Souveraineté Française: Un Besoin Croissant en 2026

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Souveraineté Française: Un Besoin Croissant en 2026
Souveraineté Française: Un Besoin Croissant en 2026

Africa-Press – Cameroun. « Le concept de souveraineté a émergé avec les pénuries de médicaments. Nous nous sommes rendu compte que notre dépendance pouvait conduire à un manque, qui nous fragilisait. Evidemment, dans le contexte politique actuel, la nécessité d’une souveraineté française s’intensifie », introduit Yassine Lakhnech, président de l’Université Grenoble Alpes (UGA), lors d’une conférence à Tech&Fest.

Le thème choisi pour la troisième édition de ce salon de la tech est la souveraineté, un sujet éminemment d’actualité. Alors, à la question, « y a-t-il certains domaines dans lesquels nous sommes capables de nous débrouiller seuls? », Bruno Sportisse, le président-directeur de l’Inria répond que les meilleurs leviers en France sont le numérique, l’énergie et l’industrie, même si l’heure est plutôt à l’émergence des projets.

Ainsi, selon lui, la clé vers la souveraineté réside dans le fait de « mettre la recherche au plus haut des priorités en France », en s’appuyant sur les universités et la recherche territoriale. Cette stratégie a effectivement fait ses preuves, comme le montrent deux projets pionniers, nés dans des centres de recherche du sillon alpin.

DIAMFAB, précurseur des diamants semi-conducteurs

Le premier, DIAMFAB, est le fruit de 30 ans de travaux au sein de l’Institut Néel, un laboratoire CNRS de physique de la matière condensée, à Grenoble. « Nous travaillons sur les semi-conducteurs, ces matériaux utilisés pour la fabrication de tous les composants électroniques. Notre objectif est de proposer des alternatives au silicium, qui est le matériau le plus répandu mais dont les pertes peuvent atteindre jusqu’à 10% de l’énergie convertie », compare Gauthier Chicot, ancien chercheur à l’Institut Néel et fondateur de DIAMFAB. « Nous avons donc développé des semi-conducteurs en diamant, qui ont une efficacité énergétique bien plus élevée, alors même que l’on utilise moins de matière ».

Plus précisément, DIAMFAB s’est spécialisé dans la synthèse de diamant à partir de méthane, et dans le dopage, c’est-à-dire l’intégration d’atomes d’intérêt (carbone, bore, azote ou phosphore) lors de la formation du cristal. Le but de ce dopage est de créer des défauts volontaires permettant le passage du courant électrique, ce qui confère au diamant ses propriétés semi-conductrices.

En plus d’être économe en matières premières et en énergie de synthèse, le diamant étant synthétisé à une température plus faible que le carbure de silicium, cette alternative supporte les radiations et les hautes températures, ce qui permet aussi son utilisation dans les secteurs du spatial, du nucléaire ou du médical. « De plus, le diamant peut être utilisé dans le domaine quantique, en plaçant à côté d’un atome d’azote une lacune, ce qui crée un centre NV (Nitrogen Vacancy) qui a des propriétés quantiques à température ambiante », poursuit Gauthier Chicot. L’ensemble de ces atouts a poussé DIAMFAB à « prendre son envol industriel » en inaugurant en janvier 2026 sa première ligne pilote, un symbole pour le secteur des semi-conducteurs, dans lequel le projet se distingue en tant que pionnier français et européen.

« Le Japon a récemment annoncé une alliance avec les États-Unis pour produire du diamant sur le sol américain. C’est pour cela que nous avons tout intérêt à développer cette technologie nouvelle en Europe. En effet, l’Europe n’a pas à rougir de son expertise et de sa maturité en électronique de puissance. C’est exactement dans ce type de domaine que nous avons une marge de manœuvre pour bâtir une souveraineté », déclare le fondateur de DIAMFAB.

Vulkam, la révolution des métaux amorphes

Le second projet, présenté également dans le cadre de Tech&Fest, est Vulkam, un leader européen des métaux amorphes. « Dans un métal classique, les atomes s’organisent en réseau cristallin régulier. À l’inverse, dans un métal amorphe, leur disposition est aléatoire, désordonnée », explique Sébastien Gravier, ancien chercheur au SIMaP, le laboratoire de recherche sur les matériaux de Grenoble (CNRS, UGA, Grenoble INP) et fondateur de Vulkam. « Au cours des différentes ères industrielles, les humains ont développé des minéraux amorphes, comme le verre, des matériaux organiques amorphes, comme le plastique. Mais c’est la première fois que nous développons des métaux amorphes ».

Ceux-ci sont des alliages de zirconium, de nickel, de cuivre ou de titane, mélangés à l’état liquide, puis refroidis très brutalement pour que leurs atomes restent désordonnés. Ce procédé, élaboré grâce à trois décennies de travaux dans les laboratoires du territoire, est une révolution dans le secteur de la métallurgie et de l’industrie. « Les métaux amorphes sont trois fois plus résistants que les métaux cristallins. Ils sont amagnétiques, biocompatibles et beaucoup plus souples, ce qui permet de miniaturiser certaines pièces pour l’industrie », soulève Sébastien Gravier.

Ces propriétés structurelles et fonctionnelles permettent ainsi la construction de pièces micromécaniques plus résistantes à la corrosion et aux rayures, et plus durables, pour des usages en horlogerie (ressorts et engrenages), en médecine (chirurgie ophtalmique et dentaire) ou dans le domaine spatial. A l’heure actuelle, seules deux usines dans le monde produisent des métaux amorphes: une en Chine et une en Allemagne. Vulkam devrait être la troisième à ouvrir ses portes, courant 2026.

« Avec l’ouverture de notre ligne de production, nous espérons que les métaux amorphes deviennent un marqueur de la métallurgie du futur au niveau européen et qu’ils donnent un vrai avantage concurrentiel à l’Europe », conclut le fondateur et directeur de Vulkam.

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