Africa-Press – CentrAfricaine. Fidel Gouandjika, actuel ministre conseiller à la présidence de la République au côté du dictateur Faustin-Archange Touadera, raconte, sans gêne sur Facebook, comment il truquait les élections à l’époque sous François Bozizé, démontrant involontairement point par point les techniques qu’il vient de réutiliser en décembre 2025 pour Touadéra afin d’instaurer une nouvelle dictature au pays de Boganda.
Le conseiller à la présidence s’est livré à une confession stupéfiante lors d’un direct Facebook. Cet homme, qui gravite dans les cercles du pouvoir depuis 2005, a raconté avec une franchise désarmante les mécanismes de manipulation électorale qu’il a lui-même mis en place. Son récit détaille comment, sous le régime de François Bozizé, l’équipe présidentielle a organisé le vol des scrutins de 2011.
Ce qui rend ces aveux inquiétant, c’est leur ressemblance frappante avec les événements actuels. Gouandjika explique d’emblée l’objectif recherché à l’époque: obtenir une assemblée monocolore pour modifier la constitution. “Nous voulons que tous les députés à l’Assemblée nationale soient des députés du parti KNK”, affirme-t-il, décrivant exactement le résultat obtenu par Touadéra en décembre 2025.
La stratégie s’appuyait alors sur une disposition légale qui bloque les transfuges. Tout député élu sous une étiquette politique et qui rejoint ensuite le camp présidentiel perd automatiquement son mandat. Cette règle empêchait le pouvoir de bâtir une majorité par ralliements successifs, obligeant à truquer directement le scrutin.
Gouandjika raconte alors comment l’équipe présidentielle a décidé de manipuler le scrutin de 2011 pour s’assurer une victoire écrasante. L’opposition boycotte ces élections, ce qui facilite grandement la manœuvre, exactement comme elle vient de le faire en décembre 2025. Le parallèle devient troublant lorsqu’on compare les deux situations.
Le conseiller décrit ensuite une opération de nominations familiales grotesque. “C’était les députés que nous avons nommés seulement”, dit-il en évoquant les épouses, les enfants, les belles-mères du président François Bozizé. Tous deviennent députés du jour au lendemain, transformant l’assemblée en réunion de famille présidentielle.
Malgré ce verrouillage, quelques partis d’opposition acceptent de participer au scrutin, moyennant rémunération. Gouandjika cite notamment Tola du parti RDC dans le troisième arrondissement. “Nous lui avons donné des moyens pour qu’il gagne là-bas et puis qu’il soit député de l’opposition à l’Assemblée nationale”, raconte-t-il avec une désinvolture glaçante.
La même tentative avec Boukanga à Yaloké échoue, mais Tola parvient à décrocher un siège. Ce député d’opposition acheté sert de caution démocratique à une manipulation électorale de grande ampleur. L’apparence d’un pluralisme politique masque ainsi une prise de contrôle totale du parlement.
Le résultat final dépasse toutes les espérances de l’équipe présidentielle. Sur 109 députés, 105 appartiennent au parti KNK. Gouandjika mentionne Gon Baba , élu sous l’étiquette de son parti minuscule PAD, et quelques autres satellites rachetés après coup pour compléter le tableau.
“Tout était orange à l’image du parti KNK”, se félicite-t-il. Ce parlement monocolore ouvre la voie à la modification constitutionnelle tant désirée par Bozizé. L’assemblée devient un simple instrument aux mains du président, incapable de jouer son rôle de contre-pouvoir.
Le conseiller énumère ensuite les acteurs de cette opération frauduleuse. Le président Bozizé, Gaoumbalé qui présidait l’assemblée, le ministre de la justice Firmin Feindiro, et lui-même. “Même moi là, moi également j’étais dedans. Mais c’est pas un secret”, lance-t-il avec une franchise troublante.
Cette transparence contraste avec l’habitude des responsables politiques de nier toute irrégularité. Gouandjika assume pleinement son rôle dans la mise en place d’un système antidémocratique. Il décrit ensuite la campagne de communication qui accompagne la réforme constitutionnelle envisagée.
L’équipe présidentielle prépare l’opinion publique par une propagande radio intensive. “Nous avons commencé à dire que non, la constitution n’est pas une Bible”, explique-t-il. Le message martelé vise à installer l’idée qu’une constitution peut être modifiée à volonté selon les besoins du pouvoir.
Cette propagande repose sur des arguments mensongers, comme l’admet Gouandjika lui-même. “Nous avons dit des mensonges, pour que nous, vraiment c’était terrible”, confie-t-il avant de mentionner une rencontre avec un dénommé Sam, un Chinois dont le rôle reste flou. La manipulation de l’opinion publique complète le dispositif de fraude électorale.
Le parcours de Gouandjika éclaire sa position actuelle auprès du président Touadéra. En 2005, il devient directeur de campagne de Bozizé au second tour des élections présidentielles. Ce changement de fonction entre les deux tours intrigue et révèle déjà ses compétences particulières.
Gouandjika apporte alors son expertise en informatique pour truquer les résultats. La substitution d’urnes et l’utilisation de faux logiciels font partie de son arsenal technique. Cette compétence lui vaut d’être rappelé en 2011 pour organiser la fraude à grande échelle dont il vient de se vanter.
Bozizé le garde précieusement pour ses talents de faussaire électoral. Après la parenthèse Démafouth durant la transition de 2014-2016, Gouandjika refait surface en 2020. Touadéra, qui a besoin des mêmes services, le récupère comme conseiller à la présidence pour reproduire les méthodes éprouvées.
La réapparition de Gouandjika en 2025 s’inscrit dans cette logique implacable. Ingénieur en télécommunications et informatique, il possède les connaissances nécessaires pour manipuler les systèmes de vote électronique. Ses déclarations publiques sur sa volonté de rester à la présidence jusqu’à la vieillesse prennent alors un sens particulier.
Il se projette dans la durée parce qu’il sait comment garantir la victoire électorale de son camp. Les résultats de décembre 2025 confirment que ses méthodes fonctionnent toujours aussi bien. L’assemblée monocolore obtenue par Touadéra ressemble trait pour trait à celle obtenue par Bozizé en 2011.
Ce criminel électoral revient toujours sur les lieux de ses méfaits. Attiré par l’opportunité de répéter ses exploits passés, il reproduit les mêmes schémas avec une régularité de métronome. Les journalistes centrafricains devraient s’intéresser davantage à ce personnage qui incarne le problème démocratique du pays.
Gouandjika représente mieux que n’importe quel autre acteur politique les dérives du système. Ses aveux publics fournissent une matière première exceptionnelle pour documenter ces dérives. Pourtant, rares sont les médias qui creusent vraiment ce sujet, préférant se concentrer sur des questions moins compromettantes.
Le conseiller décrit publiquement les techniques qu’il vient manifestement de réutiliser. Sans jamais mentionner explicitement le régime Touadéra, il dévoile un mode opératoire qui correspond exactement aux résultats récents. L’opposition boycotte, le parti présidentiel rafle tous les sièges, l’assemblée devient monocolore.
Gouandjika raconte 2011 mais tout le monde reconnaît 2025 dans son récit. Cette similitude parfaite entre les deux situations n’est évidemment pas le fruit du hasard. Elle témoigne de l’application méthodique des mêmes recettes frauduleuses à quinze ans d’intervalle
Source: Corbeau News Centrafrique
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