Quand l’Allemagne cherche à inclure les pays africains dans le Pacte vert de l’Europe

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Quand l'Allemagne cherche à inclure les pays africains dans le Pacte vert de l'Europe
Quand l'Allemagne cherche à inclure les pays africains dans le Pacte vert de l'Europe

Anouar CHENNOUFI

Africa-Press – Cameroun. Le gouvernement allemand a présenté récemment sa nouvelle stratégie pour l’Afrique, une stratégie qui entend mettre en place des partenariats fondés sur le respect mutuel et la réciprocité, avec des points focaux du document sur l’Afrique comprenant :
• le développement durable et la prospérité du continent,
• la lutte contre la famine et la pauvreté,
• la bonne gouvernance,
• la paix,
• la sécurité.

Selon la ministre allemande de la Coopération économique et du Développement, Svenja Schulze : « Qu’il s‘agisse de la guerre lancée par la Russie contre l’Ukraine, de l’influence croissante de la Chine en Afrique ou des conséquences de la crise climatique, tous les défis mondiaux actuels plaident pour une intégration de l’Afrique dans la pensée stratégique du pays ».

Pour la République fédération d’Allemagne « L’Afrique grandit et change énormément, et son évolution façonnera le XXIe siècle, et donc aussi l’avenir de l’Allemagne et de l’Europe entière ».

Mais, aujourd’hui, l’Afrique entend adopter une attitude offensive : elle veut choisir elle-même ses partenaires, ne pas prendre parti et peser les options en fonction de ses propres intérêts.

Un contexte géopolitique propice à de nouvelles orientations

Partenariats euro-africains multidimensionnels

Dans le cadre de la mise en œuvre de sa nouvelle stratégie pour l’Afrique, le gouvernement allemand a dépêché plusieurs de ses membres sur le Continent africain pour établir des contacts fructueux et chercher à mettre un « pied » de l’Allemagne là où il faut vraiment.

Ainsi, nous constatons que :
• Le chancelier Olaf Scholz s’est rendu, en mai 2022, au Niger, au Sénégal et en Afrique du Sud.
• Le ministre de l’Économie, Robert Habeck, s’est quant à lui rendu en Namibie et en Afrique du Sud en décembre 2022.
• En février 2023 ce fût le ministre des Finances, Christian Lindner, qui s’est rendu au Mali et au Ghana.
• Le même mois, le ministre du Travail, Hubertus Heil, et la ministre de la Coopération, Svenja Schulze, ont visité le Ghana et la Côte d’Ivoire.

Ces déplacements s’ajoutent aux multiples visites de la ministre des Affaires étrangères, Annalena Baerbock, qui a entre autres récemment accompagné son homologue française, Catherine Colonna, en Éthiopie.

Par ailleurs, symbole de cette nouvelle ambition allemande, le chancelier Scholz avait déjà invité le président en exercice de l’Union africaine, le président sénégalais Macky Sall, en tant que représentant du continent africain au sommet du G7 qui avait été organisé à Schloss Elmau, en juin 2022.

Hormis les questions politiques, sécuritaires et économiques, il importe de noter que l’atout que détiennent également les Africains dans leur manche est, bien évidemment, l’écologique, car en raison de sa biodiversité, l’Afrique a en effet la plus grande capacité au monde à maintenir et à renforcer l’équilibre de la biosphère et à ainsi éviter un nouvel appauvrissement de la couche d’ozone.

C’est d’ailleurs dans le cadre de la présidence allemande du G7, que le chancelier allemand Olaf Scholz a cherché à former une coalition internationale coopérative pour faire avancer des politiques climatiques plus ambitieuses, dont le « Club Climat », qui rassemble les grandes économies qui poussent à une action climatique plus ambitieuse.

Dans son discours prononcé lors de la conférence de Davos en janvier 2023, le chancelier allemand a déclaré que son pays utiliserait sa présidence du Groupe des Sept pour faire de ce groupe le noyau d’un club international des affaires climatiques et pour engager ses membres dans un objectif de 1,5 degrés Celsius d’ici 2050 au plus tard.

Voyons d’abord ce qu’est le Club Climat ?

Il s’agit en fait d’un concept qui a été développé par l’économiste lauréat du « prix Nobel William Nordhaus » en 2015 et qui a depuis gagné du terrain dans les cercles politiques internationaux. Les accords sur le climat des Nations unies tels que le protocole de Kyoto de 1997 et l’accord de Paris de 2015 sont volontaires.

Nordhaus fait valoir que cela incite certains pays, trop centrés sur leurs propres intérêts nationaux, à chercher à réduire leur part des coûts mondiaux de l’action climatique, et propose un modèle de « club » pour la coopération climatique. Ainsi, les membres du club récompenseront les pays qui agiront les premiers pour agir en faveur du climat.

Les membres coordonneront leurs plans pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et travailleront pour un objectif commun, et les pays qui ne respectent pas leurs engagements mondiaux seront passibles de sanctions, telles qu’une taxe sur les exportations vers les États membres du club.

