Africa-Press – Cameroun. Les chimpanzés consomment régulièrement de l’alcool, se délectant de fruits mûrs et fermentés. Le chercheur Aleksey Maro le sait grâce à de précédents travaux: les fruits qu’ils mangent dans la nature contiennent assez d’alcool pour fournir environ 14 grammes d’éthanol par jour ! Un chiffre établi en analysant directement ces aliments.
Dans une nouvelle étude publiée le 25 février dans la revue Biology Letters, le scientifique a affiné son estimation de la consommation d’alcool de ces primates en réalisant cette fois des tests urinaires à l’aide de bandelettes disponibles dans le commerce. Les résultats révèlent que les chimpanzés présents dans le parc national de Kibale en Ouganda consomment bel et bien des quantités significatives d’alcool, assez pour en voir les traces dans leur organisme.
Une consommation équivalente à deux doses standards d’alcool
Pour récolter l’urine de ces primates, Aleksey Maro a notamment exploité l’habitude qu’ils ont d’uriner lorsqu’ils quittent l’endroit où ils se nourrissent. Le chercheur est resté à proximité d’eux et a utilisé des branches dont il a recouvert le bout de sacs plastiques afin de créer une zone propice à la récolte d’échantillons. Il a aussi récolté de l’urine sur les feuilles des arbres (une méthode moins salissante).
La plupart des chimpanzés avaient dans leur urine de l’éthylglucuronide, un composé issu de la dégradation de l’alcool par l’organisme. Cependant, les femelles en œstrus et les jeunes chimpanzés étaient plus significativement négatifs que les autres pour la consommation d’éthanol.
Plus précisément, sur les 20 échantillons récoltés, 17 se sont révélés positifs sur un test sensible à 300 ng/ml ou plus d’éthanol. Ensuite, 10 se sont révélés positifs à un test sensible à 500 ng/ml ou plus. Ces primates mangent environ 4,5 kilos de fruits par jour. Pour avoir une telle quantité d’éthylglucuronide dans l’urine, ils auraient consommé plusieurs fruits légèrement fermentés le matin même. Pour ce genre de test, 500 ng/ml est l’équivalent chez un humain d’un ou deux verres avec des doses standards, consommés durant les dernières 24 heures.
Une consommation qui interroge
Certaines questions restent encore en suspens concernant la consommation d’alcool dans la nature. Par exemple, est-ce qu’elle augmente les agressions chez les chimpanzés? Est-ce qu’ils consomment volontairement les fruits ayant la plus importante teneur en éthanol, ce qui démontrerait une véritable attirance? Ces résultats interrogent aussi notre propre rapport à l’alcool, considérant notre proximité génétique avec ces primates.
« Tout revient à l’aspect humain: avons-nous évolué avec une prédisposition à la consommation d’alcool, en raison de cette lignée ancestrale? Et comment cela nous a-t-il prédisposés à la domestication de l’alcool par le biais de la levure de bière? », s’interroge dans un communiqué Aleksey Maro.





