Africa-Press – CentrAfricaine. Prévue initialement début février 2026 mais reportée à plusieurs reprises en raison d’une série de problèmes techniques concernant la fusée géante Space Launch System, la mission Artemis II est de nouveau positionnée sur le pas de tir du Centre spatial Kennedy en Floride pour un lancement a priori imminent. La date de décollage la plus proche est fixée en effet dans la nuit du 1er au 2 avril, à 0h24 (heure de Paris), a annoncé l’Agence spatiale américaine (Nasa). Les quatre membres d’équipage – Reid Wiseman, Christina Koch, Victor Glover et Jeremy Hansen – partiraient alors pour un voyage de dix jours autour de la Lune, le premier vol habité à destination de notre satellite naturelle depuis le programme Apollo il y a plus d’un demi-siècle.
Christina Koch, première à participer à une mission habitée vers la Lune. Crédits: Nasa
Aucun mission n’est dénuée de risque
Tout a été préparé et répété pendant plusieurs années pour garantir au maximum la sécurité des astronautes, notamment lors du vol lunaire non habité Artemis I en 2022. « Dès qu’il y a des astronautes à bord, la Nasa vérifie tout plutôt trois fois qu’une », nous confiait il y a quelques mois Francis Rocard, responsable des programmes d’exploration du Système solaire au Centre national d’études spatiales (Cnes) de Toulouse. Aucune mission n’est cependant dénuée de risques: des défaillances techniques ou humaines sont toujours possibles, surtout lors des phases de lancement et de rentrée atmosphérique qui sont les plus dangereuses – à l’instar de la navette Challenger qui explosa 73 secondes après le décollage il y a tout juste quarante ans, provoquant la mort de sept astronautes.
Mille fois plus loin que la Station spatiale internationale
Tout comme leurs glorieux prédécesseurs du programme Apollo (notamment la mission Apollo 8 lancée en 1968, premier vol habité autour de la Lune de l’Histoire), les membres d’Artemis II s’aventureront dans l’espace profond à près de 400 000 kilomètres de la Terre, mille fois plus loin que la Station spatiale internationale. Et en dehors, par conséquent, de la bulle protectrice que constitue le champ magnétique de la Terre, qui dévie la majeure partie des rayonnements cosmiques et particules énergétiques émises par le Soleil. Surtout en cette période de maximum solaire où l’activité de notre étoile est particulièrement intense, comme en témoignent les magnifiques aurores boréales qui ont drapé le ciel nocturne de la France les 19 et 20 janvier derniers.
Aurores boréales dans la nuit du 19 au 20 janvier 2026 visibles depuis le pont de Bénodet, en Bretagne. Crédits: Météo Bretagne
Un danger difficile à prévoir
Une puissante tempête solaire pourrait-elle mettre en péril les astronautes d’Artemis II? Comment pourraient-ils se protéger des colères éventuelles de notre étoile lors de leur périple autour de la Lune? Les dangers sont réels et difficiles à prévoir. En août 1972, alors que le Soleil était pourtant dans une phase descendante de son cycle d’activité d’environ onze ans, l’astre du jour avait produit en effet une éruption isolée d’une intensité exceptionnelle. Survenue entre la mission Apollo 16 d’avril 1972 et Apollo 17 huit mois plus tard, elle aurait pu avoir des conséquences désastreuses – et potentiellement mortelles – sur la santé des astronautes, en raison des risques de cancer notamment.
Première ligne de défense
L’équipage d’Artemis II évoluera, fort heureusement, dans des conditions moins hasardeuses et sera aussi mieux protégé. Car le Soleil est surveillé désormais par une flottille de satellites spatiaux: Parker Solar Probe, Solar Orbiter, Solar Dynamics Observatory, etc. Ils constituent en quelque sorte la première ligne de défense, à même de repérer les plus importantes éruptions à la surface de notre bouillonnante étoile. Et délivrer ainsi des alertes précoces sur l’émission de particules énergétiques (protons, neutrons, électrons) plusieurs dizaines de minutes avant qu’elles ne parcourent les 150 millions de kilomètres qui nous séparent du Soleil, mais aussi sur les éjections de gaz ionisé qui atteignent le système Terre-Lune après un à quatre jours de voyage.
Des matériaux imitant les tissus humains
Contrairement aux missions Apollo, la capsule Orion du programme Artemis est équipée par ailleurs de milliers de détecteurs mesurant en temps réel et en valeur cumulée les niveaux de radiations. Chaque astronaute disposera également de dosimètres individuels installés au niveau du torse – des dispositifs testés au cours du vol non habité Artemis I grâce aux mannequins « Helga » et « Zohar » conçus avec des matériaux imitant les os, organes ou tissus humains et truffés de capteurs, développés par l’entreprise israélienne StemRad ainsi que l’agence spatiale allemande (DLR).
Une stratégie efficace
Ces tests ont permis de déterminer les endroits où les radiations sont les moins intenses. Et définir, ce faisant, la meilleure stratégie à adopter dans le cas d’une alerte à la tempête solaire. « Les mesures de rayonnement montrent que nous disposons d’une stratégie efficace pour gérer les risques liés aux radiations à bord du vaisseau Orion », s’est félicité le physicien de la Nasa Stuart George, spécialisé dans la protection contre les radiations spatiales. Selon les protocoles établis par l’Agence spatiale américaine, « les quatre astronautes d’Artemis II se regrouperaient ainsi dans la zone la mieux protégée d’Orion pendant les périodes éventuelles d’un évènement radiatif », explique Jean Blouvac, responsable des programmes Exploration et vol habité au Cnes, soit plusieurs dizaines de minutes et jusqu’à une vingtaine d’heures au maximum.
Deux monospaces
Il n’agit pas d’une pièce « blindée » mais de la partie centrale du vaisseau, qui en raison de son volume pressurisé de 9,3 mètres – soit environ deux monospaces et 60% de plus que les capsules d’Apollo – offrent de nouvelles possibilités pour se protéger d’une éventuelle tempête solaire. Cette zone se situe à proximité du bouclier thermique et plus précisément sous les sièges où sont aménagés des compartiments de stockage contenants les vivres, réserves d’eau ainsi que certains équipements.
Reproduction de la partie habitable du vaisseau Orion, pour les exercices d’entrainement. Crédits: Nasa
Couche de protection
Les astronautes devraient alors les vider et s’y installer à la place, tout en disposant les sacs d’eau et de nourritures tout autour d’eux, les substances riches en hydrogène (à l’instar des molécules d’eau) constituant une couche de protection particulièrement efficace contre les radiations, en particulier les protons solaires. « En réorganisant les masses et les équipements mobiles à l’intérieur de la capsule, et en créant ainsi une zone plus dense autour d’eux, les astronautes pourraient limiter au maximum l’exposition aux radiations », indique Jean Blouvac. Il n’agirait alors pas d’éliminer tout risque, mais de maintenir les doses de rayonnements en dessous des seuils médicaux acceptables.
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