Africa-Press – CentrAfricaine. Les partisans les plus fervents de Dologuélé, regroupés autour de lui au sein de l’URCA, reprochent régulièrement aux tenants du boycott au sein du BRDC d’avoir joué la chaise vide, d’avoir manqué de courage politique. Fari Tahéruka Shabazz retourne complètement cet argument. Pour lui, c’est exactement l’inverse qui s’est produit: la participation de Dologuélé constitue le véritable sabotage de la seule stratégie capable de faire tomber le régime rapidement.
Les chiffres officiels proclamés par l’Autorité Nationale des Élections donnent à Anicet Georges Dologuélé 14,66 % des suffrages exprimés, arrondi à 15 %. Le taux d’abstention officiel atteint 51 %: plus de la moitié des électeurs centrafricains n’ont pas voté, considérant d’emblée le scrutin comme une farce, une mascarade prévisible.
Fari Tahéruka Shabazz pose alors une question simple mais dévastatrice: que se serait-il passé si Dologuélé avait rejoint l’appel au boycott au lieu de participer? Ses 15 % se seraient ajoutés à l’abstention existante. On aurait alors atteint 66 % d’abstention, soit les deux tiers de l’électorat refusant de cautionner le processus électoral.
Avec 66 % d’abstention, le régime Touadéra n’aurait recueilli que 34 % de participation réelle. Ce chiffre colossal aurait rendu impossible toute communication triomphaliste du pouvoir. Plus de discours sur des élections qui se sont passées dans le calme, plus de narration sur un retour à la normale, plus de mise en scène d’une démocratie qui fonctionne.
Les observateurs internationaux, les partenaires, les think tanks auraient été obligés de se concentrer sur le sens politique de cette abstention massive: un rejet clair et massif du pouvoir en place et du processus électoral organisé sous son contrôle. La MINUSCA et les partenaires multilatéraux auraient dû constater l’échec patent de la normalisation vendue depuis des années.
Le régime aurait perdu toute légitimité résiduelle aux yeux des bailleurs, des investisseurs, des chancelleries. Le débat international aurait porté sur une question incontournable: que fait-on devant un pouvoir rejeté par les deux tiers de l’électorat? Cette situation aurait créé un blocage financier et diplomatique beaucoup plus rapide et puissant que ce qu’on observe aujourd’hui.
Au lieu de cela, en participant, Dologuélé a légitimé le scrutin par sa seule présence. Ses 15 % ont servi de caution: regardez, même l’opposition sérieuse a participé, donc le processus est crédible. Il a permis au régime de revendiquer une participation correcte d’environ 49 % au lieu des 34 % qui auraient affiché la réalité du rejet populaire.
Il a même offert à Touadéra un second tour fantôme où il arrive deuxième avec un score honorable, donnant l’illusion d’une compétition démocratique réelle. Ces 15 % de légitimité supplémentaire, dont le régime avait désespérément besoin pour faire avaler la pilule à l’international et à une partie de l’opinion, Dologuélé les lui a offerts sur un plateau.
Fari Tahéruka Shabazz le dit sans détour: « Les 15 % de Dologuélé ne servent absolument à rien en termes électoraux. Il ne gagne rien. Par contre, ces 15 % s’ils avaient été ramenés dans l’abstention, ça nous aurait vraiment beaucoup servi. » L’analyste enfonce le clou avec une formule lapidaire: « Si véritablement vous vouliez faire chuter rapidement Faustin Archange Touadéra, la meilleure stratégie eût été de faire cette politique du boycott. Mais vous avez fait l’inverse, donc ce qui veut dire que vous avez saboté la meilleure stratégie. » La participation de Dologuélé n’a pas affaibli Touadéra, elle l’a sauvé d’un effondrement de légitimité beaucoup plus brutal et immédiat. Elle a offert au régime les 15 % de vernis démocratique qui lui manquaient pour tenir encore quelques mois, voire quelques années de plus. C’est un sabotage objectif de la dynamique du boycott.
Fari Tahéruka Shabazz ne parle pas ici d’intentions ou de motivations personnelles. Il parle de résultats concrets, mesurables. Peu importe que Dologuélé ait voulu ou non sauver le régime, le fait est qu’il l’a fait. Ses 15 % ont servi de bouée de sauvetage à un pouvoir qui se noyait dans son illégitimité.
Les tenants du boycott avaient compris une chose simple: dans un régime qui survit uniquement grâce à l’apparence de légitimité internationale, la pire arme qu’on puisse utiliser contre lui, c’est le refus de participer à ses mises en scène. Chaque candidat qui boycotte retire un morceau de crédibilité au spectacle électoral. Chaque électeur qui s’abstient retire un point de pourcentage au récit officiel.
Dologuélé a fait le choix inverse. Il a choisi de participer, de donner de la substance au spectacle, de fournir au régime exactement ce dont il avait besoin: un adversaire crédible, des chiffres présentables, une apparence de pluralisme. Et le résultat est là, vérifiable dans les chiffres officiels: 49 % de participation au lieu de 34 %, un second tour qui a du sens au lieu d’un plébiscite grotesque.
Fari Tahéruka Shabazz observe que même les partisans de Dologuélé ne peuvent nier cette arithmétique simple. Ils préfèrent déplacer le débat sur le courage, sur la peur, sur l’abandon du terrain. Mais les chiffres restent les chiffres. 51 % plus 15 % égalent 66 %. Et 66 % d’abstention auraient changé complètement la donne internationale.
Les bailleurs auraient suspendu leurs financements plus rapidement. Les partenaires auraient exigé des réformes plus profondes. La MINUSCA aurait perdu son argument principal pour justifier sa présence: accompagner une transition démocratique. Comment accompagner une transition que les deux tiers de la population rejettent ouvertement?
Cette occasion historique de faire basculer le régime par la simple force du refus collectif, Dologuélé l’a gâchée. Il a préféré ramasser 15 % et une place au second tour plutôt que de contribuer à un mouvement de boycott qui aurait pu faire tomber le système entier en quelques mois. C’est ce calcul politique que Fari Tahéruka Shabazz qualifie de sabotage
Source: Corbeau News Centrafrique
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