Africa-Press – CentrAfricaine. Après plusieurs décennies d’indépendance et autant de lois suprêmes adoptées, la République Centrafricaine peine encore à transformer ces promesses écrites en réalités tangibles pour ses citoyens.
Jean-Pierre Mara, ancien parlementaire centrafricain, aborde cette question avec franchise. « Une constitution doit formuler des mesures à respecter afin de garantir la marche d’une société vers un développement », affirme-t-il d’emblée. Selon lui, lorsque les rédacteurs se contentent de reproduire des formules venues d’ailleurs, le document perd son âme et sa raison d’être.
Cette approche du copier-coller produit des effets désastreux selon l’ancien député. « À partir du moment où la constitution est établie par la reprise de formulations de mesures Copier-Coller pour garantir le maintien d’une classe sans rapport avec les préoccupations de la société, elle perd son caractère d’instrument de régulation de cette société », explique-t-il sans détour.
Ce constat l’amène à examiner le contenu même de ces textes fondamentaux. « Les articles de ces constitutions n’adressent pas les exigences nécessaires pour légiférer et réguler le fonctionnement de base de la société », regrette Jean-Pierre Mara. Il énumère alors une série d’interrogations restées sans réponse dans les chartes successives.
Comment rendre la vie facile aux citoyens? Quels instruments utiliser pour mieux nourrir la population? Quelle attitude observer pour garantir la cohésion sociale? L’ancien parlementaire liste ces questions essentielles que les textes actuels esquivent soigneusement, préférant s’attarder sur des considérations abstraites sans prise avec le quotidien des gens.
Il prend ensuite l’exemple du haut Mbomou pour rendre son propos plus parlant. « Comment s’y prendre et quelles directives appliquer pour garantir la vie aux habitants du haut Mbomou? », interroge-t-il. Cette région reculée symbolise pour lui l’oubli dans lequel se trouvent de nombreuses zones du territoire national.
La question alimentaire revient également dans son analyse. « Comment produire un manioc propre pour que sa consommation contribue à une longévité? », demande Jean-Pierre Mara. Cette culture de base mériterait selon lui des normes sanitaires précises inscrites dans la loi suprême pour protéger la santé publique.
Les infrastructures de base occupent aussi une place centrale dans sa réflexion. « Quelle disposition prendre pour qu’il y ait de l’eau, de l’électricité ou des voies navigables ou encore des routes? », questionne-t-il. L’accès à ces services élémentaires demeure aléatoire partout dans le pays sans que les constitutions successives n’y apportent de solutions concrètes.
Son verdict tombe alors sans appel sur les textes actuellement en vigueur. « Tant que la constitution n’adressera pas ces questions relatives à la vie du citoyen, tant que la constitution sera le copier-coller des textes qui permettent de faire comme ailleurs ou de protéger une seule personne, on ne peut pas attendre d’une telle constitution un élément de contribution au développement », déclare-t-il fermement.
Cette critique s’appuie sur une observation simple mais dérangeante. « Tant que la constitution sera la reprise des termes d’une constitution d’un autre système social, on ne peut pas attendre d’une telle constitution un élément de contribution au développement », insiste l’ancien député. L’imitation aveugle de modèles étrangers ne peut selon lui produire aucun bénéfice réel pour le pays.
Il oriente ensuite son propos vers la dimension multiculturelle du pays. « Y a-t-il des lois en RCA qui sont formulées pour adresser les besoins du Zandé, du Mandja, du Gbaya ou du Yakoma et de les fédérer? », demande Jean-Pierre Mara. Cette interrogation touche au cœur même de la construction nationale dans un espace aussi hétérogène.
Cette diversité ethnique et tribale exige selon lui une réflexion approfondie. « C’est juste une question sur la notion de constitution », précise-t-il modestement. Pourtant, derrière cette apparente simplicité se cache un enjeu majeur pour l’avenir du pays et la cohésion entre ses différentes composantes.
Sa question finale résume toute la complexité du défi constitutionnel centrafricain. « C’est quoi au juste une constitution dans le contexte multi ethnique, multi tribal, multi sociétal tel qu’existant en RCA aujourd’hui? », s’interroge l’ancien parlementaire. Cette dimension nécessite une approche radicalement différente de celle consistant à recopier passivement des textes venus d’ailleurs sans adaptation locale
Source: Corbeau News Centrafrique
Pour plus d’informations et d’analyses sur la CentrAfricaine, suivez Africa-Press





