Africa-Press – Cameroun. Vaccination, cancer, alimentation, santé mentale, santé des femmes… La désinformation touche tous les domaines et est alimentée par des acteurs variés (influenceurs, groupes militants, scientifiques dévoyés, autorités publiques, personnalités politiques, médias, industriels, lobbies…) obéissant à des motivations « économiques, idéologiques ou identitaires », alerte un rapport d’experts remis au gouvernement le 12 janvier 2026. Depuis le printemps 2025, la lutte contre la désinformation est devenue une priorité de l’Etat, selon la ministre de la Santé Stéphanie Rist. Ce rapport récent alerte sur une désinformation « massive », « jusqu’à menacer l’existence même des systèmes de santé tels que nous les connaissons ». Entretien avec l’une des scientifiques ayant réalisé ces travaux, Dominique Costagliola, épidémiologiste et biostatisticienne.
Sciences et Avenir: Près d’un Français sur deux (47%) déclare avoir déjà été exposé à une fake news en santé. Comment s’attaquer à un phénomène aussi « tentaculaire »?
Dominique Costagliola: Il faut donner à la population les outils pour faire les bons choix pour leur santé, afin de réussir à décoder les informations disparates dont ils sont bombardés. En parallèle, chaque organisation doit faire sa propre introspection, qu’elle soit un organisme de recherche, une université, une académie, une société savante… Cela demande du temps oui, mais pas beaucoup de moyens, c’est faisable. De façon générale, l’enseignement et la formation à la science, l’esprit critique, et la littératie numérique vont prendre du temps. Mais dans l’idéal, cela doit durer toute la vie, de l’école à l’Ehpad et de l’école à l’ENA (École nationale d’administration, devenue INSP en 2022, ndlr).
« Les autorités pourraient créer un observatoire de l’information en santé »
Un label pourrait-il être une solution?
Pas vraiment. Cela pourrait plutôt être interprété comme de la censure. Les sources dont nous parlons doivent toutes réfléchir à ce qu’elles font. Si je suis un site en ligne, est-ce que je peux garantir au lecteur que je gère correctement les conflits d’intérêt, que j’ai choisi des sources sûres. Par le passé, il y a déjà eu un recours aux labels autour de la santé et finalement, cela a été abandonné. C’était trop manichéen. Le système n’avait pas vocation à durer dans le temps.
En revanche, les autorités pourraient créer un observatoire de l’information en santé. Pas simplement un observatoire de la désinformation mais un observatoire qui combine la bonne information en santé accessible à tous, une liste d’experts avec leur domaine de compétence et un système d’infovigilance comprenant le repérage de la désinformation, et les réactions à avoir en termes d’informations et d’éventuelles sanctions. Se centrer uniquement sur l’observation de la désinformation n’est pas le bon objectif. Car il y a tellement de contenus problématiques… Cela reviendrait à vouloir vider un océan avec une petite cuillère.
Quelles sanctions existe-t-il pour le moment?
Nous avons eu beaucoup de retours allant dans le sens d’une nouvelle loi visant les gens qui mettent en danger la santé publique. Mais il serait déjà important de se servir de ce qui existe déjà, comme les procédures disciplinaires. Quand un employé d’une université ou d’un centre hospitalier sort des clous, il existe des procédures disciplinaires adaptées. Or, elles n’ont pas été appliquées.
« Cela coûte cher sur le plan personnel et cela coûte cher à la communauté »
Quelles conséquences la désinformation dont vous parlez a-t-elle sur nos vies?
On parle de gens qui ne se font pas vacciner et qui tombent gravement malade. Ou des personnes qui renoncent à des soins en cancérologie, qui se tournent vers de la « poudre de perlimpinpin » et qui arrivent à l’hôpital dans un état très grave. Cela leur coûte cher sur le plan personnel et cela coûte cher à la communauté.
Il serait intéressant de voir comment cela se passe chez nos voisins, notamment sur la réglementation des plateformes. YouTube, par exemple, n’est pas spécialement dans les sources les plus visées quand on parle de désinformation. Pourtant, on voit bien que cette plateforme se comporte comme un média traditionnel, qui retransmet les Oscars, ce genre de choses. Alors faut-il vraiment le considérer comme une plateforme? Idem pour X, qui revendique ne pas être un média, puisqu’il n’y a pas de ligne éditoriale. Mais leur algorithme qui met en avant certains contenus et pas d’autres ne s’apparente-t-il pas à une ligne éditoriale?
S’il y avait un conseil à donner à nos lecteurs, lequel serait-il?
Ce serait de voir si les affirmations qu’ils rencontrent ont des sources sûres, si elles sont scientifiques et si elles émanent de revues de bon niveau. Comme ça, de but en blanc, c’est difficile à détecter. Mais il existe une liste de revues de confiance établie par les doyens de médecine. C’est un bon outil, utilisé notamment pour recruter les Professeurs d’université praticiens hospitaliers (PUPH).