Scholz était passionné par l’idée du Club Climat depuis qu’il était ministre des Finances en Allemagne, et il a proposé un modèle pour le Club Climat basé sur 3 axes :
• Ambitieux : tous les membres s’engagent à être climatiquement neutres d’ici 2050 au plus tard et fixent des objectifs intermédiaires solides.
• Audacieux : les États membres fixeront un plancher commun sur les prix du carbone et coordonneront les actions pour empêcher la délocalisation de la production vers les pays dont les règles d’émission sont plus faibles.
• Collaboratif : L’adhésion au Club sera ouverte à tous les pays qui soumettent des objectifs et des mesures d’action climatique appropriés.

Le Club Climat du G7 peut s’appuyer sur l’expérience de l’Union européenne. L’UE dispose d’un marché intérieur du carbone et, l’année prochaine, commencera à imposer des droits aux frontières sur les marchandises importées, sur la base des émissions de leur production.

Qu’en est-il de l’Afrique ?

Selon les experts dans ce domaine, l’ensemble du continent africain, qui compte plus de 1,2 milliard d’habitants, n’a contribué qu’à hauteur de 2,73 % des émissions mondiales. En comparaison, l’Allemagne, avec une population de moins de 85 millions d’habitants, a contribué à raison de 4 %, cependant, l’Afrique est confrontée au poids des défis climatiques, avec des taux de réchauffement et une élévation du niveau de la mer au-dessus de la moyenne mondiale.

Selon un rapport de l’Organisation météorologique mondiale des Nations Unies, en 2020, les inondations meurtrières à travers le Sahel ont exacerbé la crise socio-économique causée par la pandémie de COVID-19, et les catastrophes liées au climat ont augmenté de 40 % le nombre de personnes touchées par l’insécurité alimentaire.

Certains pays africains consacrent déjà jusqu’à 9 % de leur PIB à des mesures d’adaptation à la crise climatique, selon une étude publiée par la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique. L’étude note que les dépenses de l’Afrique sont disproportionnellement élevées par rapport à sa faible contribution aux émissions mondiales, et bien au-dessus des ressources internationales disponibles pour le continent.

Accord attendu entre l’Europe verte et l’Afrique…grâce à l’Allemagne

L’Allemagne fournit actuellement de gigantesques efforts pour chercher à inclure les pays africains dans l’accord vert de l’Europe, et ce, en suivant un certain nombre de normes :
• visant principalement à réduire les émissions,
• offrant des incitations aux marchés africains pour qu’ils adhèrent aux normes européennes en Afrique,
• et en veillant à ce qu’une taxe carbone aux frontières ne soit pas appliquée.

Que cherche au fait l’Allemagne ?

Le gouvernement allemand a la possibilité de concevoir, de mettre en œuvre et de diriger un autre type d’engagement avec les pays africains. Il peut le faire en s’appuyant sur ce que la ministre des Affaires étrangères, Annalena Baerbock, a déclaré « qu’elle dirigera la manière dont l’Allemagne s’engage avec le monde, et c’est l’objectif de sa présidence du G7 qui repose sur la diplomatie climatique ».

Par ailleurs, lors du récent sommet UE-UA, les chefs de gouvernement européens ont rencontré leurs homologues africains, et l’événement a été l’occasion pour Scholz de présenter son initiative pour que l’Union africaine rejoigne le « Club Climat ».

L’Allemagne cherche, certes, à inclure les pays africains dans l’accord vert de l’Europe en suivant un certain nombre de normes, comme suit :
• Les nouvelles normes agricoles de l’UE, connues sous le nom de bouquet politique « de la ferme à la fourchette », visent à établir des normes alimentaires mondiales durables. Le respect de ces normes, comme condition d’accès au marché européen, pourrait constituer des barrières non tarifaires supplémentaires pour les exportations agricoles africaines vers l’UE, mais le partenariat UE-Afrique peut contribuer à relever les défis de l’agro-écologie.
• La stratégie UE-Afrique pour la biodiversité est une stratégie pour la biodiversité et la protection de la faune et des écosystèmes, offrant aux populations locales des opportunités économiques dans les secteurs verts et renforçant les liens entre la protection de la biodiversité et les communautés autochtones. L’initiative peut compléter des programmes existants tels que le programme de restauration des écosystèmes africains pour accroître la résilience.
• Modifier la demande des combustibles fossiles vers des sources d’énergie plus propres, sachant que la stratégie énergétique vise à garantir des approvisionnements énergétiques abordables, à accroître la contribution des énergies propres et à remplacer les combustibles fossiles à forte intensité de carbone dans le bouquet énergétique.

Pour atteindre ces objectifs, la suppression progressive du pétrole en Europe d’ici 2050 peut entraîner un impact sur la demande de pétrole et une baisse des prix pour les exportateurs des pays africains, en particulier après 2030, et la suppression progressive des combustibles fossiles entraîne déjà une baisse des investissements initiaux par les agences européennes de développement, les prêteurs, et les financiers privés pour les projets d’hydrocarbures en Afrique.

Les projets de l’Europe d’utiliser le gaz comme carburant de transition avec des technologies de capture du carbone offriront des opportunités à court terme aux producteurs de gaz dans les pays africains, et avec la demande européenne croissante d’hydrogène vert, des partenariats sont en train d’être forgés avec des pays africains par le biais de l’Alliance européenne pour l’hydrogène propre afin de sécuriser 40 GW d’importations d’hydrogène en provenance de pays hors Union européenne d’ici 2030.

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