Africa-Press – CentrAfricaine. Lors de son investiture marquant l’entrée dans la « Septième République », le nouveau Roi de Centrafrique professeur de mathématiques Faustin Archange Touadéra a prononcé un discours fleuve qui peut échapper à l’analyse de la communauté internationale et qui clarifie définitivement la nouvelle carte diplomatique et sécuritaire de la République centrafricaine. En rendant un hommage appuyé à ses alliés militaires russes et rwandais, tout en posant des conditions strictes de « respect de la souveraineté nationale », il a relégué au second plan les partenaires occidentaux traditionnels: France, Union européenne et États-Unis.
Le signal est clair. Alors que Touadéra a salué de manière générale la « communauté internationale », ses remerciements les plus chaleureux et les plus concrets sont allés aux forces alliées bilatérales russes, instructeurs et éléments de l’Africa Corps, successeur de Wagner et aux troupes rwandaises, placées sur le même plan que la MINUSCA pour le risque qu’elles prennent « pour protéger la République ».
Cette hiérarchie explicite dans les hommages n’est pas sans importance. Elle officialise ce que beaucoup observaient depuis plusieurs années: la sécurité du régime repose désormais en grande partie sur Moscou et Kigali, et non plus sur les appuis occidentaux ou onusiens. La France, qui a longtemps été le partenaire historique, et les institutions européennes ou américaines, souvent accusées de paternalisme, sont clairement mises à distance.
Touadéra a érigé la « souveraineté nationale » en principe cardinal de sa politique étrangère. Il accordera sa préférence aux partenariats qui « respectent nos choix souverains » et produisent des « résultats visibles ». Dans le contexte centrafricain, cette formule sonne comme un avertissement clair adressé à Paris, Bruxelles et Washington: finies les leçons sur la démocratie, les droits de l’homme, la lutte contre la corruption ou la transparence dans la gestion des ressources minières (or, diamants, uranium…).
Le message est double: D’un côté, Touadéra revendique légitimement le droit d’un État souverain de choisir ses amis. De l’autre, il ferme la porte aux conditionnalités occidentales qui, selon lui, n’ont pas apporté les « résultats visibles » attendus après des décennies d’aide et de présence.
Le président-roi présente ce nouveau mandat comme l’ère de la « stabilité institutionnelle consolidée » et d’une « diplomatie proactive et économique ». Il veut attirer des financements pour les infrastructures lourdes et la valorisation des ressources naturelles, sans les freins et les audits que les bailleurs traditionnels imposent habituellement.
Cette diversification est compréhensible après des années d’instabilité. Mais elle pose des questions sérieuses que la communauté internationale et les institutions financières ne peuvent plus ignorer:
Dépendance sécuritaire: les instructeurs russes et les forces rwandaises assurent aujourd’hui une partie essentielle de la protection du pouvoir et de certaines zones. Quels sont les contreparties réelles? Accès privilégié aux ressources? Immunité pour d’éventuelles exactions? Risque de tensions avec d’autres groupes armés ou communautaires?
Opacité économique: les partenariats avec des acteurs russes (et potentiellement chinois) sont souvent moins transparents que ceux de l’Occident. L’histoire récente montre que l’exploitation minière en Centrafrique peut rapidement devenir prédatrice si elle échappe à tout contrôle international.
Risques pour la population: si la « souveraineté » sert avant tout à protéger le régime et ses alliés, qu’en est-il de la gouvernance réelle, de la lutte contre l’impunité et du développement inclusif? Les Centrafricains ordinaires verront-ils enfin des routes, des écoles et des hôpitaux, ou seulement un renforcement de l’emprise d’un cercle restreint?
La communauté internationale, et particulièrement les institutions financières, doit maintenant regarder la réalité en face. Touadéra a fait son choix stratégique. Il ne demande plus l’approbation de Paris ou de Bruxelles pour gouverner. Continuer à lui adresser des discours moralisateurs ou à conditionner une aide marginale serait contre-productif et hypocrite. Il est temps d’accepter que la Centrafrique navigue avec ses partenaires choisis, Russie, Rwanda et d’autres, sans ingérence constante. Mais cela doit s’accompagner d’une vigilance accrue: Sur le respect des droits humains et des populations civiles par tous les acteurs armés présents sur le territoire.
Sur la transparence des contrats d’exploitation des ressources naturelles, qui appartiennent au peuple centrafricain et non à des élites ou à des puissances étrangères.
Sur le risque d’une nouvelle forme de dépendance, potentiellement plus opaque et plus coûteuse à long terme que l’ancienne.
En clair, Touadera a fait un choix assumé, des conséquences à assumer Le Palais de la Renaissance a tracé sa ligne: sécurité russo-rwandaise, souveraineté comme bouclier, et partenariats pragmatiques avec ceux qui livrent « des résultats visibles » sans poser trop de questions.
La communauté internationale a le droit et même le devoir de constater ce basculement sans nostalgie. Mais elle ne doit pas pour autant fermer les yeux sur les risques réels d’une gouvernance qui s’affranchit de toute contrepartie en matière de bonne gouvernance et de protection des citoyens.
Libre aussi à la communauté internationale de calibrer son engagement futur en conséquence, sans illusions ni hypocrisie. La Centrafrique n’est plus sous tutelle. Elle est désormais pleinement responsable de ses alliances… et de leurs résultats.
Source: Corbeau News Centrafrique
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