« 72 heures du livre » : Conakry ouvre ses bras à l’Afrique

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« 72 heures du livre » : Conakry ouvre ses bras à l’Afrique
« 72 heures du livre » : Conakry ouvre ses bras à l’Afrique

Africa-Press – CentrAfricaine. En cette période de transition en Guinée, la 14e édition des « 72 heures du livre de Conakry » avait une résonance particulière en ce qu’elle a véritablement mis en exergue la dimension culturelle forte du pays. Pour ce faire, Sansy Kaba Diakité, le délégué général, et son adjoint, Mohamed Lamine Camara, ont mobilisé bien des énergies pour confectionner un programme riche autour de lectures d’extraits de romans, de poésies, de tables rondes, d’ateliers de travail, de masters classes, de conférences suivies de débats, de dédicaces d’ouvrages publiés en Afrique, d’expositions de peinture et de projections de films ainsi que de documentaires. En accord avec la Journée mondiale du livre et du droit d’auteur décrétée par l’Unesco, ce rendez-vous des « 72 heures du livre de Conakry » a été lancé en 2009 aux fins de célébrer les écrivains ainsi que le livre de par le monde tous les 23 avril.

Pourquoi « 72 heures » et non « 24 » ?

La question mérite d’être posée. Réponse avec humour de Sansy Kaba Diakité : « C’est pour qu’en Guinée, chaque année, nous rattrapions le temps perdu ! » Avec Mohamed Lamine Camara, Sansy Kaba Diakité ne cesse de répéter que l’objectif ultime est de faire de Conakry la « capitale africaine du livre ». Et cela se voit. L’équipe organisatrice de L’Harmattan-Guinée est totalement habitée par cette idée. Rien n’est laissé au hasard et Conakry inclut avec bonheur l’Afrique du Nord. Cette année, d’ailleurs, l’invité d’honneur était le Maroc. Dans ce sillage d’ouverture, les organisateurs pensent bien sûr à l’Algérie, à la Tunisie et à nombre d’autres pays africains, sans oublier Haïti, ce pays si cher à l’imaginaire africain de la République.

Temps forts « Sous le fromager »

Rendre compte dans le détail de l’ensemble des trois jours n’est pas tâche facile tant leur richesse est grande. On peut cependant signaler des moments forts comme les cafés littéraires autour de la question des femmes en littérature et dans l’entrepreneuriat, les tables rondes « Sous le fromager », organisées autour de thèmes comme « La réconciliation de la Guinée avec ses histoires », mais aussi de la transmission. L’occasion de poser un débat fructueux sur ce pays jeune et ancien à la fois qu’est la Guinée.

« Sous le fromager », il a aussi beaucoup été question de paix en général et de paix sociale en particulier. Pour la romancière franco-camerounaise Calixthe Beyala, « l’école de la paix, c’est le savoir-vivre, c’est faire en sorte qu’il n’y ait pas d’inégalités sociales ». « La paix, c’est apprendre à créer l’amour de soi et des autres », dit-elle avant d’ajouter : « Le partage doit être un élément essentiel de la paix entre les nations africaines. » La romancière a ainsi martelé qu’il fallait « respecter le lieu de respiration de l’Autre ».

Pour le poète marocain Rachid Khaless, « il faut faire la paix avec soi-même et avec l’autre ». « Il est impératif, dit-il, de créer l’Afrique de l’humanité, car l’Afrique est le berceau de l’humanité ». Par ailleurs, « la jeunesse est à mobiliser et non à marginaliser, ce qui devrait être sans aucun doute un marqueur de paix », indique Rachid Khaless.

De son côté, pour le romancier Eugène Ebodé, « toute guerre devrait permettre de repenser la paix en profondeur pour les futures générations ».

Des lieux comme patrimoine de l’humanité

Autres thèmes abordés « Sous le fromager » : celui des lieux africains à consacrer patrimoine de l’humanité, mais aussi celui de l’histoire à valoriser « par les Africains eux-mêmes ». Pour ce faire, les nouvelles technologies et les innovations au service du patrimoine ont été au cœur du débat. Parallèlement, il a aussi été question de la promotion du patrimoine naturel guinéen et de son appropriation par la population du pays. Un moment fort quant à la question de la redistribution des richesses et du vivre-ensemble mis en exergue au Centre culturel franco-guinéen de Conakry. L’occasion de questions pertinentes de la part d’étudiants qui se sont interrogés sur la réalité qui fait qu’un romancier africain doit souvent passer par Londres ou Paris pour enfin être reconnu dans son pays ou en Afrique. « Que fait-on des littératures écrites en langues locales ? », se sont demandé des étudiants avides de savoirs. « Il ne faut pas opposer les langues entre elles », a-t-on avancé pour compléter par l’idée que « l’essentiel est de pouvoir s’exprimer dans toutes les langues à disposition ». Des conférences sur les littératures africaines à l’Université Gandhi de Conakry ont ainsi accompagné ces réflexions.

Des auteurs distingués

Parallèlement, des personnalités culturelles ont été distinguées. Ainsi de l’africaniste marocain Abdeljalil Lahjomri fait docteur honoris causa de l’Université d’État de Sanfonia de Conakry. Placés sous le haut patronage du chef de l’État, le Colonel Mamadi Doumbouya, les « 72 heures de Conakry » ont été clôturés par le Premier Ministre Mohamed Béavogui. Celui-ci a rappelé l’importance de la lecture dans la construction d’une nation. Et de saluer la présence d’auteurs et écrivains aussi nombreux que divers tels qu’Eugène Ebodé, Bios Diallo, Abdallah Baïda, Jean-Célestin Edjangué, Zalikatou Diallo, Rabiaa Marhouch, Rachid Khaless, Yamen Manaï, Sékou Fofana, Philomé Robert, Sanassy Mbemba Camara, Christian Kader Keïta, Erick Monjour, Fodé Cissé, Hadja Fatoumata Fofana, et bien d’autres tout aussi attachés au développement du livre en Afrique.

Honneur à Dalaba

Pour cette 14e édition, la ville guinéenne à l’honneur a été Dalaba, ville d’art et d’histoire où a vécu la grande chanteuse sud-africaine Miriam Makeba, dont la maison va être réhabilitée en musée. À cette occasion, une rue Rosa Parks et une rue Miriam Makeba ont été inaugurées à Dalaba. De quoi ponctuer une manifestation où l’Afrique a convergé vers la capitale guinéenne, qui a relevé le défi de la morosité installée par la crise sanitaire mondiale du Covid-19. Vivement les prochaines « 72 heures du Livre de Conakry » pour rendre plus visible le sillon du livre africain.

* Benaouda Lebdai est professeur des universités en littératures africaines coloniales et postcoloniales.

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