombre de ces régions sont depuis longtemps à l’écart des courants-d ’échanges dominants. L’économie a été longtemps basée dans ces conditions sur une agriculture vivrière extensive sur brûlis à longue jachère, voire sur la chasse (Pygmées).

Les zones bien peuplées.

Il s’agit de trois régions principales:

– Les hauts plateaux de la province de l’Ouest et la partie méridionale de la province du Nord-Ouest. Les conditions écologiques particulièrement favorables expliquent ici le peuplement le plus dense du pays (surtout bamiléké): excellente fertilité des sols volcaniques; climat d’altitude favorable à une bonne situation sanitaire d’ensemble; enfin, phénomène lié aux facteurs précédents, fécondité très élevée. L’agriculture y est très extensive avec mise en culture des pentes et production de café Arabica et de produits vivriers variés.

– Les environs immédiats de Yaoundé et surtout le département de la Lékié (peuplé principalement par les Eton). Les phénomènes migratoires (déplacements de populations le long d’un axe NE-SO avec traversée du fleuve Sanaga) semblent avoir provoqué une densification des zones atteintes en premier et l’on observe une diminution régulière des densités de la Sanaga à la frontière gabonaise. De plus, on a pu noter une diminution de la fécondité dans le même sens. L‘agriculture est basée sur une culture assez intensive du cacao, associé à des produits vivriers.

– Les monts Mandara et les rives du Logone (province du Nord). Ces zones, peuplées par les populations “Kirdi”, ont de tout temps connu une sécurité plus élevée que la majorité des plaines, parce que faciles à défendre, grâce au relief d’une part et à des zones marécageuses, de l’autre, sans négliger une organisation efficace. Elles se sont peu à peu densifiées à la suite d’apports progressifs de petits groupes de populations et d’une fécondité élevée du fait de leur autarcie relative, qui les a mis pendant longtemps à l’abri des maladies importées.

L’agriculture est extrêmement intensive avec, en montagne, la culture des mils en terrasses très spectaculaires.

Les zones “moyennement peuplées”, sont intermédiaires à tous égards entre les deux types extrêmes.

Si nous avons pu qualifier le Cameroun de pays peu peuplé, à cause d’une densité peu élevée, on voit grâce à ces quelques exemples, que la densité en elle même n’est qu’une des composantes de la pression démographique. Celle-ci ne pourrait être mesurée qu’en tenant compte également du système de production agricole qui est lié à la densité de manière plus ou moins étroite, et sans doute aussi des besoins dont la population a pris conscience.

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