Cheveux et Pollution au Plomb: Mémoire Enregistrée

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Cheveux et Pollution au Plomb: Mémoire Enregistrée
Cheveux et Pollution au Plomb: Mémoire Enregistrée

Africa-Press – Cameroun. L’étude des chercheurs de l’université de l’Utah (Etats-Unis) ne pouvait pas mieux tomber ! L’administration fédérale américaine envisage d’assouplir les règles qui contraignent les collectivités territoriales du pays à remplacer leurs canalisations d’eau potable en plomb – hautement toxique – par des tuyaux en cuivre. Mais une petite étude, parue dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS) le 2 février 2026, montre tous les bénéfices sanitaires de plusieurs décennies de législation environnementale contraignante sur le plomb. Et en particulier sur celui qui était ajouté au carburant des voitures. Le jour où il a été banni dans les stations-services, les taux d’imprégnation au métal lourd hautement toxique de la population américaine ont chuté.

Une comparaison des teneurs de plomb sur plusieurs décennies

Les chercheurs ont demandé à des personnes résidant dans une région urbaine et industrialisée autour de Salt Lake City, dans l’Utah, de fournir un échantillon récent de cheveu, à l’âge adulte, et un autre, une mèche de cheveu juvénile conservée depuis l’enfance. La comparaison se fait ainsi sur deux périodes de la vie du même individu soumis plus ou moins à la pollution au plomb. La création en 1970 de l’agence américaine pour la préservation de l’environnement, l’Environmental Protection Agency (EPA), rebat clairement les cartes de la pollution régionale avec la mise en place de règlementations anti-plomb.

Une population entière voit ses taux d’imprégnation au plomb décroître dès lors que l’EPA est créée en 1970, et s’attaque à cette plombémie qui contamine l’air, s’accumule dans les organismes humains avant même la naissance. Entre 1916 et 1969, les concentrations en plomb trouvées sont très élevées, approximativement entre 43 et 60 mg/kg. Les décennies 1970 mais surtout 1980, 1990 amorcent une baisse de ces concentrations: les effets des premières restrictions sur le plomb se font sentir, on passe d’environ 50 mg/kg dans les années 1970 à 10 mg/kg dans les années 1990. Depuis le débit des années 2020, les teneurs sont très faibles, les valeurs mesurées sont inférieures à 1 mg/kg. Il y a un avant et après EPA, très clairement.

Les sources de pollution au plomb étaient multiples

Les émissions de plomb dans l’atmosphère ont été multiples dans cette région des Etats-Unis de l’Ouest. La région abritait d’importantes fonderies au plomb. Le plomb était omniprésent dans l’espace domestique: conduites d’eau potable avec les tuyaux et les points de soudure, peintures d’intérieur. La source principale de pollution au plomb, la plus diffuse, provenait du carburant utilisé par les voitures, de l’essence additionnée d’un dérivé du plomb, le plomb tétraéthyle. Celui-ci était ajouté à l’essence comme agent antidétonant et lubrifiant en vue de protéger les moteurs des véhicules. Cet usage n’a cessé d’augmenter avec le déploiement de la voiture dans le pays dans les premières décennies du 20e siècle.

A partir de 1974 et pendant les décennies suivantes, l’EPA règlemente pour améliorer la qualité de l’air: elle impose la vente d’essence sans plomb, la baisse des teneurs moyennes en plomb dans l’essence additionnée de plomb tétraéthyle en1981, puis sa suppression en 1987. Le plomb présent dans l’atmosphère est également visé.

Les cheveux, une aubaine pour les toxicologistes

Les chercheurs font leur démonstration grâce à un matériel biologique connu pour fixer de manière stable les polluants: les cheveux. Les cheveux sont une aubaine pour les toxicologistes. « La surface d’un cheveu est spéciale (…) certains éléments se concentrent et s’accumulent à sa surface. Le plomb fait partie de ceux-là », explique l’un des signataires de l’étude, Diego Fernandez dans le communiqué de presse. De plus, le plomb ne se dissipe pas avec le temps. Sa couche la plus externe, la cuticule, accroche un polluant atmosphérique tel que le plomb. La structure de cette enveloppe externe est composée de cellules qui ont la forme d’écailles superposées les unes sur les autres. Cette configuration séquestre toutes sortes de substances en suspens dans l’atmosphère. Cette voie de contamination est exogène.

L’autre voie provient du plomb inhalé par l’air respiré, ingéré via la nourriture, ou introduit par contact cutané. Le cheveu, piège à polluants accumulés par les organismes, capture sur une longue durée les substances chimiques, à la différence de fluides comme le sang et l’urine qui les éliminent en quelques heures. Poils et cheveux conservent donc plus longtemps la trace du polluant une fois qu’il s’est fixé à la kératine, la protéine qui constitue la cuticule.

Mémoires familiales

L’autre aubaine repose sur une pratique culturelle ancrée chez les membres de la communauté mormone, très présente dans l’Utah. « De nombreux habitants de l’Utah accordent une grande importance à l’histoire familiale, en particulier les membres de l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours (le nom officiel de ce que nous appelons en France l’Église mormone). Ils sont plus enclins à conserver des souvenirs et des objets de leur famille dans des albums. La pratique de tenir un journal ou un « livre de souvenirs » est une tradition de longue date dans cette Eglise. Dans cet esprit, les mèches de cheveux d’enfants et les dents de lait sont souvent conservés en hommage à leur famille », expliquent les chercheurs dans une annexe de leur étude.

Les chercheurs ont prélevé chez des volontaires deux types d’échantillons: l’un très récent, l’autre, vestige pieusement conservé de la chevelure d’enfant. Les participants de l’étude appartiennent à des familles à longévité exceptionnelle. Et sont issus de cohortes déjà constituées pour la recherche sur le vieillissement et la longévité, la Utah Study of Fertility, Longevity, and Aging (étude FLAG) et le Utah Centre d’étude du polymorphisme humain (CEPH). Certains de ces individus ont donc pu fournir des échantillons de cheveux permettant de rendre compte de niveaux de pollution au plomb remontant à il y a un siècle !

Une prise de position forte en faveur des règlementations environnementales

« La contamination de l’eau par les canalisations en plomb est toujours présente aux États-Unis, comme en témoigne le cas bien documenté de Flint, dans le Michigan », rappellent les chercheurs dans la publication. Ils voient avec inquiétude les démarches engagées par l’administration Trump pour déréguler la politique de l’EPA.

L’EPA a été remise en question pendant la première mandature du président Trump entre 2017 et 2021. La seconde mandature de Donal Trump entame une nouvelle phase de dérégulation annoncée le 12 mars 2025 par Lee Zeldin, administrateur de l’EPA. Il n’est plus question de « garantir aux Américains la pureté de l’air, des sols et de l’eau ». Les secteurs des énergies fossiles et de l’industrie automobile américaine redeviennent primordiaux. Ce contexte une fois rappelé par les chercheurs eux-mêmes, l’étude et ses conclusions constituent une prise de position forte visant à plaider pour une politique anti-pollution forte. « Notre analyse capillaire couvre un siècle. Les normes environnementales minimales lors de décennies précédentes pouvaient entraîner des expositions malsaines au plomb, ce problème [ a été résolu ] grâce à des réglementations fondées sur des données scientifiques. »

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