Africa-Press – CentrAfricaine. Les députés centrafricains sont appelés à renouveler le bureau de l’Assemblée nationale ce 7 mars. Le numéro deux de la Chambre basse, Évariste Ngamana, proche du président Touadéra, espère conserver son poste mais ne manque pas d’ennemis.
Évariste Ngamana, premier vice-président de l’Assemblée nationale centrafricaine, est en poste depuis trois ans déjà. Mais, ce 7 mars, ce très proche du chef de l’État Faustin-Archange Touadéra n’en sera pas moins une nouvelle fois candidat. Cadre du parti présidentiel – le Mouvement cœurs unis (MCU) –, il espère conserver son poste stratégique de numéro deux de la Chambre basse.
Le faucon de Touadéra
Mais ce cadre du système Touadéra y parviendra-t-il ? Désigné président du Parlement de la Cemac en 2023 – ce qui l’a conforté dans ses ambitions politiques –, Évariste Ngamana ne fait pas mystère de son envie de gravir les échelons de la scène politique centrafricaine. Au point que, au sein de la formation au pouvoir, sa personnalité en agace certains depuis de longs mois.
En particulier depuis le lancement du projet de modification constitutionnelle – approuvé par référendum fin juillet 2023 –, Évariste Ngamana est devenu une cible pour plusieurs cadres du parti, qui lui reprochent de les mettre à l’écart. En amont de ce 7 mars et du renouvellement du bureau de l’Assemblée, ces détracteurs espèrent donc lui mettre des bâtons dans les roues.
« Le président de l’Assemblée nationale [Simplice Mathieu Sarandji] l’accuse d’avoir tout mis en œuvre pour le destituer de son poste et pour pouvoir le remplacer. Or, Sarandji n’est pas seulement président de l’Assemblée, il est aussi patron du MCU. Il a donc décidé de tout faire pour réduire l’influence de Ngamana », résume un dignitaire du régime.
Le 1er mars dernier, dans son discours d’ouverture de la première session parlementaire de l’année, le président de l’Assemblée a ainsi étrillé « des gens aux ambitions démesurées, qui vendent du rêve aux députés pour pouvoir garder leur poste ». Le discours de plusieurs minutes, prononcé en sango, a aussitôt été compris comme une attaque en règle contre son numéro deux.
La charge de Sarandji
« Lorsque le président de l’Assemblée a commencé son discours, les termes étaient tellement violents qu’on avait cru qu’il s’attaquait à nous, députés de l’opposition. Au fil des mots, on a compris qu’il s’en prenait à son vice-président », s’étonne Martin Ziguélé, ancien Premier ministre et porte-parole du Bloc républicain pour la défense de la Constitution (BRDC).
Évariste Ngamana a pourtant été désigné, fin janvier lors d’un congrès du parti au pouvoir, pour se représenter à la vice-présidence de l’Assemblée nationale au nom du MCU. Mais, alors que certains cadres réclamaient des primaires pour désigner les prétendants au bureau de la chambre des députés, Ngamana a été choisi « par acclamation ». Une manœuvre dénoncée par ses détracteurs.
« Les collègues députés, tant du MCU que de toute l’Assemblée nationale, ont vu le travail d’Évariste Ngamana. Il suit le projet politique du chef de l’État et il le fait respecter. Je ne vois pas pourquoi il ne garderait pas la vice-présidence de l’Assemblée », rétorque un parlementaire du parti au pouvoir, qui résume l’atout numéro un de l’intéressé: sa proximité avec Faustin-Archange Touadéra.
En coulisses, quelques candidats de taille se préparent néanmoins à un éventuel affrontement. Parmi eux, le député Frédéric Yologaza, qu’il a déjà battu lors des élections précédentes, ou encore Jean-Sosthène Dengbe, lui aussi député influent du parti au pouvoir. « Le député Dengbe est le joker de Sarandji pour faire tomber Ngamana », explique une source proche de l’Assemblée à Jeune Afrique.
Carnet d’adresses
Évariste Ngamana a cependant lui aussi commencé à manœuvrer. Il y a quelques mois, il s’est opposé à une décision de Simplice Mathieu Sarandji visant à réduire les indemnités des parlementaires. « Sarandji a voulu réduire les indemnités mais Ngamana a fait intervenir le chef de l’État pour qu’elles ne soient pas réduites. Comment ne pas être reconnaissant ? », tient à faire valoir le député Gabriel Follot.
Sur le plan politique, Ngamana peut compter sur des soutiens de taille, à commencer par Faustin-Archange Touadéra donc, qui apprécie son activisme et veut pouvoir compter sur lui pour gérer ses troupes à l’Assemblée nationale. Il jouit aussi de soutiens forts au sein des palais présidentiels de la sous-région, comme à Yaoundé auprès du secrétaire général de la présidence, Ferdinand Ngoh Ngoh.
Il aurait également le soutien du président équato-guinéen, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, qu’un diplomate de la région décrit comme un de ses « pères protecteurs ». Récemment en visite à N’Djamena dans le cadre de son mandat à la tête du parlement de la Cemac, Évariste Ngamana a aussi eu l’opportunité de discuter avec le président tchadien Mahamat Idriss Déby Itno. Suffisant pour surmonter l’adversité à Bangui ?
Source: JeuneAfrique
Pour plus d’informations et d’analyses sur la CentrAfricaine, suivez Africa-Press





